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Les mensonges du
Code Da Vinci
Par Claude Houde
Le
moment
où ce livre a commencé
« Qui les hommes disent-ils que je
suis ? » Question de Jésus à ses disciples,
Évangile de Matthieu, chapitre 16 versets 13 à 15.
J
e me
souviens précisément de la première fois où j’ai
entendu parler du livre «Le Code Da
Vinci». C’était en 2004, alors que j’étais le conférencier invité
d’un immense rassemblement de jeunesse chrétien où étaient
réunis plus de 3 500 jeunes. La musique était formidable,
contemporaine, teintée de rock moderne et progressif, de gospel,
de jazz, le tout mené par des musiciens, chanteurs et artistes
chrétiens aux talents à couper le souffle, tous animés d’une passion
indéniable, tellement belle à voir et à vivre.
Ces jeunes venaient de France, des
quatre coins de l’Europe, de l’Afrique et des îles francophones. Ils étaient Français, Québécois, Africains, Haïtiens,
Suisses, Belges, Guadeloupéens, vivant à Paris même ou à Papeete
en Polynésie française au beau milieu du Pacifique. Les soirées
auxquelles je participais étaient retransmises sur Internet et des
milliers de jeunes à travers le monde ont vécu ces moments avec
nous. Ils étaient tous très différents : des étudiants, des
sportifs, des « intellos », des «skaters», des «écolos», des «bloggeurs»,
aux cheveux longs, courts, rasés, blonds, bruns,
noirs, rouges ou bleus ! J’ai participé à de tels rassemblements chrétiens
partout au Québec et dans le monde entier. Ces adolescents et
jeunes adultes sont débordants
d’énergie mais souvent fragiles,
meurtris, révoltés ou blessés, vivant leur jeunesse avec toutes
les peurs, les angoisses, les combats, les insécurités et les
questions que soulève le monde moderne. Ils veulent réussir, être
heureux, trouver un travail, être aimés, écoutés et respectés,
poursuivre leurs études, faire carrière, rencontrer quelqu’un,
connaître l’amour, fonder une famille, avoir des enfants. Cette
jeunesse chrétienne est tellement belle à mes yeux, tellement pleine
de potentiel, tellement «normale». Ces jeunes ont trouvé
dans les évangiles et le message de Christ un espoir véritable, un
souffle de vie et de force. Leur foi est vraie, lucide,
intelligente, pleine de questionnements, remarquablement directe, franche
et elle exige l’authenticité.
Un soir, durant ce grand
rassemblement qui était à lui seul un véritable festival chrétien de
musique, d’art dramatique, de danse, de chansons, avec des
moments intenses de prière, de réflexion et d’appels à
l’implication humanitaire, à la justice sociale, au pardon et à une foi
active et passionnée, j’ai rencontré un jeune homme
extraordinaire. Son nom est José Edmilson. C'est une vedette de
football professionnel européen (soccer) sur un continent où les
joueurs de football sont des idoles sportives comme les Wayne
Gretzky ou Sydney Crosby le sont ici en Amérique du Nord.
Edmilson est grand, fort, talentueux. C’est un athlète avec
une carrière incroyable qui a réussi à gagner la Coupe de France
et la Coupe du Monde dans la même année ! Quand son équipe a
remporté la victoire pour son pays, le Brésil, ce joueur
étoile a couru au milieu du terrain devant des centaines de millions
de téléspectateurs et a enlevé son maillot pour dévoiler un
T-shirt qui déclarait « Jésus est Seigneur. » Ce soir-là, à mes
côtés, à Paris, il a raconté un témoignage de vie, d’espoir, de
foi, rempli d’humour, de simplicité et d’humanité. Il a
parlé de la douleur des foyers brisés, du suicide, de la laideur
du racisme sous toutes ses formes; il a parlé d’un Dieu
proche de ceux qui souffrent ou de ceux qui se tournent vers lui avec
un coeur ouvert et des mots simples et sincères.
C’est alors que se terminait une
de ces soirées magnifiques où j’avais défié les milliers de
jeunes présents à une foi en action, une foi qui se donne pour
les autres, que l’idée d’écrire ce livre Les
mensonges du Code Da Vinci a
commencé à naître en Les mensonges du Code Da Vinci
moi. J’avais appelé les jeunes à
prendre un engagement de générosité, à agir concrètement
envers les plus défavorisés de leur quartier ou à se joindre à
nous dans un voyage humanitaire dans des pays comme Haïti ou le
Mexique. Je leur ai présenté le rêve et la possibilité de vivre,
au XXIe
siècle, le message radical de Christ qui nous appelle à avoir
une compassion telle, que nous sommes « touchés au point de
faire quelque chose. »
J’ai entendu les mots « Le Code Da
Vinci » pour la première fois alors que j’accordais une entrevue
à un journaliste français qui, interloqué devant cette marée
humaine si jeune et pourtant si fervente dans sa foi chrétienne,
me posa comme première question : «À notre époque de
Code Da Vinci,
de cynisme et de mépris pour l’Église démasquée,
comment expliquez-vous un tel rassemblement de jeunesse
chrétien ? »
N’ayant jamais entendu parler du
livre de Dan Brown, j’ai demandé au journaliste de
m’expliquer en quelques mots de quoi il s’agissait. «C’est un
roman historique qui va faire des remous partout dans le monde parce
qu’il dévoile la vérité que les chrétiens ont essayé de cacher
depuis des siècles sur Christ et l’Église ». Depuis, j’ai lu le
Code Da Vinci et je
ne suis pas le seul. Le livre s’est, à ce jour,
vendu à plus de trente millions d’exemplaires et a été traduit en
quarante langues. Le film,
Le Code Da Vinci,
inspiré de ce roman et réalisé par Ron Howard, mettant en vedette Tom Hanks,
Audrey Tautou et Jean Reno, a été choisi comme film d’ouverture
pour le prestigieux festival de Cannes et connaîtra sans doute
un succès planétaire retentissant qui multipliera les
ventes du livre. Appelé le «Harry Potter » des adultes, il a des
centaines de sites Internet qui lui sont consacrés. Des dizaines de
milliers de personnes font de ce livre leur sujet de clavardage et
de conversation et discutent le
Code Da Vinci.
C’est un roman bien écrit au rythme frénétique et excitant, au récit nerveux et
palpitant. Il y a des méchants et des héros, une histoire d’amour,
du mystère, des théories de complots, des meurtres, de
l’action, un suspense et un rebondissement hallucinant à la
fin de presque chaque chapitre. En bref, c’est un polar
habilement ficelé qui nous accroche vraiment. Cependant, si
j’ai intitulé mon livre « Les mensonges du
Code Da Vinci»,
c’est parce que sous des allures de « roman historique », ce
best-seller est absolument truffé de faussetés.
Le livre commence par cette
déclaration : «
Les faits : Toutes les descriptions de monuments,
d’oeuvres d’art, de documents et de rituels secrets évoqués sont
avérées (véritables, authentiques).
»
J’ai décidé de prendre la plume
afin de prouver et de démontrer par les faits, de manière logique,
vérifiable et historique, que cette affirmation, tout comme
plusieurs autres «affirmations chocs » du
Code Da Vinci sont
également sans fondement, ridicules, erronées et très
souvent sans aucun appui factuel. Contrairement à ce que prétend ce
livre, j’aimerais établir, illustrer et confirmer grâce à
l’Histoire et par des faits documentés, vérifiables et très
clairs, que Jésus n’a jamais été marié à Marie-Madeleine, que les
Évangiles sont dignes de confiance, que Christ et l’Église
ne sont pas contre la femme, que la Science et la foi ne sont
pas ennemies, et que l’Église n’est
pas ce monstre meurtrier entièrement
fondé sur une fumisterie cachée depuis des
siècles.
Déjà des dizaines de livres, de
thèses et d’articles ont été écrits par des scientifiques, des historiens, des
docteurs en théologie et des experts dans
des domaines aussi variés que
l’archéologie, l’ethnologie, l’étude des
civilisations et des religions mondiales pour dénoncer
les fabulations du
Code Da Vinci.
Des centaines de sites Internet ont mis en ligne
des dizaines de milliers de pages répertoriant et soulignant
méticuleusement les innombrables erreurs, faussetés et
exagérations de ce pseudo «roman historique. »
Le problème c’est qu’une grande
majorité des gens, qui vont lire le livre ou voir le film «Le
Code Da Vinci», n’a pas les outils pour comprendre sa malhonnêteté
intellectuelle et historique, le ridicule des affirmations qui y
sont faites et pour en saisir l’arrière-pensée ou l’intention
profonde. J’ai été surpris et interpellé de découvrir qu’il y a
des centaines de sites de discussion sur Internet où des
milliers de personnes de tous les âges expriment leurs commentaires
et opinions sur les «révélations» du
Code Da Vinci.
Des milliers d’entre eux, pensant lire un roman avec une trame
historique sérieuse, sont «secoués dans leur foi» ou, malheureusement, encore plus désabusés,
Les mensonges du Code Da Vinci sous des allures de « roman historique », ce best-seller est truffé de faussetés. amers ou méfiants envers Christ,
la foi ou l’Église. Les chrétiens ne savent pas trop quoi répondre
et, ce qui paraît comme quelque chose de spéculatif et de
risible aux yeux de milliers d’érudits, d’historiens et
d’experts reconnus, devient «une perspective fascinante» ou une
«conspiration dévoilée» pour des millions de lecteurs du
Code Da Vinci.
Réécrire l’Histoire est une
pratique dangereuse. Si quelqu’un écrivait un « roman
historique » sur la dernière guerre mondiale, en parsemant ses
pages d’évènements historiques connus et de
personnages ayant réellement existé, tout en intercalant dans son récit
des évènements fictifs, se baladant entre réalité et fiction,
et qui finalement en viendrait à la conclusion que l’Holocauste
n’a jamais eu lieu, cela ferait scandale. Le
Code Da Vinci attaque
la véracité du témoignage historique de la venue, du message
et de la vie de Christ sur terre. La question de Christ à ses
disciples, «Qui les hommes disent-ils que je suis ? » est
donc brûlante d’actualité. Ce livre est pour le Québec et la
Francophonie. Dans un article paru en décembre 2004
intitulé «Des nouvelles de Dieu», le quotidien montréalais La
Presse divulguait les résultats d’un sondage qui indiquaient qu’une
grande majorité de Québécois et de Québécoises croyaient en Dieu
et à la résurrection du Christ comme un fait historique et
souhaitaient donner une dimension spirituelle à leur vie. C’est pour
eux que j’écris. Pour les milliers de jeunes qui lisent le
Code Da Vinci comme
livre de texte dans leur cours de français ou de
sciences morales. Pour tous les croyants, catholiques,
protestants, évangéliques, charismatiques et de toutes les confessions qui
forment la grande mosaïque chrétienne. Ce livre est pour mes
enfants et les vôtres. Le christianisme n’a pas à avoir peur
de la vérité, des faits et du témoignage de l’Histoire. Christ
est le Fils de Dieu et il est véritablement ressuscité. La foi
chrétienne, la perspective biblique et la Science marchent
ensemble depuis des siècles et les découvertes scientifiques les plus
récentes ne font que confirmer et fortifier cette harmonie. Il y a un peuple chrétien, intègre
et droit, présent dans l’Histoire et actif dans notre
monde moderne. Forte de centaines de millions de personnes, cette
Église combat pour les droits de la femme, proclame son égalité et sa
valeur en lui donnant
entièrement accès au leadership
dans toutes les sphères et les ministères de l’Église, luttant
farouchement pour sa reconnaissance et son épanouissement. Il y a une
Église chrétienne vivante et dynamique au Québec et sur
toute la terre qui, loin d’être la machine cupide, sanguinaire,
despotique et meurtrière du
Code Da Vinci,
est dans les faits, belle, généreuse et
protectrice de ceux qui souffrent, qui sont oubliés ou
maltraités. L’Église actuelle au Québec et dans le monde, celle que
je désire vous faire découvrir, est éprise de justice et porteuse
de respect, de dignité et d’espoir au nom de Christ. Cette Église est
présente dans les pires endroits du monde comme elle l’est aussi
tout près de chez vous. « Qui les hommes disent-ils que je
suis ? », demanda Jésus il y a 2000 ans… «À notre époque du
Code Da Vinci,
comment expliquez-vous la foi chrétienne à notre monde
moderne? », me demanda le journaliste français… Voici ma réponse. Les mensonges du Code Da Vinci
«C’est l’ignorance aveugle qui
nous permet d’être trompé ! Mentir est tellement vil que cela
nous enlève un peu de la grâce de Dieu. La vérité est
à ce point excellente que même lorsqu’elle se manifeste
dans les plus petites choses, elle les rend nobles. La
vérité est la nourriture des vrais grands penseurs, bien
que les charlatans et les idiots ne la connaissent
pas ! » Léonard De Vinci 1
« Ce que je veux dire », répliqua
Teabing, « c’est que la presque totalité de tout ce que
nos pères nous ont enseigné concernant le
Christ est faux. » Dan Brown, Le Code Da Vinci2
L e
Code Da Vinci commence avec un meurtre sanglant au Musée du Louvre à Paris. Les
policiers appellent à la rescousse Robert Langdon, un
professeur de symbolique religieuse de Harvard en visite
dans la Ville lumière, afin de les aider à résoudre l’énigme des
mystérieux indices et symboles écrits avec du sang sur et autour
du cadavre. La résolution de cette énigme par Langdon (joué
dans le film par Tom Hanks, un des acteurs les plus célèbres
et respectés d’Hollywood) et la séduisante cryptographe de la
police, Sophie Neveu, les conduira à d’autres indices cachés
à la vue de tous dans les oeuvres d’art de Léonard de Vinci.
Langdon apprend que le
conservateur en chef du Louvre qui vient d’être assassiné, Jacques
Saunière, était non seulement le grand-père de Sophie Neveu, la
policière qui fait enquête avec lui, mais aussi le Grand Maître
d’une société secrète millénaire, «le Prieuré de Sion». Selon le
Code Da Vinci,
cette organisation compte parmi ses membres à travers
l’Histoire, des personnages illustres tels qu’Isaac Newton,
Sandro Botticelli et Léonard de Vinci. L’homme assassiné dans les
premières pages du livre est en fait le détenteur et gardien
d’un terrible secret qui, s’il était révélé, menacerait l’existence et
la survie de l’Église chrétienne. Jacques Saunière meurt en essayant
de protéger le site où se trouve la preuve de l’existence et
de la signification du Saint-Graal. Alors qu’il agonise, son
meurtrier lui dit : «Après votre disparition, je serai le seul à
connaître la vérité.» 3
L’histoire complexe du
Code Da Vinci est
truffée de suspense, de complots, d’intrigues et de
conspirations. L’enquête de Langdon et de Sophie Neveu devient
une course haletante et effrénée dans les rues de Paris et
de Londres avec, à leurs trousses, la police française, un
meurtrier albinos et un homme mystérieux qui orchestre cette
poursuite mortelle. Des symboles et des énigmes de plus en plus
complexes, une intrigue riche en rebondissements et un suspense à
couper le souffle les conduisent jusqu’à l’hallucinante
conclusion de cette affaire et la découverte du Saint-Graal (et
le héros en plus « gagne le coeur de la fille ! ») Tout au long du roman, Robert
Langdon enseigne à Sophie Neveu le code et le moyen de
trouver le seul « vrai » Saint-Graal. Nous découvrons que le Graal n’est
pas ce que nous pensions ou ce dont nous avions entendu
parler dans les légendes du début de la nuit des temps. (Vous
souvenez-vous d’Indiana Jones, joué par Harrison Ford, à
la recherche du Saint-Graal ?) Le Graal, selon Langdon, est un si
grand secret que, s’il était dévoilé, le christianisme moderne
disparaîtrait. Ce n’est pas un objet que l’auteur, Dan Brown,
veut nous faire découvrir à travers son protagoniste. Ce n’est
pas non plus l’emplacement secret de cette icône religieuse
où tant de personnes, selon
Le Code Da Vinci,
sont mortes afin de protéger ce secret. Les légendes passées suggèrent que le
Saint-Graal, s’il existe, serait la coupe dans laquelle Christ but
lors de son dernier repas avec ses disciples et qu’elle fut
utilisée par la suite par Joseph d’Arimathée pour recueillir le
sang du Christ crucifié4.
Mais selon les personnages de Dan Brown
– l’enquêteur Langdon et le professeur Teabing – le vrai
Graal n’est pas un objet, mais bel et bien une personne.
« Le Saint-Graal est
Marie-Madeleine… La mère de la lignée royale de Jésus-Christ. » 5
Brown avance que Marie-Madeleine
et Jésus étaient mariés et qu’ils eurent un enfant
ensemble. Selon le
Code Da Vinci,
à la mort de Jésus, Marie fuit les
autres disciples qui étaient jaloux de la relation qu’elle avait avec
lui et elle vécut dans une communauté juive, en France, avec
son enfant. Les personnages de Dan Brown soutiennent tout au
long du livre qu’il y a des preuves de cette affirmation
qui ont été gardées et protégées depuis l’époque des
Croisades par une organisation secrète millénaire connue sous le
nom de « Prieuré de Sion ». Ils annoncent triomphalement que les
évangiles connus sont sans valeur et que des évangiles
manquants, désespérément cachés par l’Église, témoignent de
révélations au sujet de Marie-Madeleine. Elle aurait été en
réalité la véritable mère de l’Église et Christ, lui-même, et ses
disciples n’auraient jamais pensé qu’il était le Fils de Dieu.
Ces théories bizarres, ésotériques
et mystiques ne sont pas nouvelles. En fait, Brown fait
librement référence à d’autres ouvrages dans le
Code Da Vinci.
Ces ouvrages explorent et exploitent depuis des siècles les
théories de la soi-disant relation entre Jésus et Marie-Madeleine.
Une des sources les plus citées par Dan Brown est un livre intitulé
Holy Blood, Holy Grail (l’Énigme sacrée), paru en 1982 dont les
auteurs sont Michael Baigent, Richard Leigh et Henry Lincoln 6.
Le nom de Leigh Teabing, personnage fictif qui dévoile un
grand nombre des «mystères et complots» du livre de Brown est en
fait un amalgame des noms Baigent et Leigh. L’hypothèse
farfelue concernant la relation entre Marie-Madeleine et Jésus
existe marginalement depuis des siècles ; ce n’est qu’un vieux
plat réchauffé, servi avec une sauce moderne. Des millions de personnes
ébranlées, secouées et intriguées...
Pourquoi est-ce que je crois
nécessaire de répondre maintenant à une telle aberration
? Pourquoi confronter ce que nous présente Le
Code Da Vinci ?
Plusieurs millions de lecteurs l’ont lu et perçu comme un simple
roman à mystère. Par contre, des millions d’autres, croyant
lire un roman basé sur des faits historiques, sur une recherche
sérieuse et donc digne de confiance, semblent maintenant
confus au sujet de qui Jésus est véritablement. Un nombre
surprenant de gens se détournent de ce qu’ils croyaient vrai pour
s’enivrer de cette bizarre mixture de déclarations
fracassantes, présentée comme une oeuvre historique à l’intérieur
d’une oeuvre de fiction. David Klinghoffer, auteur et
écrivain, bloggeur lu par des centaines de milliers d’internautes, résume
la pensée de centaines d’analystes et observateurs
lorsqu’il exprime, dans le
National Review,
ce
qu'il croit être le grand danger de l’histoire de
Brown.
«Ce qui est en jeu dans Le Code Da
Vinci n’est rien de moins que le christianisme
traditionnel lui-même… Le fondateur et personnage central du
christianisme aurait eu une fille, Sarah, de
Marie-Madeleine. Si c’était vrai, cette théorie, pourtant taillée en
charpie par les historiens les plus sérieux et cités du monde attaque
les croyances fondamentales des chrétiens». 7
«Si c’était vrai.» Des mots
extrêmement importants. Si Dan Brown disait simplement inventer
une oeuvre de pure fiction qui mêle des évènements et personnages
historiques à des intrigues, histoires et récits fantastiques
et fantaisistes, alors notre livre ne serait absolument pas nécessaire.
La folie, c’est que Brown prétend maintenant devant des
millions de lecteurs qui n’ont pas étudié la Bible, l’Histoire,
la théologie ou la naissance des grandes religions du monde, que
ses écrits sont vrais ! Alors qu’il était interviewé sur le réseau
américain NBC, lors de l’émission très populaire du matin The
Today Show,
Brown a essayé, avec arrogance et malhonnêteté, sous la
pluie d’attaques de professeurs d’université,
d’experts et d’historiens, de défendre la prémisse et la véracité des
faits et informations trouvés dans son livre. Comprenez bien que
plusieurs dizaines de millions d’Américains regardent chaque jour The
Today Show.
Aussi, Brown avait une bonne opportunité
de laisser son bouquin être reconnu et considéré pour ce qu’il
est, un roman de fiction.
L’intervieweur, Matt Lauer
:
Quelle
proportion de votre livre est basée sur la réalité, sur des
évènements qui se sont réellement produits ?
Dan Brown:
Absolument tout le livre dans ses moindres
détails. Le personnage de Robert Langdon est
bien sûr fictif, mais toutes les informations sur l’art,
l’architecture et les rituels secrets sont de
vrais faits historiques
8.
Il faut noter que les entrevues
accordées par Dan Brown sont extrêmement rares. Il refuse
systématiquement toutes les propositions de débat ou de
discussion qui lui sont offertes par des historiens, des théologiens ou
des professeurs de séminaires ou d’universités spécialisés en
histoire, théologie ou archéologie. Il y a une raison pour laquelle
Brown insiste sur le fait que son oeuvre est factuelle, bien que
fictive, et que les informations qu’on y lit sont véridiques. Il
veut que vous puissiez «découvrir» et accepter une nouvelle
perspective, une nouvelle vision de l'Histoire chrétienne, la sienne.
Dans une de ses rares interviews, cette fois avec le réputé magazine
littéraire
Bookpage,
Brown déclare :
« Un des aspects sur lequel je
travaille le plus est d’insérer et de communiquer énormément
d’information dans mes livres. Je veux que les lecteurs
apprennent et découvrent beaucoup de faits qui leur étaient
inconnus. Lorsque vous terminerez ce livre, que vous le
vouliez ou non, que vous le réalisiez ou non, vous aurez
appris et découvert une tonne de choses. » 9
Comprenez donc que Brown se donne
le mandat et la mission d’enseigner, de changer
vos idées et perceptions. Comme bien des professeurs
modernes, il commence la première leçon en remettant en
question ce que vous avez toujours considéré comme étant
incontestable. Et pour y parvenir, il utilise des
déclarations incendiaires, gratuites et fracassantes :
1. Jésus a eu des relations
sexuelles avec Marie-Madeleine.
2. Les disciples, apôtres et
chrétiens qui ont fondé le christianisme étaient tous au
courant de l'histoire de Jésus et Marie-Madeleine et ont «
conspiré» pour cacher ce terrible secret.
3. Notre Bible est en fait
l’oeuvre d’un politicien, Constantin, qui l’a altérée et
manipulée à son avantage pour un gain sordide.
4. L’Église chrétienne est en
guerre contre la femme.
5. C’est par le vote du concile de
Nicée, comité mandaté par l’Église 325 ans après la
venue de Jésus, que l’on déclara que Jésus était « Fils de
Dieu ». Avant cela, il était simplement considéré comme un
grand homme.
Il y a tout un bataillon
d’universitaires sérieux qui s’écrient aussitôt : « Nous ne pouvons pas
accepter ces théories farfelues et indéfendables honnêtement et
intelligemment. » 10
Après tout, nous avons les faits
historiques pour prouver hors de tout doute que ce que Brown prétend par
la bouche de ses personnages est faux. Toutefois,
Brown a ses propres idées concernant l’Histoire et la façon
dont nous pouvons en faire varier les interprétations. Il dit
:
« Il est intéressant de noter que
depuis le commencement des temps, selon moi, l’Histoire a
été écrite par "les gagnants" ou les "conquérants" (winners
en
anglais). Je veux que vous compreniez que ce
sont les sociétés et systèmes de croyances qui ont conquis et
survécu, qui écrivent vraiment l’Histoire. Plusieurs
penseurs modernes croient maintenant, comme je le crois
aussi, que lorsque nous jaugeons la véracité historique
d’un concept ou d’un autre, nous devrions premièrement
nous poser une question beaucoup plus profonde :
jusqu’à quel point l’Histoire elle-même est
historiquement véridique ? »11
Avec cette seule question, Brown
nous révèle énormément de choses sur lui-même et met au
rancart toute la tradition et l’accumulation de faits
historiques acceptés, toute la jurisprudence factuelle que la
race humaine a bâtie à travers les siècles. Cette pensée est le sable
mouvant sur lequel repose et s’enfonce la fondation même de la
méthode de recherche exhibée par Dan Brown dans le
Code Da Vinci 12.
Cette pensée philosophique de plus
en plus envahissante de l'extrémisme postmoderniste dilue,
attaque, limite et rend même impossible la rigueur
nécessaire à une interprétation historique
sérieuse.
Ce questionnement perpétuel et
cette mise en doute existentielle et
historique constituent une approche
intellectuelle dangereuse et bien présente dans
notre société moderne. C’est aussi un
écho de l’attitude de déresponsabilisation
et de la neutralité amorale trouvées
dans la célèbre question de Pilate :
«Qu’est-ce que la vérité ? » 13
Alors que ce procurateur est appelé à évaluer «l’histoire » de Jésus et qu’il se
trouve face à un homme que les faits prouvent entièrement innocent, il le
condamnera quand même à mort. Comme nous
pouvons le constater, se « laver les mains » des faits
historiques n’a pas commencé avec Dan Brown.
L’Histoire en question
En mettant de côté l’obligation
que nous avons de respecter la notion de vérité historique et
objective selon des barèmes vérifiables et reconnus, nous
n’avons plus rien de solide à quoi nous accrocher. Nous nous
retrouvons à la dérive sur un océan de confusion et de spéculation !
La philosophie et la méthodologie « Brownesque » ou «
Code Davincienne » d’interprétation et de réécriture
de l’Histoire consistent à systématiquement ignorer, sur des
siècles, les centaines de manuscrits et un grand nombre de
découvertes confirmant, par des fouilles archéologiques
minutieuses, la véracité et l’authenticité des Évangiles. Dan
Brown choisit de mépriser systématiquement la manne
d’informations crédibles et reconnues par l’Histoire qui
oppose de quelque façon ses théories, pour ensuite monter en
épingle quelques documents isolés et baroques qui n’étaient
même pas considérés viables par leurs contemporains au moment où
ils ont été écrits. Il rejette du revers de la main la
quasi-totalité des écrits historiques reconnus
Il rejette du revers de la main la quasi-totalité des écrits historiques reconnus par le monde scientifique dans les domaines de l’archéologie et de l’histoire…
par le monde scientifique dans les
domaines de l’archéologie et de l’histoire, parce que des
portions de cette histoire ont été écrites et rapportées par des
historiens chrétiens et que selon lui «ce sont les gagnants et les
conquérants qui en influencent l’interprétation et le sens».
Comme vous allez le découvrir dans
les prochains chapitres, l’auteur à succès a le chic pour
faire des déclarations fracassantes qui ne tiennent absolument pas la
route dans «une galaxie près de chez nous» appelée réalité! Un
regard lucide et honnête sur l’œuvre des historiens à travers
les siècles permet effectivement de constater que les conquérants
tentent parfois de cacher, de couvrir, de réprimer ou
d’influencer les faits et les évènements à leur avantage 14. Toutefois, l’incontournable et
triomphante réalité des écrits historiques modernes brille par le
témoignage irréprochable des protagonistes - ceux qui ont vécu
les drames et les tragédies - des survivants et des exploités. Des
atrocités du Goulag à Auschwitz, Dachau, et les six millions de
Juifs exterminés pendant l’holocauste nazi, les faibles,
les abusés, les victimes et les survivants parlent puissamment.
Des massacres de purification ethnique de la Bosnie Herzégovine
aux 800 000 victimes du génocide tribal au Rwanda, les
despotes, les tyrans et les meurtriers de l’Histoire
n’arrivent pas à effacer ou à faire taire la voix des victimes. L'empreinte de
ce qui est vraiment arrivé ne peut pas, en bout de ligne, être
effacée par les forts. Les évènements et les faits peuvent
être bâillonnés pour un temps, mais ce qui est jeté au fond du
lac de la corruption, de la méchanceté, du camouflage et de la
fourberie historique remonte toujours inexorablement à
la surface de la connaissance humaine. Le plus ironique concernant la
logique tordue de Brown c’est que, lorsque vous réalisez
les faits de l’histoire chrétienne, vous comprenez que ce ne sont pas
des «gagnants» ou des «conquérants », mais plutôt des
faibles, des minorités, des persécutés et des martyrs
chrétiens qui ont majoritairement écrit les récits de la vie de Christ, de
sa mort, de sa résurrection15
et de l’Église16.
La tradition historique et les écrits d’historiens
non chrétiens juifs, grecs, romains et
autres, nous permettent de réaliser que la plupart des
disciples, apôtres et pères de l’Église ont proclamé leur témoignage de
Christ souvent au prix de leur vie. Ils ont été torturés, brûlés
vifs, affamés, fouettés à mort, sciés en deux, noyés ou jetés aux lions
à cause de leur foi en Christ17. Et ce que Brown suggère dans son
livre c’est qu’ils sont morts en martyrs pour ce qu’ils savaient
être une supercherie !
Il prétend ainsi que les disciples
et fondateurs de l’Église chrétienne sont allés jusqu’à la
mort les uns après les autres en proclamant que Christ était le
Dieu parfait, le Christ ressuscité et le rédempteur de l’humanité,
entièrement homme et entièrement Dieu, sans péché,
l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde; cela tout en
sachant qu’il était marié à Marie- Madeleine ! Ces mêmes disciples
n’auraient en fait considéré Jésus que comme un grand homme
porteur d’un bon message, vivant la routine de sa petite vie
domestique ! En réalité, ce qui est arrivé
après la résurrection de Christ est sans précédent dans l’histoire de
l’humanité. En l’espace de quelques années, un petit groupe
de croyants qui semblait sans éducation, sans ressources, sans
ascendant et sans possibilité de survie, réussit à influencer et
bouleverser les empires de son époque. Le docteur Paul L.
Maier,
professeur d’Histoire antique de l’université Western au
Michigan, fait cette remarque :
« Bien qu’il soit saisissant,
émouvant, mais concevable qu’ils aient enduré et subi le
mépris, la persécution, le rejet, la perte des membres de leurs
familles, la torture et même la mort par les martyres les plus
violents et cruels pour ce qu’ils croyaient fermement être la
vérité, c’est absolument inconcevable qu’ils puissent avoir
été prêts à mourir pour ce qu’ils auraient su être un
mensonge. » 18
Comme le docteur Simon Greenleaf,
célèbre professeur de droit et docteur d’histoire à
l’université Harvard le dit si éloquemment:
« Si cela avait été moralement
possible pour eux d’avoir été trompés dès le début au sujet la
perfection du message et du témoignage christologique, chaque
motif humain opérait pour les conduire avec une
rapidité fulgurante à découvrir leur erreur, car si leur
témoignage ne s’était pas avéré au fil des années, il n’y avait
absolument aucune motivation possible pour le sacrifice de tout
ce qui leur était précieux, jusqu’à la mort même au nom de ce
qui aurait été une fabulation. » 19
Tel que cet expert l’explique, les
disciples de Jésus furent profondément et miraculeusement
transformés par la résurrection. Pierre, qui à une
époque avait été tellement apeuré d’être reconnu comme un
disciple du Christ qu’il l’avait alors lâchement et sinistrement
renié, blasphème à l’appui, fut transformé en un véritable lion de
la foi. Selon la tradition historique, il fut crucifié en 64
après Jésus-Christ, sous la persécution de Néron, la tête en
bas, parce qu’il ne se considérait pas digne d’être
crucifié comme son Seigneur 20. Jacques, le frère de Jésus, qui
avait détesté et méprisé tout ce que son frère représentait, se
nommera lui-même après la résurrection de Christ, « le
serviteur de Jésus-Christ. »21
Il devint non seulement pasteur et leader de
l’église chrétienne de Jérusalem, mais il mourut en
martyr pour sa foi. Eusèbe de Césarée, un historien
juif irréprochable de l’époque, décrit comment Jacques
fut jeté en bas du pinacle (le toit) du temple et fut par la
suite lapidé à mort22.
Presque chaque disciple subit un sort
similaire. L’apôtre Paul fut radicalement transformé. Alors
qu’il avait été un persécuteur assoiffé de sang de l’Église
chrétienne, il devint l’apôtre, le prédicateur et le messager le plus
influent de l’histoire du christianisme23.
Ses écrits sont considérés, tant par les
historiens chrétiens que séculiers parmi les
plus rigoureux, comme étant les plus anciens, les plus solides
et les plus crédibles. Paul souffrit de manière atroce et fut
décapité sous la persécution de Néron. Pierre, Jacques et Paul ne
furent pas les seuls à vivre une transformation radicale par la
puissance du témoignage de la résurrection de Christ.
Comme l’écrit l’historien et
philosophe le docteur J. P. Moreland:
« Quelques semaines et mois à
peine après la résurrection de Christ, des centaines de
communautés et des dizaines de milliers de Juifs étaient prêts à
abandonner toutes les traditions sociales, religieuses,
économiques, théologiques et familiales qui avaient tissé
leur identité nationale pendant des siècles pour suivre et
vivre le message du Christ ressuscité. Ils ont changé
le monde. » 24
La logique de l’auteur exprimée au
travers des protagonistes du
Code Da Vinci est
inacceptable moralement et intellectuellement. Brown rejette
la plus grande partie de l’Histoire acceptée et reconnue
parce qu’elle a été écrite par l’Église, et parce que ce sont,
selon lui, les « gagnants » qui écrivent l’Histoire. Pourtant, il
dit que tout ce qu’il présente dans le
Code Da Vinci est «
un fait historique ». Alors, qui sont les nouveaux « gagnants » de qui Brown
dépend pour sa version de l’Histoire ? Il est évident que
les « gagnants » sont ceux qui sont d’accord avec son interprétation,
sa version de Jésus, de Marie-Madeleine et des enseignements de
la Bible. Son penchant pour tout ce qui est contre
l’Église chrétienne et ses positions et préjugés anti-Évangile sont
évidents, sans fondement ni discernement ni rigueur
intellectuelle.
Écoutez les héros du
Code Da Vinci :
«Le Nouveau Testament est
entièrement basé sur des légendes, des mensonges et des
fabulations…»
« La plus grande histoire jamais
racontée est en fait la plus grande histoire jamais vendue…»
« L’église a plus de 2000 ans
d’expérience à faire disparaître ceux qui menacent de
dévoiler ses mensonges [...] La Bible, ma
chère, est l’oeuvre des hommes et n’a rien à voir avec Dieu [...]
Ma chère, lui répond Teabing, Jésus était perçu et
connu par ses disciples comme un simple mortel [...] Rien dans
le christianisme n’est original. Tout a été copié ou
emprunté aux religions et mythologies de l’époque. » 25
Les allégations de Dan Brown sont
basées sur des symboles, des messages secrets enfouis dans
des oeuvres d’art et des tableaux ou dans des documents
anciens qui étaient ridiculisés ou considérés inacceptables
historiquement à l’époque même où ils ont été écrits. Comme vous
allez le lire dans les chapitres suivants, un très grand nombre de
soi-disant «faits» sur lesquels Brown appuie ses théories sont
aisément réfutables. Bien que l’objectif principal de ce livre
ne soit pas de souligner toutes les erreurs factuelles dans le
Code Da Vinci (et
elles sont extrêmement nombreuses!), il me
semble important de dévoiler et de confronter ses plus grands
mensonges.
En terminant ce chapitre,
laissez-moi vous expliquer pourquoi je souhaite faire cela.
Quelqu’un pourrait me dire :
« Relaxe, vieux ! C’est seulement
un roman ! » La gravité et la tragédie du roman de Brown c’est
que, chapitre après chapitre, il tisse cruellement et
malhonnêtement une toile mensongère dans laquelle des millions de
lecteurs sont pris. Le portrait qu’il fait de Christ, de la foi
chrétienne et de l’Église est non seulement faux mais il est, de
surcroît, en contradiction absolue avec l’intention de Dieu
manifestée dans l’incarnation de Christ et représentée par l’Église sur la
terre.
Il y a quelques mois de cela, j’ai
lu sur Internet un discours qui a fait beaucoup de bruit dans
le Canada anglais, aux États-Unis et à travers le monde. Il a
été prononcé le 12 mai 2004 par Brian Stewart au 160 e
anniversaire d’une des universités les plus anciennes et célèbres du Canada,
le
Knox College.
Brian Stewart est un journaliste canadien
d’expérience, très respecté dans sa profession. Animateur de
l’émission d’affaires publiques et étrangères CBC
News Worldview,
il est en plus correspondant principal pour The
National, le
journal télévisé renommé de la CBC (Canadian
Broadcasting Corporation).
Depuis des années, des millions de
Canadiens regardent ces émissions très sérieuses. Stewart
a reçu le
Gemini Award du « Meilleur journaliste
d’information télévisée toutes catégories», ainsi que de nombreux autres
prix et récompenses journalistiques. En tant que
correspondant international, il a couvert plusieurs des pires
catastrophes et conflits des trente dernières années et a réalisé des
reportages en direct de neuf régions où la guerre sévissait !
Avant de plonger ensemble dans le
Code Da Vinci,
j’aimerais tellement que vous puissiez considérer ce que Brian Stewart a
découvert. Au fil des années, au gré de ses voyages autour du
monde, de ses enquêtes et de ses aventures, il a constaté de
visu que l'Église chrétienne sur la terre est bien différente de celle
du
Code Da Vinci.
Ce qui est fascinant, c’est que
Brian Stewart n’est pas un théologien, ni un prêtre ou un
pasteur. Il évolue depuis quatre décennies dans le monde des
médias. En raison du métier qu’il exerce, l’approche cartésienne et
l’esprit critique sont devenus une deuxième nature chez lui. Il
pourrait être cynique.
Pourtant, il peint un portrait des
chrétiens du monde qu’il est très important de considérer. Ce
qu’il a vu, partout sur notre planète, ne me surprend pas. Je ne
suis pas un idéaliste, un rêveur qui fait l’autruche et qui
prétend ne pas voir les faiblesses de l’Église chrétienne
tout au long de son histoire ainsi qu'à notre époque. Malgré
mon amour pour elle je demeure aussi un de ses plus
sévères critiques. Ses taches et tragédies dans l’Histoire sont
nombreuses, horribles ; chaque chrétien lucide et honnête devrait
le reconnaître.
Le
Code Da Vinci qualifie l'Église de fumiste, menteuse, meurtrière, frauduleuse, cruelle,
despotique, inutile et complètement indifférente à la
souffrance humaine. Ce n’est tout simplement pas vrai. Je
n’arrive pas à la cheville d’un homme de la trempe de Brian
Stewart, mais je sais de quoi il parle. J’ai vu le peuple chrétien,
ceux qui suivent le Christ et constituent l’Église de par le
monde. Et cette Église est souvent magnifique. Je l’ai vue et j’ai
nourri des enfants avec elle dans les dépotoirs de Mexico. Je me
souviens de ces chrétiens passionnés qui, depuis plus de
vingt ans, servaient de la nourriture, donnaient des soins
dentaires et médicaux à des milliers d’enfants vivant dans les
égouts de Mexico. J’ai vu et côtoyé l’Église en Afrique, celle
qui aide des détenus et des malades dans des prisons et des
colonies de lépreux. J’ai vu l’Église en Haïti aimer et
soigner, avec respect et dignité, des milliers de sidatiques. Chez nous, à l’Église Nouvelle Vie
au Québec, c’était la chose la plus naturelle du monde
d’ouvrir nos portes à plus de cinq cents personnes pour que
notre bâtiment devienne un centre d’accueil et d’hébergement
lors de la crise du verglas de janvier 1998 26.
Pendant deux semaines, nous avons nourri et logé ces centaines de familles de
la ville de Longueuil. Nous nous sommes préoccupés des
vieillards, des enfants, des bébés, des musulmans, des catholiques
pratiquants et non pratiquants, des athées, des policiers et des
pompiers épuisés, des techniciens d’Hydro Québec27,
des francophones, des anglophones, des Haïtiens, des
Africains, des allophones et des hispanophones. Nous mangions
ensemble, jouions avec les enfants, soignions les malades.
L’Église chrétienne, c’est ça.
Les policiers et les autorités
municipales nous appellent régulièrement lorsqu’il y a un
incendie dans la ville et que des familles se retrouvent à la rue en
ayant tout perdu. Nous leur trouvons des vêtements, des
meubles, un nouveau logement. Les chrétiens de notre église
visitent des hôpitaux pour enfants ou des maisons de personnes âgées
et préparent à Noël des milliers de paniers de nourriture
et de jouets qui sont distribués dans une grande fête de joie,
d’éclats de rire et d’espoir.
Lorsque Ray Kroc le fondateur de
la chaîne des restaurants McDonald’s est décédé, il a fait
un don d’un milliard et demi de dollars américains à l’Armée du
Salut. Cette organisation fondée par William et Catherine
Booth, en Angleterre, pour venir en aide aux enfants victimes
d’esclavage au XIX e
siècle, est à la fois profondément chrétienne
et passionnément consacrée à la défense de ceux qui souffrent
à travers le monde depuis des siècles. Lorsque l’on demanda à la
veuve de Ray Kroc pourquoi, alors qu’il n’était pas un homme
particulièrement religieux, il avait choisi cet organisme
chrétien parmi des centaines d’autres, sa réponse fut : «
Partout où nous sommes allés dans le monde, nous avons vu les chrétiens
se battre contre la pauvreté et l’injustice. Nous avons voulu
les aider à continuer. »28
Un ami proche qui travaille avec
l’ONU me disait récemment que plus de 70 % de tous les
organismes humanitaires au monde sont de souche chrétienne.
En parcourant le monde, le journaliste Brian Stewart a vu
l’Église toucher notre société chaque jour. Écoutez son discours
aux diplômés du
Knox College. Son message est important pour
nous tous, génération du
Code Da Vinci.
Je vous invite à prendre les quelques minutes nécessaires à la lecture de ce
texte magnifique qui apporte une perspective qui est absolument
inconnue au lecteur moyen du
Code Da Vinci.
« Sur la ligne de front », par
Brian Stewart
Je vous remercie sincèrement pour
votre présentation si sympathique. C'est un grand
honneur pour moi d'être l’orateur de cette assemblée
commémorant le cent soixantième anniversaire du
Collège Knox. Il y a de cela exactement quarante ans, ce matin,
je passais mon dernier examen avant d’être diplômé de
Ryerson, en 1964. Je peux
même me souvenir de l'heure exacte
– j'avais inscrit à mon agenda que je déposerais ma plume
à 11h41. Remarquez bien à quel point, il y
a quarante ans, nous avions, nous, jeunes journalistes,
vraiment du toupet (pouvez-vous vous imaginer !).
Nous nous pensions si compétents que nous croyions
pouvoir deviner ce que le futur nous réservait. Par exemple,
nous étions certains que la guerre froide durerait toute
notre existence ; que les Beatles, que nous venions juste de
voir à l'émission d'Ed Sullivan, tomberaient
probablement dans l’oubli Noël venu ; pour ce qui est
d'Hollywood, eh bien, ils venaient sûrement de produire leur
dernier film biblique – à l’avenir, il n’y aurait
certainement pas de demande sur le marché pour un tel produit.
Quant aux institutions bien établies : la monarchie
s'éteindrait bien avant la fin du siècle, comme une grande partie
de l'Église d’ailleurs. Pas si mal comme prévisions,
n'est-ce pas ? En réalité, peu de prévisions sérieuses se sont
avérées au fil des ans, que celles-ci émanent de journalistes,
de futurologues, de sociologues ou, devrais-je le
dire, d'organismes de renseignements. Cela devrait nous
convaincre de toujours nous souvenir de cet avertissement
: méfiez-vous des prédictions audacieuses au sujet
de telle ou telle « tendance qui semble irréversible » et que
les médias aiment tant. Je ne suis pas théologien –
pardonnez mes maladresses sur ce point –, mais ce qui m'a
vraiment surpris pendant ces années n'est pas le triomphe des
tendances, qui vacillent et s'effacent comme les ombres d'un
crépuscule d'été, mais bien la survie de la soif
spirituelle. Cette soif spirituelle (et la force d'action religieuse qui
en résulte) pousse l'homme à servir et aider les autres.
Cette surprise, je crois bien, était ma propre surprise, car cette «
force » était présente, après tout, dès le début du
christianisme. Mystérieusement, elle n'a jamais semblé s'affaiblir ou
s'atténuer. Je désire vous partager quelque chose que j'ai
retenu de mes observations de journaliste, quelque chose que
je suis finalement venu à croire très profondément.
Pendant plusieurs années je me
suis fait à l'idée que le christianisme dominant et organisé
n'était devenu qu'un faible courant de la société
moderne. Eh bien, je suis ici pour vous assurer que, de ce que
j'ai pu observer au cours des dernières décennies en tant
que journaliste, rien n'est plus loin de la vérité. Cette
pensée est une sérieuse déformation de la réalité. J’ai
réalisé qu’il n’y a aucune mobilisation, aucune force, plus
proche de la dure réalité de la guerre, et de la difficile
condition humaine, que le christianisme d'action organisé.
Et il n'y aucune alliance plus déterminée et enracinée dans
l'action que celle d'ouvriers d’églises, de pasteurs
et de membres laïcs, lorsque ceux-ci sont mobilisés pour un
intérêt commun. Ce sont ces chrétiens qui se
tiennent aujourd'hui sur la «ligne de front» de
l'engagement humain. Ce front s'occupe autant de
couvrir les régions les plus pauvres du monde que de
livrer une dure bataille pour préserver les
valeurs de solidarité dans nos grandes villes. Chaque
fois que je me rendais sur ces lignes de front,
j'y trouvais toujours des bénévoles chrétiens
déjà en action, mobilisant des groupes de gens
intéressés à aider et témoignant fidèlement de la
vérité. Ces bonnes actions sont rarement
reconnues par les médias ou les responsables
gouvernementaux, car la religion en rend plusieurs
perplexes. Ainsi donc, le christianisme qui oeuvre
sur la ligne de front ne fait pas toujours les manchettes ;
cette réalité entretient malheureusement le mythe que
l’Église ne fait que suivre le courant. Permettez-moi d’insister
: je n'ai jamais connu une région en guerre ou été témoin
d'un groupe en proie à la famine ou à une crise sans qu'une
organisation d'église n'y soit déjà établie bien longtemps
avant que j'arrive. Je ne veux pas minimiser le dur labeur
accompli par les autres religions ou par ces O.N.G.
séculières et efficaces. Ces gens collaborent grandement aux efforts
de l’Église. Mais le fait demeure que très souvent, dans les
régions désespérées, ce sont les groupes de chrétiens qui
arrivent les premiers, travaillent de façon héroïque
pendant la crise. J’en suis venu à ce constat
d'admiration non sans réticences. Au début de ma
carrière, l'Église était pour moi inutile et ennuyeuse. Ce qui,
finalement, m'a convaincu
Mais le fait demeure que très souvent, dans les régions désespérées, ce sont les groupes de chrétiens qui arrivent les premiers… du contraire – et il en fallait
beaucoup pour me persuader– a été la réalité de la mission
du christianisme qui se déroulait sous mes yeux. Ce
n'était pas l'attrait de grands moments de splendeur, bien que je
doive admettre que la couverture de six des premiers
voyages du Pape à travers le monde, a certainement ébranlé mes
idées préconçues d'un christianisme faiblissant. Les
rassemblements de millions de personnes m'impressionnaient,
moins cependant que ces moments intrinsèquement
personnels, qui semblent profondément ancrés dans le
christianisme. J'ai le souvenir de cette cage
d'escalier mal éclairée à Gdansk, en Pologne. Comme
plusieurs d'entre vous se souviennent, la première brèche
importante à se produire dans le puissant empire communiste
— est survenue en Pologne au début des années 80.
Appuyé par l’Église, ce mouvement, sous l'autorité de Lech
Walesa, s'est levé pour contester la tyrannie. M. Walesa
mérita plus tard le prix Nobel et devint président de la
Pologne. Lorsque je rencontrai Walesa il revenait de
prison et vivait dans l'isolement. Sa vie était si
souvent menacée qu'il ressemblait à un condamné à mort
le jour de son exécution. Certains d'entre nous
l’ont rencontré sur cet escalier. Un de nous lui demanda :
«Avez-vous peur ? » Il s'arrêta, surpris par cette
pensée, puis répondit avec une voix d'acier : « Non, je n'ai peur
de personne, ni de rien, sauf de Dieu. ». Ce fut un moment
transcendant. Je réalisais que sur cet escalier
miteux se tenait l'exemple le plus pur de courage et de
conscience empreints de foi chrétienne. Quelques années plus
tard, toujours en Pologne de même qu'en Allemagne de
l'Est, en Tchécoslovaquie et en Roumanie
j'observais cet empire s'écrouler devant les
organisations de protection des droits civils. Ces mouvements émergeaient
eux aussi de sous-sols d'églises et de petits
rassemblements. De bien grandes choses commencent tranquillement, dans de
modestes salles d'églises, n’est-ce pas ? J’ai été témoin d'actions
humanitaires de la part de nombreuses autres églises : des
sauvetages d'enfants vivant dans les dépotoirs du Mozambique ;
de l'enseignement donné aux ouvriers vétérans
illettrés vivant dans des taudis du Brésil ; de la
compassion paisible pour les fugueurs et toxicomanes vivant
dans les méandres asphaltées des grandes villes.
Plusieurs groupes d’églises ont travaillé dans des camps de
famine procurant nourriture et soins et permettant
de maintenir le moral de chacun durant les pires tragédies.
Ces mots résonnaient sans cesse dans ma tête, comme une
cloche : «Même ici. » Les églises semblaient dire «même
ici », peu importe la distance, la misère ou le danger.
Un autre souvenir : la guerre
civile et meurtrière au Salvador au début des années 80,
une guerre qui ne comptait plus les massacres
d’innocentes victimes, une guerre qui nous faisait trembler
devant ces mots «l'aile radicale des escouades de la
mort». Quant aux journalistes qui croisaient leur chemin, ils ne
pouvaient être épargnés également. Ainsi, la règle pour
nous était d’être de retour dans la capitale avant la
noirceur. Un après-midi, alors qu’on interviewait un petit groupe
de réfugiés vagabonds dans le nord du pays, nous avions
mal évalué le temps. La lumière du jour commença à
faiblir et les bruits de la jungle s'intensifièrent avec
menace. Pendant que nous rangions notre équipement, une
délégation de réfugiés nous suppliait de passer la nuit
avec eux parce que, disaient-ils, les escouades de la
mort se tenaient dans les environs. C'était un de ces
moments où je maudissais le jour où j'étais devenu
correspondant à l’étranger. Nous étions nous aussi des cibles. Nous
débattions et essayions de nous justifier comme des gens
effrayés pouvaient le faire : « Nous devons rentrer, une
communication satellite nous attend, nos emplois en
dépendent, à quoi cela servirait-il que nous soyons tués
également et que notre reportage ne soit jamais rendu
public…» Du même coup, pensions-nous, comment
pouvons-nous les abandonner ? Nous étions toujours en train de
débattre lorsqu’une vieille camionnette arriva en trombe dans
le camp. Trois ouvriers chrétiens en sortirent arborant un
drapeau de la Croix-Rouge. Ils écoutèrent la
discussion pour finalement nous dire avec insistance : « Non, les
journalistes doivent partir. Il est primordial qu’ils diffusent
la nouvelle que vous êtes en grand péril ici. Nous resterons
pour la nuit et serons en mesure de vous protéger. » Partout
où sévissait cette guerre atroce, il y avait ces petits
groupes de chrétiens qui tentaient d'éviter ces
assassinats. Nous partîmes alors soulagés d'une façon inexprimable.
Plus tard, nous apprenions que grâce à la
protection de ces bons samaritains, la vie de ces
personnes âgées avait été épargnée. Il n'y eut point
d'assassinats. Mais je me suis souvent demandé ce que j'aurais
fait si cette vieille voiture ne s'était pas présentée ce
soir-là. Je réalise que lorsque les droits
de la personne sont bafoués, l'Église est bien souvent la
première en action – après tout, quelle autre organisation dispose
de meilleures ressources sur le terrain ? Bien souvent, les
premiers rapports émanant des groupes religieux
aident à galvaniser une intervention efficace des
organismes connus tels qu’Amnistie Internationale, Human
Rights Watch et l’Organisation des Nations Unies. J'aimerais vous entretenir ce soir
de ce qui se passe avant que le grand public soit informé
des famines ou des traitements cruels infligés à de
larges groupes de population.
En 1984, un de mes collègues de la
chaîne renommée de télévision BBC et moi-même, étions
les premiers à informer le public de la grande famine qui
sévissait en Éthiopie. Le monde avait alors réagi comme on
le sait, et la télévision reçut tout le crédit pour avoir
épargné la vie de millions de personnes. Mais nous n'étions pas
là les premiers. Nous y étions allés parce que pendant des
mois, l’Église et les groupes d'aide sur le terrain,
avaient anticipé cette famine et imploré le monde de passer à
l’action. Quand nous avons pu finalement nous rendre
sur les lieux, en dépit de l'opposition du gouvernement
éthiopien, ce fut ces groupes chrétiens qui nous guidèrent vers
les régions en péril, nous transportèrent avec leurs avions
de brousse dans les endroits montagneux et nous
proposèrent un plan d'action pour savoir où et comment
intervenir. Je trouve déplorable que le terme
« christianisme musclé» ne soit plus usité parce que pour
une grande part, le christianisme que j'ai observé
exige un travail musclé où sueur et mains sales sont la
norme. L'esprit de Dietrich Bonhoeffer est toujours vivant.
Je crois qu'une forme de bonheur
humain émerge d'une vie florissante où l'esprit et
l'intellect sont mis à contribution au maximum dans le but d'apporter
du bien à l'humanité. Oui, ces chrétiens
semblent « florissants ». C.S. Lewis racontait que le
christianisme produisait une « saine infection ». Les ouvriers
chrétiens qui travaillent sur la ligne de front infectent
ceux qui les entourent, même ceux qui ne sont pas chrétiens,
par le sens profond du mystère de Christ et de sa
puissance. Je l'ai vécu. Cet esprit change le monde, encore et encore. Maintenant je comprends que le
seul fait d'être témoin de bonnes actions, aussi salutaires
soient-elles, n'est pas suffisant. Bien souvent, je me
sentais perdu sur la ligne de front sans connaissance poussée du
christianisme, cette religion d’une si grande
profondeur. J'avais besoin des principes théologiques que vous,
qui obtenez votre diplôme ce soir, devrez inculquer aux
autres. Pendant les pires mois de la
guerre civile meurtrière du Liban au cours des années 80,
j’étais à Beyrouth et célébrais secrètement Noël avec
cinq ou six collègues. En décembre de cette année-là, une
milice extrémiste menaça de faire feu sur toute célébration
chrétienne qu’elle verrait. Notre groupe de correspondants
étrangers n'était pas différent des autres groupes de
reporters ; nous étions cyniques et aimions faire la fête.
Nous décidâmes alors que nous fêterions Noël quelles que
soient les menaces. Nous avions installé des draps à toutes
les fenêtres pour ne pas attirer l'attention de la milice,
nous avions acheté des cadeaux (limite de 4 $) pour les
échanger et nous avions fabriqué un mini arbre de Noël
amusant avec de vraies chandelles allumées. Des moments
mêlés de plaisir, de nostalgie de notre coin de pays et
de réflexions sereines. Des moments que je n'oublierai jamais. Pourtant, quelque chose manquait ;
nous ne pouvions saisir la dimension religieuse de
ces moments. Nous avions besoin d'être guidés vers la
Bible, ne fut-ce qu'un court message, pour comprendre
réellement l'inexprimable émotion qui nous étreignait la
gorge. Nous aurions eu besoin que l’un de vous soit
présent avec nous. En résumé, ma propre expérience
m'a convaincu que le christianisme est à son plus haut
niveau dans l'entraide. Je ne suis plus maintenant la
personne qui peut dire : «Je vais faire les choses à ma façon.» Le
christianisme a besoin d'organisation, et j'oserais même
dire, d’institutions. Au-delà de l'organisation, l’Église a
besoin d'individus formés, capables de transiger avec les
défis offerts par ce christianisme profond, intellectuel, stimulant
et en constante évolution – cette théologie qui, bien que
personnelle, de par sa nature, se partage et se répand pour le bien
de tous. Les lignes de front dont je parle
se trouvent également dans notre propre société, ici dans
cette ville et peut-être même à l'intérieur de ce campus. Oui,
«même ici». Et l’Église est toujours là en premier, bien avant
les médias et les politiciens, à s'occuper des besoins de notre
société individualiste. Peu importe la collectivité dans
laquelle vous travaillez, des défis extraordinaires sont à
relever : la population qui vieillit, les nombreuses
dépendances à toutes sortes de choses, la solitude des gens et le
désespoir spirituel. Vous vivrez des moments extraordinaires
alors que vous participerez à ressusciter cette
soif spirituelle – qui n'existe que pour servir, célébrer, chanter
et rassembler les autres dans une joie florissante qui mène
à la plénitude de la vie
29.
Alors que ces mots de Brian
Stewart vous ont, je l’espère, permis d’entrevoir une vision
différente de Christ, de la foi chrétienne et de l’Église, je vous
invite à faire le grand saut avec moi dans l’univers du
Code Da Vinci.
J’espère de tout mon cœur qu’en lisant ce livre, vous allez
sourire, apprendre, fulminer, réfléchir, et surtout retrouver et
fortifier votre confiance dans la foi chrétienne pour, à la fin,
faire l’hallucinante découverte de ce que j’appelle «Le
mystère du Code
Da Vinci». Êtes-vous prêts ? Je ne voudrais
pas franchir la prochaine étape sans vous !
La
mythomanie et le terrible
message
du Code Da Vinci
« John Grisham vous enseigne dans
ses romans la loi, les tribunaux et les avocats. Tom
Clancy vous enseigne la technologie militaire. Dan
Brown vous donne un cours intensif sur l’histoire de l’art
et de l’Église catholique. » Stephen Rubin, président et
éditeur de Doubleday/Broadway Publishing Group, qui a publié le
Code Da
Vinci
1
« Une des nombreuses qualités qui
rend Le Code Da Vinci unique est la nature factuelle et
authentique du récit. Cette histoire est basée sur des
faits. Toute l’histoire, les oeuvres d’art, les documents
anciens et les rituels secrets du livre sont rigoureusement
véridiques comme le sont tous les codes secrets révélés
dans certains des tableaux les plus célèbres de Léonard de
Vinci. »
2
Dan Brown, auteur du Code Da
Vinci
« Extrico subjectio quod verum ero
evidens »
Cette phrase, c’est à peu près
tout ce qui me reste de mon cours de latin de secondaire 1 au
Collège des Eudistes! Elle veut dire simplement: «Dénouez un sujet
et la vérité sera évidente». Le livre des Proverbes dans la Bible
nous offre la même possibilité. «La langue qui ment ne dure qu’un
moment, mais les lèvres qui disent la vérité sont établies et
ce qu’elles disent demeurera pour toujours.» (Proverbes 12.19, Bible
Parole Vivante) En contraste flagrant avec la
vérité, on retrouve la mythomanie qui est une « tendance
pathologique à la fabrication, à la simulation et au
mensonge 3
». Dans mon dictionnaire, il y a une photo de
Dan Brown à côté de ce mot ! (Bon… pas vraiment… mais on a le
droit de rêver !) Mais comme vous pouvez le
constater dans leurs citations, l’auteur lui-même et son éditeur
accordent tous deux au Code
Da Vinci un air
de totale authenticité. Cette prétention est une des clés de son succès commercial.
La foi d’une personne est quelque chose d’intense, de sacré
et qui touche les émotions. Par conséquent, les vues et les
convictions religieuses de chacun devraient être traitées avec
réflexion, dans le plus grand respect et la plus grande tolérance qui
soient. Cela ne veut pas dire que pour avoir du respect l’un pour
l’autre il est nécessaire que nous soyons d’accord en toutes choses.
Je crois, toutefois, que cela nous demande de faire tous les
efforts nécessaires pour être aussi précis, mesurés et informés que
possible sur les faits lorsque nous discutons de ces sujets.
Le
Code Da Vinci de Dan
Brown fait malheureusement exactement le
contraire. Ce livre semble avoir comme seuls objectif et engagement de
représenter faussement la foi chrétienne si
précieuse et si personnelle pour des
centaines de millions de personnes. Pour moi,
il ne s’agit même pas d’un sujet ou d’un
débat «chrétien». La question est de
savoir ce qui est vrai et ce qui est faux,
si l’on parle de faits réels ou de fiction, de
vérité ou de mensonges, d’exactitude ou
d’inexactitude. En d’autres mots, Le
Code Da Vinci
serait tout aussi offensant s’il
utilisait sa méthode de fausse représentation d’évènements historiques,
d’exagération et de manipulation de noms, de lieux et de faits, pour
salir qui que ce soit d’autre en assurant le faire à partir d’une
recherche rigoureuse. C’est comme si un «roman historique»
garantissant en première page l’authenticité de toutes les
recherches ayant mené à la construction du récit mettait dans
le même bain terrorisme, foi musulmane, catholicisme et
sexisme.
Le
Code Da Vinci n’est
pas offensant parce qu’il est en désaccord avec le christianisme,
mais bien parce qu’il tord sa nature afin de pouvoir le mépriser
et l’abaisser, jusqu’à réécrire un grand nombre de faits et
d’évènements historiques. À elle seule, une recherchiste en
histoire des civilisations et en archéologie a dénombré dans ce
livre et archivé plus de 600 erreurs flagrantes 4.
Cela représente plus d’une erreur par page !
Pourtant, au moment où j’écris ces
mots, sa réputation de « roman historique basé sur des
faits » continue à se répandre. Un nombre incalculable de sites
Internet, d’articles de journaux, d’émissions de radio et
de télévision ont été contaminés avec des dizaines de
citations du
Code Da Vinci qui sont, la plupart du temps,
présentées comme véridiques.
Ce que je vous propose dans ce
chapitre, c’est de souligner quelques-unes des innombrables
erreurs, des petites et des grandes, que l'on découvre dans ce
roman. Notre méthode sera simple et directe. Nous allons
examiner ensemble des extraits du livre, en relever les erreurs et
répondre par des faits indiscutables et sans équivoque.
En mettant en lumière ses aberrations, ses exagérations et
ses faussetés sur des sujets variés, nous démontrerons les énormes
lacunes factuelles présentes de façon générale dans le
Code Da Vinci.
Ensuite, nous confronterons dans les prochains
chapitres ses déclarations-choc majeures qui se révèlent cependant
sans aucun fondement. Prenez note que les citations du
Code Da Vinci que
vous trouverez ici sont des traductions
libres de l’anglais et que les notes de fin de chapitre renvoient
aussi aux pages du roman original. Le renvoi aux versions
en français était impossible puisque les traductions et les
éditions varient énormément d’un pays à l’autre et selon l’année de
parution, tant dans le format du livre que dans la pagination.
Faits ou allégations ?
Avant de « plonger » dans le vif
du sujet, laissez-moi vous poser une question : Avez-vous
déjà été pris en flagrant délit alors que vous mentiez ? Vous
souvenez-vous de cette horrible sensation de « je suis pris » ? Le
rouge qui monte au visage, les bouffées de chaleur, le
bégaiement, le cerveau qui bloque alors que vous cherchez désespérément
quelque chose à dire pour vous en sortir… Remarquez que
cette description que je viens de faire de quelqu’un pris en
flagrant délit de mensonge est le fruit de mes longues études
objectives en sociologie et de mes observations du comportement
humain, et non d’expériences vécues dans ma lointaine jeunesse
! (Je ne dirai plus un mot à ce sujet sans la présence de mon
avocat !) Détendez-vous ! Ce n’est pas de
vous dont il est question ! Mais de Dan Brown et plus
particulièrement des déclarations faites par le biais de ses
personnages dans Le
Code Da Vinci.
Nous allons lire leurs témoignages et
rendre un verdict. Vous êtes donc assis dans la chaise du juge
et non de l’accusé. Nous aurons l’opportunité de juger si l’auteur
a le droit de nous «enseigner l’histoire de l’Église». J’aborde
cette démarche avec un grand sérieux car l’enjeu est de suprême
importance. Il n’y a rien dans l’histoire de l’humanité de plus
puissant, de plus surnaturel, de plus beau et de plus pur que le
témoignage de l’Évangile de Jésus-Christ. Ce message a changé
le monde et des milliards de personnes sur la terre le
respectent et l’honorent. Le livre de Dan Brown le remet totalement en
question, l’insulte, le diminue et le méprise. Ainsi, aux
questions : «Le
Code Da Vinci
est-il digne de confiance ? Est-il
basé sur des faits rigoureusement exacts tel que son auteur le
prétend avec tant de véhémence?», je vous réponds: «Voici les faits,
à vous de décider.»
Le Code Da Vinci : « La
pyramide à l’extérieur du Musée du Louvre à Paris a été construite à
la demande spécifique du président François Mitterrand avec
666 losanges de verre. 666 est le nombre de Satan et des
ténèbres » (page 21).
Les faits :
Selon les registres et le site officiel du Musée
du Louvre, la pyramide est couverte
«d’exactement 673 panneaux de verre en forme de
diamant et plus lorsque l’on considère d’autres
motifs5
».
Le Code Da Vinci : «La
planète Vénus trace un pentacle parfait à travers le ciel tous les
huit ans. C’est en l’honneur de la déesse Vénus que les Grecs
ont créé les olympiques. De plus, les Grecs avaient décidé
que l’étoile à cinq branches serait le sceau officiel
des jeux en l’honneur de la puissante déesse, mais cela a été
changé au dernier moment pour les cinq anneaux » (page 37).
Les faits :
Les
olympiques furent créés en l’honneur du dieu grec Zeus. Ils étaient présentés dans
des cycles de quatre ans et non de huit. Les Grecs n’ont
jamais décidé que le pentacle serait le sceau officiel
des olympiques. Ils n’utilisaient pas non plus les
cinq anneaux qui sont associés aux jeux modernes. Ce
sigle a été créé en 1913 par le fondateur du Comité
International Olympique, le baron Pierre de Coubertin6.
Les cinq anneaux représentent les cinq continents participant
aux Olympiques (dans cette conception
géographique européenne, l’Amérique du Nord et du Sud sont
un seul et même continent)7.
La planète Vénus ne trace absolument pas un pentacle parfait représentant
supposément la suprématie d’une déesse, mais
plutôt un mouvement en zigzag du haut vers le bas…
comme la ligne qui apparaît sur le test du polygraphe
(détecteur de mensonges) lorsque quelqu’un
raconte des bobards8
!
Le Code Da Vinci : « La
tradition juive promulguait des célébrations de rituels sexuels
dans le temple, rien de moins. Les Juifs croyaient que le
lieu très saint dans le temple de Salomon était hôte non
seulement pour Dieu, mais pour Sa Puissante Égalité
Féminine, La Déesse Shekina » (page 309).
Les faits :
Il
n’y a absolument aucune preuve historique que des rituels sexuels avaient lieu dans
le temple. Au contraire, les écritures les plus
anciennes de la Torah, du Pentateuque*
et de la tradition juive, les condamnent de tout leur poids. Ces rituels à
caractère sexuel étaient présents dans les
pratiques idolâtres et dépravées des nations autour
d’Israël9
ou bien lorsque les envahisseurs profanaient le
temple10.
Le nom « Shekina » n’est absolument pas
celui d’une déesse, mais l’amalgame de deux mots
hébreux qui signifie tout simplement «demeurer». Il est
utilisé dans les Écritures pour indiquer que la
présence de Dieu « demeurait » parmi le peuple
selon la promesse qui avait été faite par Dieu lui-même.
Cela ne veut pas dire que le temple limitait la présence
de Dieu, mais plutôt que c’était un endroit où Dieu
désirait demeurer et où il souhaitait rencontrer le peuple11.
* nde : Ce sont les cinq premiers
livres de l’Ancien Testament, de la Genèse au
Deutéronome
Le Code Da Vinci : «
Durant 300 ans de « chasses aux sorcières», l’Église a brûlé au bûcher plus
de cinq millions de femmes» (page 125).
Les faits :
Un
nombre impressionnant d’historiens établissent un consensus pour estimer entre 30
000 et 70 00012,
sur une période de 400 ans, le total
des victimes des « chasses aux sorcières ». Ces
milliers de morts, c’est terrible, cela représente une
véritable plaie, une tache, dans l’Histoire. Cependant, c’est
à des années-lumière des cinq millions de femmes
assassinées par une église masculine, patriarcale, animée
d’une rage meurtrière « anti-féministe », tel que le
clame Le
Code Da Vinci.
Beaucoup de sources historiques
séculières, pourtant souvent hostiles à l’Église,
citent des chiffres comme 40 000 victimes. De plus, il est
important de préciser que 25 % des Européens exécutés
pour sorcellerie entre le XIV e
et le XVIIIe
siècle étaient des hommes13. Nous devons aussi noter que les
persécutions étaient en réalité « une
entreprise de collaboration entre des hommes
et des femmes au niveau local de cités,
de villes et de villages14
». Le professeur Adrian Jones, une sommité dans le domaine
de l’Histoire, de l’Inquisition et
des Croisades et doyen de la Faculté de
Recherche en Études Internationales de Mexico,
cite de multiples sources historiques qui
démontrent que la plupart des accusations de sorcellerie trouvaient leurs
racines dans des conflits entre femmes15.
Les mots de la Dre Robin Briggs, auteure du livre
Sorcières et voisines, le contexte social et culturel de la
chasse aux sorcières en Europe, confirment cela : « Un grand
nombre des accusations étaient portées par des femmes
contre d’autres femmes. La chasse aux sorcières
était souvent une oeuvre terrible d’accusation par
les femmes d’un même village conduisant souvent à
l’exécution de l’accusée pour des fautes et
conflits locaux. »16
Aucun évangile gnostique ne contient quelque référence que ce soit à un mariage entre Marie-Madeleine et Jésus !
Le Code Da Vinci : «Un
des thèmes les plus troublants revenant constamment dans les
évangiles gnostiques est le mariage de Marie-Madeleine et de
Jésus-Christ.» (page 244).
Les faits :
Absolument aucun des évangiles gnostiques ne contient quelque référence que ce
soit à un mariage entre Marie-Madeleine et Jésus !
L’évangile de Marie-Madeleine est même complètement
silencieux à ce sujet17.
En décembre 1945, près d’un village égyptien appelé Nag Hammadi, un paysan a
trouvé enfoui dans le sol des textes et des
manuscrits anciens. Ces documents datant du quatrième
siècle comprenaient des écrits religieux, des lettres,
des poèmes, des fables et des mythes aux connotations
mystiques que certains archéologues ont appelé les
«évangiles secrets ». Plusieurs de ces textes sont un
mélange de concepts judéo-chrétiens et de mythologies
mystiques. Les évangiles gnostiques comprennent :
l’évangile de Thomas, de Philippe, l’évangile de
vérité, celui des Égyptiens, l’apocalypse de Luc, de
Paul, la lettre de Pierre à Philippe ainsi que des
compositions ésotériques et mystiques comme par
exemple, « le tonnerre et la pensée parfaite »
ou « le témoignage de la vérité, de la sagesse et du
serpent », etc.18
Aucun de ces écrits ne fait la moindre
mention d’un soi-disant mariage entre Marie-Madeleine et
Jésus19.
Les textes gnostiques fourmillent de
bizarreries et offrent un véritable buffet à ceux qui sont
friands d’ésotérisme. Ce genre de textes abondait à
cette époque20.
Le Code Da Vinci : «Le
nom original de Dieu, l’expression juive JHVH, nom sacré de Dieu, est
en fait dérivé de Jéhovah, qui est une union physique
androgyne, entre le masculin « Jah » et le nom préhébraïque
pour «Ève », «Havas», incluant la dimension féminine de
la déité» (page 30).
Les faits :
Pardonnez-moi mais Brown n’y est pas du tout ! Comme le plus néophyte des
étudiants de l’Ancien Testament le sait, entre les noms
JEHOVAH et JHVH, c’est JHVH qui est le plus ancien.
L’hébreu de l’Ancien Testament ne comportait
pas de voyelles. « Jéhovah» est un mot qui a été
composé par les scribes juifs autour des années
1500 à partir des mots JHVH et «Adonaï» (mon Seigneur)21.
L’union de «JHVH» et de « Adonaï » « qui
constitue le mot « Jéhovah » n’a absolument rien à
voir avec une quelconque union physique
androgyne de quoi que ce soit. Le mot «Havah» (aussi épelé
«Chavah») est simplement le mot «Ève » tel que
nous le trouvons dans l’hébreu original de l’Ancien
Testament. Il vient d’une racine de mot qui signifie «
vie ». «Havah» n’est donc d’aucune façon une union du
féminin avec le mot « Jah » qui n’est pas, comme
le
Code Da Vinci le déclare, un mot « masculin ». En
fait, le terme « Jah » n’est même pas un mot hébreu.
L’hébreu inclut toutefois le mot « Yah», une forme
contractée de «YHWH». Dans le Psaume 106 verset
1 par exemple, Hallal Yah signifie « louange au
Seigneur » ou «louange à Yah». Peut-être Brown
a-t-il «mêlé» les mots « Yah» et « Jah » mais c’est
sa déclaration entière à ce sujet qui est pure fabulation22.
Le Code Da Vinci : «
Certains des évangiles que Constantin a essayé de détruire afin d’étouffer
le message de la déité féminine et de Marie-Madeleine
comme femme de Jésus et seule véritable leader de
l’église, ont réussi à survivre. Les manuscrits de la Mer Morte ont été
découverts dans les années 1950… et le Vatican
continua férocement sa tradition de tromperie,
d’écrasement et d’annihilation des véritables évangiles. Ils ont tout
essayé afin d’empêcher la publication des manuscrits de la
Mer Morte et des évangiles gnostiques de 1945 trouvés à Nag
Hammadi qui sont les écrits chrétiens les plus anciens
» (pages 234 & 245).
Les faits :
La
raison pour laquelle Brown cite « les évangiles »
des manuscrits de la Mer Morte est un
mystère ! Les parchemins de la Mer Morte ne
contenaient absolument aucun « évangile » !
Les experts sont entièrement unanimes là-dessus23.
Les manuscrits datent d’une période de
l’antiquité juive des centaines d’années avant Christ et
contiennent, entre autres, des commentaires sur l’Ancien
Testament, des textes séculiers, et des portions de
livres bibliques juifs de l’Ancien Testament24.
Le groupe de Juifs mystiques de Qumram, les Esséniens, qui a écrit
ou préservé ces parchemins n’avait carrément rien
à voir avec Christ ou la période du christianisme. De
plus, prétendre que le Vatican ait tenté d’empêcher la
parution des trouvailles reliées aux parchemins
de la Mer Morte est historiquement entièrement faux et
sans aucun fondement. Selon James M.
Robinson, directeur de l’Institut pour l’antiquité et du
christianisme historique de l’École de maîtrise
et de doctorat de Claremont : « Il a fallu attendre
1977 pour la publication des manuscrits en anglais à cause des rivalités
entre les écoles de scholastique ».25
Finalement, il y a une unanimité historique indiquant que les documents trouvés à Nag Hamaddi ne sont catégoriquement pas, comme
Le
Code Da Vinci
le
prétend, « les plus anciens documents chrétiens mais qu’ils sont clairement précédés par plusieurs évangiles
reconnus ».26
Les copies qui y ont été trouvées
datent approximativement d’entre 250 et 350 après
Jésus-Christ. Les originaux grecs sur lesquels les
copies étaient basées ont été composés de 150 à 225 de
notre ère. En d’autres mots, ces textes ont été
écrits bien après l’évangile de Matthieu (65 à 100
après Jésus-Christ), Marc (40 à 75 après Jésus-Christ),
Luc (60 – 80 après Jésus-Christ) ou Jean (90 après
Jésus-Christ). C’est une des raisons pour lesquelles ils
ont été rejetés par les Pères de l’Église.
Le Code Da Vinci :
«L’évangile de Philippe dit que la compagne du Sauveur était
Marie-Madeleine. Jésus l’a aimée plus que tous les disciples et
avait l’habitude de l’embrasser sur la bouche. Les autres
disciples en étaient offensés et désapprouvaient cette pratique.
Ils lui disaient : Pourquoi
Les parchemins de la Mer Morte ne contenaient pas un seul « évangile » !
l’aimes-tu elle plus que nous?
Comme tous les experts en araméen vous le diront, le mot
“compagne” à cette époque voulait littéralement dire
“épouse”» (page 246).
Les faits :
Pour commencer, l’évangile de Philippe n’a jamais
été écrit en araméen mais en langue
copte qui est une forme d’égyptien antique. Il
s’agit même de la traduction d’un texte plus ancien,
en grec et non en araméen. Par ailleurs, le
professeur d’hébreu et de langages de l’Antiquité, le
docteur Craig Bloomberg du
Denver Seminary,
nous assure qu’« aucun mot araméen ou même hébreu pour
“compagne” ne pouvait signifier “épouse” ! »27
Le docteur Erwin Lutzer ajoute que « le document de
Philippe date approximativement du troisième
siècle, soit deux cents ans après le temps de
Christ. Il est loin d’être un témoin oculaire ! » De plus, de
nombreux experts vous diront que la qualité du papyrus
était tellement médiocre que plusieurs mots sont
manquants. Le texte dit simplement : « Jésus
l’embrassait souvent…» et plusieurs ajoutent des mots comme
« sur le front, sur la joue, sur la main ou sur la
bouche ». En résumé, Brown se base sur un texte
mystique bizarre et incomplet, écrit des centaines
d’années après l’époque de Christ et dont la
fiabilité était complètement contestée à l’époque
même de son écriture28.
Le Code Da Vinci :
«Langdon déclare qu’un chevalier médiéval a commandé aux Chevaliers
de Templar pendant la période du Moyen Âge de
récupérer les documents du Saint-Graal qui se trouvaient sous
le temple de Salomon » (page 258).
Les faits :
Cela aurait été quelque chose d’incroyable, car le temple de Salomon a été détruit en
586 avant Jésus-Christ29
!
Le Code Da Vinci :
Teabing déclare : « Le mot “hérétique” est dérivé et trouve son origine dans
l’Histoire, 325 ans après Jésus-Christ, à l’époque de
Constantin, et a été utilisé pour condamner tous ceux qui, depuis
des siècles, ne considéraient pas Jésus comme le
Fils de Dieu. C’est le comité religieux et politique en
place sous Constantin qui, après un vote relativement serré,
déclara que Jésus serait dorénavant considéré “Fils de
Dieu”» (pages 233 et 234).
Les faits :
Bien que nous traiterons des sujets de Constantin
et de Jésus, Fils de Dieu, un peu plus
en détail dans un prochain chapitre, permettez-moi
au moins d’apporter ici quelques précisions. Les
auteurs du Nouveau Testament utilisaient le terme
«hérétique» déjà des centaines d’années auparavant !
(II Pierre 2.1 & Tite 3.10). Plusieurs livres
d’enseignement chrétiens étaient déjà écrits au IIe
siècle, plus de 125 ans avant Constantin, avertissant des
faussetés et des dangers des hérétiques. Irénée, écrivain
chrétien du IIe
siècle, avait déjà écrit à son époque une
«brique» de près de mille pages intitulée «Contre les
hérésies30
!». Le vote du concile de Nicée à l’époque de
Constantin ne visait pas à imposer l’idée nouvelle que
Jésus était le Fils de Dieu comme le prétend Le
Code Da Vinci.
Les paroles de Christ, les Actes des Apôtres, le
témoignage des chrétiens de l’Église primitive,
les évangiles reconnus ainsi que les pères de l’Église
proclamaient résolument et unanimement la divinité de
Christ depuis le commencement; et cela s’est
perpétué à travers les siècles jusqu’à, et bien après,
Constantin ou le concile de Nicée31.
Le grand débat théologique du concile de Nicée était plutôt « jusqu’à quel
point s’étend la divinité de Jésus, Fils de Dieu ?»
L’écrasante majorité des évêques affirmaient que Jésus
était éternel et non créé parce qu’il est une partie de
la Trinité éternelle. Un dissident du nom d’Arius
proposait la théorie doctrinale que Jésus était le
«premier être créé».
Aucun théologien de l’époque ne
considérait Jésus comme un simple prophète tel que Le
Code Da Vinci le certifie. C’est historiquement et
entièrement faux 32. Vous souvenez-vous comment Brown
prétend que le vote avait été «relativement
serré»? En réalité il a été de 300 contre 233!
A l’époque, les théologiens et pères de la foi ont réaffirmé ce qui
avait toujours été et est encore aujourd’hui la position de
l’Église chrétienne :
Jésus est le Fils de Dieu
ressuscité!
La véritable origine du Prieuré de
Sion
Nous venons de parcourir ensemble
quelques mètres du marathon de l’erreur du
Code Da Vinci.
C’est pourquoi la communauté universitaire
internationale est implacable dans sa critique de l’aspect historique ou
factuel de ce livre. Professeure d’Histoire et auteure réputée, la
docteure Sandra Miesel dit que « Le
Code Da Vinci est
tellement bourré d’erreurs que le lecteur éduqué applaudit lorsque Brown
trébuche malgré lui sur une vérité ! » 34
Le docteur Richard Abanes, auteur d’une douzaine de livres et récipiendaire en 1997
du
Myers Award pour
son étude des droits de l’homme en
Amérique du Nord renchérit : « Le
Code Da Vinci comporte une multitude d’erreurs historiques couvrant une grande variété de
sujets : l’architecture d’églises célèbres, le symbolisme religieux,
l’empire romain, l’Israël ancien, l’histoire et
l’interprétation des grandes mouvances et systèmes de foi mondiaux, etc. À
chaque tournant, les supposés “faits” du
Code Da Vinci sont
contredits par des informations facilement accessibles à toute
personne faisant une investigation sincère et raisonnable. »35
La litanie d’erreurs grossières
commises par Dan Brown est un point crucial parce que ses
multiples déclarations-choc sur Christ, l’Église, la Bible et les
évènements de l’Histoire reposent sur sa crédibilité en tant que
pédagogue et interprète des différents évènements et
personnages de l’histoire religieuse. En d’autres mots, si nous ne
pouvons absolument pas lui faire confiance dans ses déclarations et
explications des faits les plus simples et vérifiables de
l’Histoire, comment et surtout pourquoi porter attention, ou
accorder une quelconque crédibilité, à ces gigantesques
accusations qui nous demandent d’ignorer 2 000 ans de culture et
d’Histoire ? Permettez-moi de vous donner un
autre exemple qui, celui-là, est une véritable pierre angulaire
du récit du
Code Da Vinci. La première page du best-seller
débute avec ces mots : «
Les faits
: La
Société du Prieuré de Sion a été fondée en 1099
après la première Croisade. On a
découvert en 1975, à la Bibliothèque Nationale, des
parchemins connus sous le nom de
Derniers Secrets où figurent les
noms de certains membres du Prieuré parmi lesquels on trouve
Sir Isaac Newton, Botticelli, Victor Hugo et Léonard de Vinci. » 36
Le livre de Brown, au complet,
repose là-dessus. Il renferme des centaines de citations au
sujet du Prieuré de Sion. Son héros, Robert Langdon, déclare à ce
propos «en fait, c’est une des plus vénérables et plus anciennes
sociétés secrètes sur terre» (page 113). Le
Code Da Vinci clame
bien haut que cette société sophistiquée qui a plus de mille
ans d’existence est la grande protectrice des secrets et
scandales qui sont maintenant gobés comme des révélations saisissantes par des
millions de lecteurs. Brown débute son
roman en garantissant sa version des
«faits». Mais voici la réalité, qui est
irréfutable et sans appel. Des milliers de pages sur
Internet le prouvent. Les copies des
documents légaux sur ce que je m’apprête à
vous dire font partie du domaine public
et sont disponibles sur Internet,
ainsi que dans plusieurs ouvrages. Êtes-vous
prêts ? Le Prieuré de Sion n’a absolument rien d’une société secrète
millénaire, mais a plutôt été entièrement
inventé en 1956 par Pierre Plantard à
Annemasse en Haute-Savoie. La journaliste française,
Marie-France Etchegoin, s’est penchée, pour la revue Le
Nouvel Observateur,
sur la personnalité de l’instigateur du Prieuré de Sion.
Le portrait dressé n’est guère flatteur mais très révélateur. Pendant l’Occupation, Pierre
Plantard se fit remarquer par la violence de son discours
antisémite. Il fut emprisonné plusieurs fois pour fraude37.
A chaque fois, il plaida coupable !
Par ailleurs, selon l’auteur
Jean-Jacques Bedu et plusieurs autres sources, il aurait été trouvé
coupable en 1957 de détournement de mineur, délit pour lequel il
purgea une peine d’un an 38. A propos du Prieuré de Sion, la
BBC, une chaîne anglaise d’informations très réputée, fit
une série de documentaires en 1996 sur Pierre Plantard et André
Bonhomme, son comparse dans la fondation du Prieuré. Ces
émissions exposèrent en détail toutes leurs fumisteries.
Le Prieuré de Sion n’a rien d’une société secrète millénaire, mais a plutôt été entièrement inventé en 1956 par Pierre Plantard à Annemasse en Haute-Savoie
Dès 1956, Plantard falsifia à
maintes reprises des parchemins qu’il introduisit dans la
Bibliothèque Nationale afin de donner une allure d’authenticité à sa «
création ». Par la suite, il fut condamné à six mois de prison par
la cour de Saint-Julien-en- Genevois pour fraude,
falsification de documents et abus de confiance 39.
Les dossiers de la cour sont à la disposition de
tous.
En 1971, Plantard admit
publiquement que tous les documents sur le Prieuré de Sion
étaient le fruit de son imagination excentrique, et que le
groupuscule s’était tout simplement donné le nom d’une
montagne près de chez lui 40. Il reconnut sous serment devant la
justice avoir fabriqué et introduit illégalement tous ces
faux dans les archives des bibliothèques. Certains d’entre
eux le proclamaient carrément le seul véritable roi de France ou
l’unique descendant du roi Dagobert41
!
En 1989, il récidiva et réinventa
le Prieuré de Sion, qui aurait maintenant été fondé en 1681 avec
une nouvelle liste de Grands Maîtres 42.
Suite à cela, Plantard fit face à nouveau à la
justice en 2003 et il avoua encore une fois
toutes ses supercheries. La sordide et burlesque histoire
du Prieuré de Sion est truffée de fraudes et de documents
fabriqués de toutes pièces de 1956 à aujourd’hui43.
Dans une lettre officielle écrite à la BBC, André Bonhomme, cofondateur
du Prieuré de Sion a fait cette déclaration sans équivoque :
« Le Prieuré de Sion a été créé en 1956 et il n’existe plus
maintenant. Nous n’avons jamais été impliqués dans des activités
politiques ou religieuses. Nous voulions seulement nous amuser !
Je n’ai pas vu Plantard depuis longtemps, mais je peux vous dire
que son imagination a toujours été très active ! Je ne
sais pas pourquoi les gens essaient de faire une grosse affaire avec
rien. »44
Mais c’est en s’appuyant sur les
élucubrations de Plantard qu’Henry Lincoln et Michael
Baigent ont publié en 1982 le livre
Holy Blood, Holy Grail (L’Énigme sacrée)45.
Dan Brown a basé son roman Le
Code Da Vinci sur
Holy Blood, Holy Grail et la fondation narrative entière de son
roman sur le Prieuré de Sion46
!
Encore une fois, quelqu’un
pourrait dire : « Et après ? Ce n’est qu’un livre, un film ».
Alors, imaginez un instant que quelqu’un publie un roman à succès
dont l’intrigue dévoilerait une « révélation cachée par
l’Église depuis des décennies ». L’auteur vous garantit la véracité
et des faits et affirme que Mère Térésa n’était en fait qu’une
fraudeuse alcoolique, violente, consumée par l’appât du gain et
qu'elle s'est mariée et a eu des enfants en cachette. Ce n’est pas
fini. Le «punch» de ce bestseller et du film à succès qu’il inspire,
reposerait sur le fait que l’ordre des religieuses qui
avaient côtoyé Mère Térésa cachait en fait ce secret depuis le tout
début afin de profiter de ses supposées «oeuvres de compassion»
pour se remplir les poches à craquer. Pire encore, il
n’aurait pas hésité pas à engager des tueurs à gages, à coups de
millions, pour faire disparaître des témoins gênants qui menaçaient de
dévoiler le pot aux roses et le complot qui fait sa fortune !!! Vous imaginez facilement tous les
tollés de protestation indignée que provoqueraient de
telles horreurs. C’est pourtant le genre de viol historique qu’a
perpétré Dan Brown page après page ! Et des milliers de
personnes en viennent à croire un roman mensonger concernant les
évangiles plus que les évangiles eux-mêmes!
Alors que nous terminons ce
chapitre, j’aimerais confronter simplement, faits historiques à
l’appui, une des pensées et « révélations » les plus
spectaculaires et intrigantes du
Code Da Vinci.
À la page 245, nous trouvons ces mots : « Le
mariage de Jésus et de Marie-Madeleine fait
partie des écrits, parchemins et manuscrits de l’Histoire. » La
question que vous devez poser est : « De quelle Histoire parle-t-il ?
» Les évangiles écrits par les témoins oculaires, ainsi que les
textes les plus « proches de la véritable histoire du Christ ne
font pas la moindre suggestion que Jésus ait été marié ou qu’il
ait eu une liaison amoureuse. »47Les
disciples qui ont écrit les Évangiles, les auteurs des épîtres et les
historiens juifs de l’époque apportent en tant qu’observateurs et
narrateurs « de l’extérieur » une perspective sociale contemporaine
des évènements entourant la vie, la mort et la résurrection de
Jésus et tous proclamen absolument le contraire48.
Le professeur Ben Witherington III,
Ph. D. de l’université de Durham en Angleterre et professeur
du Nouveau Testament au séminaire théologique de Wilmore
au Kentucky, a consacré sa vie à l’étude du Nouveau
Testament. C’est un auteur prolifique dont les écrits comprennent le
fameux ouvrage classique,
La femme et la genèse du
christianisme.
Son séminaire en doctorat du même nom est enseigné dans des
facultés de théologie comme celle de Cambridge, Harvard et
Princeton. Il est invité régulièrement à la télévision
américaine sur des réseaux comme ABC et CNN. Et il déclare, sans
ambages, pouvoir nommer plus d’une centaine d’historiens et
théologiens des plus fiables, reconnus et respectés dans le
monde, qui enseignent, selon l’Histoire et l’archéologie, qu’il
n’y a absolument aucune trace de la moindre indication d’un
mariage entre Jésus et Marie-Madeleine49.
Sur quoi les « preuves » de Dan Brown peuventelles donc bien reposer ? Le grand professeur Teabing,
l’expert suprême dans le récit de Brown, cite des portions de
textes gnostiques et mystiques écrits entre 100 et 300 ans après
que l’aient été les véritables évangiles. Ces textes sont
mystiques, ésotériques et notoires pour leurs salmigondis pseudo
religieux et carrément bizarres. Tout au long du livre, comme un
mantra assommant, le professeur Teabing nous cite,
comme preuve de la théorie du mariage de Jésus et de
Marie-Madeleine, des textes comme « l’évangile de Philippe ».
Rappelons, juste au passage, que Marie-Madeleine est dans Le
Code Da Vinci la
fameuse révélation protégée au fil des siècles par la
très honorable organisation du Prieuré de Sion. Elle est en fait,
le véritable « Saint-Graal », la représentation de la divinité
féminine que l’Église tente d’écraser à tout prix, jusqu’à
commettre une série de meurtres ! Ledit évangile de Philippe est
totalement rejeté et ignoré par les historiens sérieux depuis des
siècles. Voici quelques « perles de sagesse » qu’il contient : « Il y
a beaucoup d’animaux qui existent dans le monde qui sont de
forme humaine. » ou «L’hiver est le monde, l’été est
la sphère. C’est mal de prier l’hiver. »50
ou le classique « Dieu est un teinturier. Le bien
teint, la vérité change les couleurs,
dissout les choses et se coule en elles. Ainsi pour des choses, Dieu
s’est teint. Ses teintures sont impérissables à cause de ses
couleurs. Ce que Dieu trempe, il le trempe dans l’eau. »51
Je vais vous laisser un peu de
temps pour bien digérer toute cette sagesse ! Le plus aberrant,
c’est que ce texte abstrait et ridicule continue ainsi chapitre
après chapitre, changeant brusquement de sujet, débitant des
âneries à une fréquence assez hallucinante. Mais il ne
parle jamais d’un mariage entre Jésus et Marie-Madeleine52.
Il y est écrit que « Jésus l’embrassait souvent sur » puis il y a un
espace vide dans le texte. Dan Brown, y place le mot «bouche», mais des
experts en interprétation suggèrent les mots « visage »,
«main» ou « joue », comme c’était la coutume de l’époque53.
L’anecdote écrite plus de 300 ans après les faits par l’incroyable «
grand sage » Philippe (pas celui qui avait côtoyé les disciples),
ne dit de toute façon rien sur le pseudo mariage de Jésus avec qui
que ce soit d’ailleurs. Brown pige aussi allègrement dans des
écrits marginaux au féminisme radical pour qui Marie-Madeleine
représente la « déité féminine» opposée au despotisme du
pouvoir masculin. C’est peut-être une des dimensions et «
obsessions » de son livre quime peine le plus.
Le Code Da Vinci s’acharne à présenter un portrait de l’Église chrétienne résolument, cruellement
et violemment anti-femmes. J’aimerais ici faire une
distinction importante et essentielle. Tout au long du roman vous trouverez
l’expression «l’église». L’auteur écrit comme si l’Église catholique
romaine était la seule église chrétienne sur la terre. Il y a en
ce début de XXI e
siècle plus de 700 millions de chrétiens sur la
terre qui ne sont pas catholiques. Le but de ce livre n’est pas
d’accuser une portion ou une autre de l’Église chrétienne mondiale, ni
d’accorder quelque crédibilité que ce soit aux accusations
historiquement ridicules et si souvent sans fondement factuel et
historique de Brown à l’égard de l’Église catholique. Je veux
simplement souligner qu’il y a une Église chrétienne mondiale, et
présente dans toute l’histoire de l’humanité, dont Dan Brown choisit
délibérément de cacher l’existence.
Le rôle de la femme dans l’église
Je suis pasteur d’une église
chrétienne évangélique à Longueuil, sur la Rive-sud de
Montréal. Nous appartenons à un mouvement d’églises qui s’étend à
travers le Canada et le monde entier. Au moment où j’écris ces
lignes au printemps 2006, il y a plus de trois mille personnes qui
fréquentent notre église chaque semaine. Notre théologie,
nos positions bibliques et nos pratiques à l’égard de la femme
sont claires, publiques, rédemptrices, respectueuses et
égalitaires. J’ai fait des études en théologie afin de devenir pasteur
et répondre à ce que je considérais comme une vocation,
«un appel» pour ma vie et croyez-moi, dans notre mouvement
et notre église, la femme a entièrement accès à tous les
ministères et aux activités qui y sont rattachées, ainsi qu’aux fonctions
de leadership de l’église. Elle peut aspirer à servir Dieu et
répondre à sa vocation pleinement et librement.
Dans notre église, comme dans des
milliers d’autres, les femmes sont pasteures*, elles
enseignent, prêchent la Parole, dirigent des chorales, sont à la
tête de ministères et d’organismes humanitaires et
communautaires que nous chapeautons. Des femmes siègent
sur nos comités d’administration et de gestion,
animent la prière et la louange. Elles font partie de tous les
comités décisionnels de l’église, enseignent nos enfants,
supervisent la gestion de nos bâtiments et oeuvrent comme missionnaires,
accomplissant un travail remarquable. Nous croyons et
enseignons passionnément que cette position représente
l’incarnation la plus juste des enseignements de la Bible entière,
et du Nouveau Testament en particulier, à l’égard de la
femme.
Nous croyons que le coeur de Dieu
est révélé dans les Écritures et qu’elles enseignent
clairement dans leur ensemble que Dieu prend plaisir à voir une
telle position pour la femme dans l’Église. Nous sommes
enrichis par toutes les particularités, les qualités, la
sensibilité et l’unicité de l’apport féminin à notre vie d’église. Nous
soutenons des milliers de femmes démunies de notre ville.
Nous visitons des femmes dans des résidences de personnes âgées,
dans des pénitenciers et aidons chaque semaine des
centaines de mamans monoparentales de notre ville. Une
femme de notre église occupe des fonctions pastorales et
dirige un magnifique mouvement au service des femmes
qui s’appelle «Femmes Chrétiennes Contemporaines ».
C’est elle qui a écrit le prochain
chapitre de ce livre, «La
misogynie de
l’Église chrétienne selon le
Code Da Vinci ».
Elle se nomme Stéphanie Reader. Elle est
mariée et mère de deux garçons brillants, vifs et
dangereusement actifs ! Elle détient un *nde:
doctorat en biochimie.
Scientifique de carrière, Stéphanie a consacré plusieurs années de sa
vie à l’enseignement en milieu universitaire. C’est aussi une
chrétienne engagée qui poursuit des études en théologie et qui
donne des conférences à des milliers de femmes aux quatre
coins du Québec et de la Francophonie. À la tête d’un
mouvement de femmes chrétiennes modernes,
intelligentes, dynamiques, engagées, émancipées et épanouies, elle
dirige des équipes de femmes qui visitent des hôpitaux pour
enfants, préparent des cadeaux de Noël pour des centaines de petits
de pays comme Haïti. Elles offrent des repas gastronomiques
aux parents d’enfants très malades de nos hôpitaux
montréalais. Et elles proposent une multitude de services et divers
programmes d’aide aux femmes et familles de notre ville. Le dictionnaire définit la
misogynie comme « la haine ou le mépris (en général masculin) pour
les femmes .»54
La toile de fond du livre de Dan Brown est
sordidement évidente et profondément trompeuse. Selon lui
et ses personnages, l’Église chrétienne
est misogyne. Elle abaisse, méprise et
avilit la femme, ne lui laissant aucune
place et ne lui accordant aucune valeur
véritable. C’est à mon sens un des pires
mensonges du
Code Da Vinci.
Je ne nie absolument pas les erreurs et les horreurs
commises par une portion de l’Église chrétienne
envers la femme au cours de l’Histoire.
La femme a été traitée injustement et
cruellement par des hommes « portant le nom de Christ ». Je le reconnais sans
détour. Cela est vrai et laid. Je ne suis également pas d’accord avec
la position d’un segment de l’Église chrétienne mondiale qui
prône une limitation du rôle de la femme dans sa place, sa
position et les possibilités de service et d’implication qu’elle
peut avoir au sein de l’Église. Je veux toutefois qu’il soit clair
qu’il y a toujours eu et qu’il y a plus que jamais, aujourd’hui dans le
monde, une Église chrétienne qui est aux antipodes de cela,
totalement opposée à la vision archaïque, funeste et mensongère
de l’Église et de la femme promulguée grossièrement dans des
livres comme le
Code Da Vinci.
La femme a été traitée injustement et cruellement par des hommes « portant le nom de Christ ».
Dieu aime, défend et élève la
femme, il la valorise et en honore les qualités et l’essence.
Il lui donne une place de suprême importance dans son Église
et l’appelle à une destinée extraordinaire. Il y a une Église
chrétienne moderne qui désire voir la femme prendre la place que
Dieu a préparée pour elle. Si ce concept ou cette vision de
l’Église et de la femme est nouveau pour vous ou si vous avez
des doutes sur ce que je viens d’écrire, écoutez une femme !
La
misogynie
de l’Église
chrétienne selon le Code Da Vinci
« Jésus fut le premier féministe
de l’Histoire…» Sir Leigh Teabing
1
«J ésus
fut le premier féministe de l’Histoire…»2
Quelle affirmation fracassante ! Bien que le
Code Da Vinci soit
truffé d’énoncés incendiaires et erronés, je suis
profondément d’accord avec cette déclaration. Toutefois, ce n’est
absolument pas pour les mêmes raisons que Sir Leigh Teabing! Dan
Brown dans son
Code Da Vinci
tente de nous convaincre que Jésus
a été amoureux d’une femme, Marie-Madeleine, et que de
cet amour découlerait le futur de l’Église. Tout ceci est
absolument faux, mensonger et extrêmement simpliste. Son amour
était bien au-delà d’un amour
«conjugal»,
il était destiné à affranchir tous les êtres
humains, y compris les femmes. Jésus a été le
premier féministe de l’Histoire parce qu’il a respecté, enseigné,
valorisé, élevé, soulagé, pardonné, libéré et redonné aux
femmes leur dignité. Jésus les a élevées bien au-dessus de ce que
tous ses contemporains n’auraient jamais pu imaginer. Il
les a aimées d’une façon dont seul un être divin peut aimer.
Bien que l’Histoire témoigne que l’Église s’est trop souvent
éloignée de l’exemple de Jésus, il n’en demeure pas moins que celui-ci
s’est opposé et a combattu toute forme de misogynie tout au long de
sa vie sur cette terre. À la lecture de ces quelques
lignes, vous vous dites probablement (c’est mon intuition féminine qui
me le dit!): «Voilà la féministe de service!» Avant
d’aller plus loin, j’aimerais préciser que mon intention n’est en aucun
cas de faire le procès de l’Église ou d’encenser à tous vents le
mouvement féministe. Néanmoins, à l’origine, le mouvement
féministe a fait grandement avancer la cause de la femme qui, il faut
bien l’avouer, accusait un certain retard. Ce mouvement a permis
d’étendre les droits et le rôle de la femme dans la société. Il ne
faut pas oublier qu’il n’y a pas si longtemps de cela, le code
Napoléon de 1804 classait les femmes dans la même catégorie que les
criminels, les malades mentaux et les enfants, et déclarait aussi
leur incapacité juridique (persona
non grata)3.
Ce n’est qu’en 1909 que le port du pantalon par la
femme n’a plus été considéré comme un
délit, mais seulement dans le cas où la femme tenait un guidon ou
montait à cheval au Canada. Rappelez-vous, que les femmes ont
voté pour la première fois en 1945, cela fait seulement soixante
ans, et que la loi canadienne, jusqu’en 1983, ne considérait pas
les agressions sexuelles contre elles comme un crime4.
Dans le
Code Da Vinci,
Dan Brown se plaît à dénoncer le mépris de l’Église envers les
femmes. Il faut reconnaître qu’au cours des siècles, l’Église (et
aussi la société !) n’a pas accordé beaucoup de place à la femme.
C’est déplorable, mais il faut tout de même l’avouer, l’Église a
pitoyablement dévalorisé le genre féminin au cours de son
histoire. Cependant, il est impératif de faire une distinction
entre l’attitude de l’Église face aux femmes et les intentions
de Dieu pour la femme. Bien que l’Église aurait dû justement
permettre l’expression des intentions de Dieu, il s’avère
qu’un fossé s’est creusé entre le désir de Dieu et les coutumes de
l’Église. Avant même d’aborder le problème de la
misogynie de l’Église, il faut premièrement regarder quel était
le comportement de Jésus envers la femme et l’enseignement
qu’il prônait à son égard. La conduite de Jésus devrait être le
modèle et l’inspiration ultime de l’Église. Tout au long de ce
chapitre, nous découvrirons à quel point Jésus a été
révolutionnaire, tant dans ses relations avec les femmes, que dans son
enseignement. Nous examinerons aussi de quelle façon
l’Église du I er
siècle (ou la première Église) est restée fidèle
à l’esprit de Jésus. Finalement, nous verrons pourquoi une Église à
l’image de Jésus est totalement aux antipodes d’une
Église misogyne. Êtes-vous prêts ? Allons-y !
1. Jésus à la défense de la femme
Le contexte socioculturel
Afin d’apprécier totalement la
position de Jésus vis-à-vis de la femme, il faut s’arrêter quelques
instants pour saisir quels étaient l’arrière-plan et la situation de
la femme dans la société juive et gréco-romaine durant cette période
de l’Histoire. Bien avant l’arrivée du christianisme, la
société influencée par les grands penseurs de l’époque n’avait
aucune considération pour les femmes. Laissez-moi vous rapporter
certaines citations tout à fait abjectes, prononcées par de grands
philosophes grecs: «Trois choses sont à craindre par-dessus
tout : le feu, l’eau et une femme» 5,
disait au VIe
siècle avant J.C. Pythagore (le créateur du célèbre théorème, vous vous
rappelez, dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est égal
à la somme des carrés des deux autres côtés !!!). Platon au Ve
siècle avant J.C. plaint l’homme qui doit se réincarner dans le corps
d’une femme. Selon Aristote au IVe
siècle avant J.C., «les femmes sont des hommes
imparfaits et toutes sont sans valeur. Elles
n’ont été créées que pour la commodité des hommes».6
Au Ier
siècle, le philosophe stoïcien Sénèque disait : «Une femme et
l’ignorance sont les deux plus grandes catastrophes dans le monde7». Il est clair que dans le monde
grec, la femme n’était guère valorisée. En Grèce, les femmes
avaient un double rôle: donner naissance à des fils en bonne
santé (les épouses) et devenir des instruments de plaisir (les
courtisanes)8.
Le théologien et historien E. Léonard, explique que «la femme
était pratiquement vendue comme une esclave à son mari, bien
qu’elle gardât un contrôle partiel sur sa dot. Elle n’avait
généralement pas d’éducation, sauf pour ses tâches ménagères, et ne
prenait aucune part à la vie politique; elle était considérée
comme une propriété, qu’elle soit épouse, hétaïre (c’est-à-dire
courtisane d’un niveau social assez élevé) ou esclave. »9
La société juive n’avait pas plus de considération pour les femmes.
Selon l’auteur et théologien Alfred Kuen, au Ier
siècle de notre ère, la femme juive ne participait
pas à la vie publique. Dans la rue, on
ne la saluait pas, on ne lui parlait pas. Les droits et les devoirs
religieux de la femme étaient très limités, elle n’apprenait pas la
Loi (la Torah)10.
C’est dans ce contexte socioculturel que Jésus a
exercé son influence.
Dans une société extrêmement
misogyne et
hermétique aux femmes, Jésus a marché à
contre-courant et a choqué plusieurs de ses contemporains à cause de
son comportement vis-à-vis des femmes. Permettez-moi de vous
raconter un récit qui se trouve dans l’Évangile de Luc au chapitre
8, versets 41 à 48. Ce texte est l’un de mes préférés. Il
renferme en quelques lignes tout le respect et l’amour que Jésus avait
pour les femmes. L’histoire se déroule comme suit :
Et voici, il vint un homme, nommé
Jaïrus, qui était chef de la synagogue. Il se jeta aux
pieds de Jésus, et le supplia d'entrer dans sa maison, parce
qu'il avait une fille unique d'environ douze ans qui se
mourait. Pendant que Jésus y allait, il était pressé par la
foule. Or,
il y avait une femme atteinte d'une perte de sang
depuis douze ans, et qui avait dépensé tout son bien pour
les médecins, sans qu'aucun n'ait pu la guérir. Elle
s'approcha par derrière, et toucha le bord du
vêtement de Jésus.
Au même instant, la perte de sang
s'arrêta. Et Jésus dit : Qui m'a touché ? Comme tous s'en
défendaient, Pierre et ceux qui étaient avec lui dirent :
Maître, la foule t'entoure et te presse, et tu dis: Qui m'a touché
? Mais Jésus répondit : Quelqu'un m'a touché, car j'ai
connu qu'une force était sortie de moi.
La femme, se voyant découverte, vint toute tremblante se jeter à ses pieds,
et déclara devant tout le peuple pourquoi elle l'avait
touché, et comment elle avait été guérie à l'instant.
Jésus lui dit: Ma fille, ta foi t'a sauvée ; va en paix.
Ce qui est frappant dans cette
vignette des Écritures, c’est l’ordre dans lequel se déroulent
les événements mais aussi les protagonistes qui interviennent.
Essayez d’imaginer la scène. Jaïrus est membre du conseil des
anciens d'une synagogue et un homme manifestement aisé. Cet
homme riche, religieux, occupant une position privilégiée
et reconnue dans la société de l’époque, dans sa détresse,
s’humilie et réclame l’aide de Jésus pour sa fille qui est
mourante. Au même instant, une femme atteinte d’une hémorragie,
considérée comme impure selon la Loi, fait son apparition.
Cette femme honteuse et pleinement consciente de son état,
arrive incognito par derrière et, dans un geste désespéré,
touche Jésus. Pouvez-vous vous imaginer son choc lorsque Jésus
s’arrête et dit : «
Qui m’a touché ! » Il y a
eu certainement un long moment de
silence, comme si la terre s’arrêtait de
tourner pendant quelques instants. Pauvre femme, son coeur s’est
probablement mis à battre la chamade. Le texte nous
dit que
la femme, se
voyant découverte,
vint toute
tremblante se
jeter à ses pieds, et
déclara devant tout le peuple
pourquoi elle l'avait touché.
Effrayée et même terrifiée, cette femme avoue son geste devant la
foule. À la lumière des coutumes de
l’époque, elle savait que dès qu’elle avouerait sa faute, elle serait
automatiquement mise à l’écart et jetée hors de la ville (comme une
lépreuse). De plus, selon la Loi, cette femme impure, en
touchant Jésus par ce simple contact, le rendait impur lui
aussi ; il serait mis à l’écart jusqu’au soir. C’est pour ces raisons
qu’elle est toute tremblante et dans la crainte. Comment vous
seriez-vous sentis à sa place ? Comment auriez-vous réagi à la
place de Jésus ? À ce moment, Jésus fait face à
deux situations et deux choix: soit aller chez Jaïrus, homme
riche, religieux et reconnu pour guérir sa fille, soit guérir une
pauvre femme considérée impure selon la Loi. La situation est
critique et urgente, car le texte mentionné ci-haut nous indique que
la fille de Jaïrus est mourante. Si nous transposions
cette histoire au XXIe
siècle beaucoup d’entre nous
favoriseraient l’ordre établi au lieu de s’associer à quelqu’un qui nuit à
notre image et notre réputation!
Or, Jésus agit de façon tout à
fait désarmante! Il fait fi de la loi et des coutumes et il dit simplement
à cette femme:
«Ma
fille, ta foi t'a sauvée ; va en paix.»
D’autres versions de ce texte traduisent l’expression «Ma
fille»
par «Mon
enfant»,
un terme extrêmement affectueux, utilisé lorsqu’un père
parle à son fils ou sa fille. Par ces paroles, Jésus redonne à cette
femme la santé et change sa destinée à jamais. Il ne la
rejette pas, il ne l’exclut pas, au contraire, il lui redonne sa
dignité et la rétablit dans sa communauté. Quelle histoire
merveilleuse! Et puis, ne vous inquiétez pas pour la fille de
Jaïrus, elle aussi a été guérie. L’un des textes les plus connus de
Nouveau Testament est probablement le passage relatant
la rencontre au puits de Jésus et de la Samaritaine. Cet épisode
met, une fois de plus, en évidence à quel point Jésus se
différenciait des hommes de son temps, d’une façon hors de
l’ordinaire, dans son comportement vis-à-vis des femmes.
Cette histoire se trouve dans l’Évangile de Jean au
chapitre 4, versets 6 à 27. Peut-être avez-vous oublié ce récit ou même
ne l’avez jamais lu ? Laissez-moi vous le remémorer ou vous le
présenter.
Jésus, fatigué du voyage, était
assis au bord du puits. (…) Une femme de Samarie vint puiser
de l'eau. Jésus lui dit : Donne-moi à boire, car ses
disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres. La femme
samaritaine lui dit : Comment toi, qui es juif, me
demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? —
Les Juifs, en effet, n'ont pas de relations avec les
Samaritains. — Jésus lui répondit : Si tu connaissais le
don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire! Tu
lui aurais toi-même demandé à boire, et il t'aurait
donné de l'eau vive. Seigneur, lui dit la femme, tu
n'as rien pour puiser, et le puits est profond; d'où aurais-tu
donc cette eau vive ? (…) Jésus lui répondit: Quiconque boit
de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de
l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif, et l'eau que
je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui
jaillira jusque dans la vie éternelle. La femme lui dit :
Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif, et
que je ne vienne plus puiser ici. Va, lui dit Jésus, appelle
ton mari, et viens ici. La femme répondit: Je n'ai point de
mari. Jésus lui dit:
Tu as eu raison de dire: Je n'ai point
de mari. Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as
maintenant n'est pas ton mari.
En cela tu as dit vrai. Seigneur,
lui dit la femme, je vois que tu es prophète. Nos pères ont
adoré sur cette montagne ; et vous dites, vous, que le lieu où
il faut adorer est à Jérusalem. (…) Je sais que le
Messie doit venir (celui qu'on appelle Christ) ; quand il sera
venu, il nous annoncera toutes choses.
Jésus lui dit: Je le suis, moi qui te parle.
Là-dessus arrivèrent ses disciples,
qui furent étonnés de ce qu'il parlait avec une femme.
Dans ce simple passage, on
remarque que Jésus enfreint trois règles fondamentales de
l’époque. Premièrement, il s’arrête au bord d’un puits et
parle avec une femme, ce qui surprendra même ses disciples.
Souvenez-vous qu’à ce moment-là les femmes n’étaient même pas
saluées dans les rues, alors il est facile de concevoir qu’on ne
s’arrêtait pas non plus pour leur parler. Deuxièmement, non
seulement c’est une femme mais elle est aussi samaritaine.
Dans le contexte socioculturel de l’époque, les Juifs n’avaient
aucune relation avec les Samaritains (et surtout pas avec les
Samaritaines !). La plupart des Juifs refusaient de s’unir à eux sur le
plan social et sur le plan religieux parce qu’ils ne les
considéraient pas de pure race juive et parce que les Samaritains
pratiquaient une religion mixte11. Cette répugnance pouvait aller
jusqu’au mépris. Finalement, en plus d’être femme et samaritaine,
cette dernière était adultère et considérée comme une femme de
mauvaise vie. Tous les hommes juifs de cette époque
l’auraient traitée comme une moins que rien, un être inférieur,
une non-juive, une vulgaire pécheresse et l’auraient méprisée.
Cependant, lorsque Jésus
l’aperçoit, il fait abstraction du fait qu’elle soit une femme, de son
statut social et de sa condition. Il se préoccupe de son besoin. Il
s’intéresse à qui
elle est et
à ce qu’elle
vit. Au
lieu d’utiliser cette femme pour répondre à son propre besoin immédiat,
c’est-à-dire étancher sa soif, c’est lui au contraire qui lui offre d’étancher
sa soif spirituelle. Il se révèle à elle comme celui qui donne l’eau
vive, comme étant le Messie. Il la considère tellement qu’il
poursuit sa conversation et l’enseigne sur les choses à venir.
Contrairement aux rabbins de l’époque, Jésus reconnaît à cette
femme (et à travers elle à toutes les autres) le droit et
l’accès à la connaissance théologique. Ce passage met en
relief à quel point Jésus était un homme hors de l’ordinaire. Son
attitude révèle sa préoccupation, son respect et sa
profonde affection pour le genre féminin sans tenir compte de
la nationalité ou du statut social de la personne.
En tant que femme, ce qui me
choque et me déçoit dans le
Code Da Vinci,
c’est que l’auteur nous dépeint un Jésus qui aime Marie-Madeleine d’une façon
conjugale, et le fruit de cette relation l’incite à lui confier le
futur de l’Église ! Cette perception est complètement
fausse, réductrice, dérangeante et tellement limitative. À la lumière
des deux récits bibliques que nous venons d’examiner (et il en
existe plusieurs autres), il est évident que Jésus ne s’est pas
intéressé uniquement à Marie-Madeleine. Bien au contraire, il
en ressort clairement que Jésus est venu affranchir et aimer
toutes les femmes quelles que soient leurs conditions. Jésus a
côtoyé plusieurs femmes durant son passage sur la terre mais ses
intentions et ses sentiments étaient fort différents de ceux
annoncés par Dan Brown. L’amour qu’il a porté aux femmes
est bien loin de celui que nous pouvons concevoir ou même
imaginer. De par sa nature divine, l’amour de Jésus pour les
femmes transcende les désirs et les passions qui sont propres à
l’être humain. C’est un amour inconditionnel, libérateur, qui
n’est pas enraciné dans l’égocentrisme. C’est un amour que
seul un être divin peut donner, un amour qui peut guérir
le coeur, l’âme et l’esprit, et cet amour est disponible pour
toutes les femmes !
2. Les femmes dans l’enseignement
de Jésus…
Tout au long de sa vie, Jésus a
été remarquable et a fait preuve d’une ouverture et d’un
niveau d’acceptation des femmes hors du commun. Les
Évangiles mentionnent qu’une quinzaine de femmes ont été
guéries, enseignées, relevées et défendues par Jésus. Nous trouvons
également plus de quarante passages qui font référence à la
femme dans des récits, des images ou des paraboles.
Cependant, il serait complètement erroné et extrêmement
réductionniste de penser que Jésus considérait les femmes uniquement
comme de pauvres êtres sans défense et qu’il avait pour
mission de les protéger et de les élever aux yeux de la société.
Jésus ne s’est pas uniquement positionné en défenseur des
femmes, mais il leur a aussi donné un nouveau statut. Le regard qu’il
posait sur elles n’était pas un regard de pitié, mais il voyait en
elles le même potentiel que dans les hommes. Ses enseignements
nous le démontrent sans équivoque. Par exemple, l’Évangile de Luc au
chapitre 10, versets 38 à 40, nous relate une histoire qui
paraît tout à fait anodine au premier abord.
Comme Jésus était en chemin avec
ses disciples, il entra dans un village, et une femme,
nommée Marthe, le reçut dans sa maison. Elle avait une
soeur, nommée
Marie, qui, s'étant assise aux pieds du
Seigneur, écoutait sa parole. Marthe, occupée à divers soins
domestiques, survint et dit : Seigneur, cela ne te fait-il rien
que ma soeur me laisse seule pour servir ? Dis-lui donc de
m'aider. Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, tu
t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. Une seule
chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui
ne lui sera point ôtée.
Ce simple récit renverse encore
une fois toutes les mentalités de l’époque. Tout le
monde sans exception aurait été d’accord avec Marthe quant au
comportement de Marie. Marthe représente tout à fait le
type de femme de son temps. Elle s’acquitte des tâches
domestiques, sert les hommes qui sont dans sa maison et ne prend pas
part aux discussions. C’est la femme parfaite du Ier
siècle. Cependant, Jésus ne semble pas partager cette opinion et amène
Marthe à voir les choses différemment. Pour saisir
l’importance et la portée des paroles de Jésus, il faut encore une fois
se replonger dans le contexte de l’époque et comprendre que, selon
la société, l’attitude de Marie n’est pas répréhensible
uniquement parce qu’elle n’aide pas sa soeur à s’acquitter des
soins domestiques, mais principalement parce que
Marie était assise aux pieds de Jésus et écoutait sa parole.
L’expression «
être assis aux pieds de quelqu’un» est une expression équivalente à «
être disciple d’un Maître »12
et recevoir son enseignement. Ce qui
est tout à fait remarquable et exceptionnel dans cette histoire
c’est que Jésus, en interpellant Marthe sur son comportement et en
louant celui de Marie, révèle aux femmes que leur rôle et
leur destinée ne sont pas réduits à s’acquitter des tâches
domestiques, mais il leur annonce qu’une ère nouvelle
s’offre à elles. Il leur fait voir des possibilités qui leur étaient
jusqu’à ce jour refusées. Il leur ouvre une porte qui leur était
complètement fermée : le droit et l’accès à la connaissance ! La
connaissance n'est peut-être pas pouvoir, mais elle est liberté…13
Un autre point à noter, de
l’enseignement de Jésus, c’est la façon dont il communique ses
desseins. Contrairement aux scribes et aux pharisiens, Jésus
inclut des femmes dans ses illustrations et ses paraboles. Le
théologien Alfred Kuen pousse cette idée encore plus loin : «
Non seulement il parle de femmes et les met en scène dans ses
paraboles, mais ce sont souvent elles qui ont le beau rôle lorsqu’elles
apparaissent en parallèle avec des hommes. » 14
Laissez-moi vous illustrer ces propos par ce récit tiré de l’Évangile de Luc au
chapitre 7, versets 37 à 47 :
Et voici,
une femme pécheresse qui se
trouvait dans la ville, ayant su qu'il était à table dans
la maison du pharisien15, apporta un vase d'albâtre plein de
parfum, et se tint derrière, aux pieds de Jésus. Elle pleurait
; et bientôt elle lui mouilla les pieds de ses larmes, puis les
essuya avec ses cheveux, les baisa, et les oignit de parfum. Simon, le
pharisien qui l'avait invité, voyant cela, se dit en lui-même:
Si cet homme était prophète, il connaîtrait qui et de quelle
espèce est la femme qui le touche, il connaîtrait que c'est
une pécheresse
(…).
Se tournant vers la femme, Jésus dit
à Simon: Vois-tu cette femme?
Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as
point donné d'eau pour laver mes pieds;
mais elle, elle les a mouillés de ses larmes, et les a
essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as point donné de baiser;
mais elle, depuis que je suis entré, elle n'a point cessé de me
baiser les pieds. Tu n'as point versé d'huile sur ma tête;
mais elle, elle a versé du parfum sur mes pieds.
C'est
pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés ont été pardonnés
: car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on pardonne
peu aime peu.
Une autre facette de
l’enseignement de Jésus, qui est tout aussi fascinante, est la
pertinence des illustrations qu’il choisit lorsqu’il parle aux foules. À
maintes reprises dans les Évangiles, on le voit illustrer ses idées en
décrivant des scènes de la vie quotidienne des hommes de son
temps… mais aussi de celle des femmes. En voici des exemples
frappants :
Jésus leur proposa une autre
parabole, et il dit : Le royaume des cieux est semblable à un grain
de sénevé qu'un
homme
a pris et semé dans son champ.
C'est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a
poussé, il est plus grand que les légumes et devient un
arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses
branches. (Matthieu 13.31-32) Il leur dit cette autre parabole :
Le royaume des cieux est semblable à du levain qu'une
femme a pris
et mis dans trois mesures de farine, jusqu'à
ce que la pâte soit toute levée. (Matthieu 13.33)
Vous vous dites probablement que
c’est tout à fait normal que Jésus, en tant que bon pédagogue,
utilise des scènes issues de la vie quotidienne des gens pour
qu’ils comprennent et assimilent son message. Mais permettez-moi de
pousser la réflexion un tout petit peu plus loin pour vous
montrer combien cela met davantage en valeur toute
l’importance qu’il accordait aux femmes. Dans un contexte
socioculturel et religieux où la femme n’a pas le droit d’apprendre la
Loi (Torah), où elle est un membre désavantagé de la société,
négligé et dont la personnalité est étouffée, Jésus
enseigne et interpelle les gens en utilisant des exemples de leur
quotidien et en y ajoutant des situations typiques de la vie des
femmes de son époque. Lorsque Jésus dit : «Le
royaume des cieux est semblable à du levain qu'une
femme a pris et mis dans trois mesures
de farine, jusqu'à ce que la pâte soit toute levée…»,
il s’adresse directement aux femmes et utilise délibérément une illustration qui
leur est propre, pour qu’elles comprennent son enseignement.
Faire la cuisine, pétrir la pâte étaient des tâches dont elles
s’acquittaient constamment. Donc, par cette parabole toute simple,
Jésus leur annonce que le Royaume des cieux n’est pas
uniquement réservé aux hommes, mais qu’elles aussi peuvent y
prendre part. WOW! C’était tout à fait révolutionnaire! Jésus,
misogyne? Personnellement, je ne le pense pas et l’enseignement des
Évangiles prouve le contraire !
3. Portrait biblique de la femme
Tout au long de son roman, Dan
Brown murmure tout bas, et proclame parfois à voix haute,
que l’Église est contre la femme et que ses dirigeants ne
veulent pas d’elle dans leurs rangs. Pourtant, lorsqu’on compare
la place qu’occupait la femme dans la première Église à
celle qui lui était réservée dans la culture de l’époque, on
constate que le christianisme est venu faire évoluer sa condition et sa
position. Cette dernière déclaration vous semble peut-être
exagérée, peut-être même qu’elle vous surprend.
Permettez-moi de vous en faire la démonstration.
Les femmes en position de
leadership dans l’Ancien Testament…
À travers les âges, Dieu a utilisé
des hommes pour accomplir ses desseins, mais aussi des
femmes! Bien avant l’arrivée du christianisme et la fondation de
l’Église, Dieu se servait des femmes de façon tout à fait extraordinaire. Vous vous souvenez certainement de l’histoire de
Moïse mais probablement pas de celle de Myriam, sa soeur. Pourtant c’est
elle qui, à peine âgée de 12 ans,
surveilla Moïse alors qu’il était un poupon placé dans une corbeille afin d’échapper à l’édit de mort émis
par Pharaon. Ce geste, très risqué,
révélait déjà le courage de Myriam malgré
son jeune âge. Grâce à cet acte de bravoure, Moïse eut la vie sauve
et put devenir plus tard le libérateur du peuple d’Israël. Myriam occupa également une position-clé au sein même de son peuple. C’était une
leader spirituelle reconnue et elle avait été aussi choisie par Dieu pour proclamer le message de Dieu 16.
Une telle position était honorée de tous. Il y eut aussi,
Hulda, qui fut élevée au même rang17. D’autres femmes marquèrent
l’Histoire. De par leur position et leur influence elles
sauvèrent leur pays. Débora, juge en Israël, était l’une d’elles. Le
peuple venait la consulter pour qu’elle règle les différends18.
Lorsqu’Israël fut sous l’oppression, elle accompagna le commandant
israélite Baraq à la bataille.
Parmi les femmes d’influence on
retrouve aussi la reine Esther. Reconnue pour sa grande beauté,
elle était avant tout une personne d’impact et d’audace.
Poussée par la menace de mort qui planait sur son peuple, elle
défia la loi pour dénoncer un ignoble complot, trouver grâce
auprès du roi et amener la délivrance aux Israélites. Elle
fit cette célèbre déclaration :
«…et si je dois périr, je périrai ! »19,
démontrant ainsi une volonté d’acier, une détermination peu commune et
l’ampleur de son courage.
Les femmes en position de
leadership dans le Nouveau Testament …
Comme nous l’avons vu
précédemment, le Nouveau Testament, à plusieurs reprises,
fait mention des femmes. Elles ont joué un rôle important et
parfois même déterminant dans la vie de Jésus et dans la première
Église. Voici quelques exemples :
Lorsqu’on compare la place qu’occupait la femme dans la première Église à celle qui lui était réservée dans la culture de l’époque, on constate que le christianisme est venu faire évoluer sa condition et sa position.
•
Tabitha (Dorcas):
Son nom signifie
«gazelle».
C’était une femme active et estimée dans sa
ville pour ses oeuvres charitables 20.
• Les
quatre filles de Philippe : Les
textes bibliques ne révèlent pas leurs noms, mais affirment que
ces filles proclamaient des messages inspirés par Dieu 21.
•
Lydie : Elle
fut pionnière de l’Église en Grèce 22.
•
Évodie et Syntyche : Elles
ont été des compagnes d’oeuvre de l’apôtre Paul dans le combat
pour répandre l’Évangile. Paul les a appelées
des collaboratrices (synergoï
en
grec, racine du mot synergie) et non des aides 23.
•
Priscille : Elle
était aussi une compagne d’oeuvre pour l’apôtre Paul 24.
•
Tryphène, Tryphose et Perside : L’apôtre Paul les a remerciées pour leur travail
missionnaire. Il dira même qu’elles ont beaucoup travaillé
pour le Seigneur 25.
•
Phoebé : Son
nom signifie « radieuse ». Elle occupait un poste de direction, elle était
diaconesse (diakonos
en
grec, traduit par diacre ou pasteur) à
Cenchrées 26.
•
Junia : C’est
elle qui aurait été la première femme apôtre et non Marie-Madeleine comme le
laisse entendre Dan Brown dans son roman. L’apôtre
Paul écrit :
«
Saluez Andronicus et Junias, mes parents
et mes compagnons de captivité, qui jouissent d'une
grande considération parmi les apôtres, et qui même ont été en
Christ avant moi. »27
Le nom Junia a été remis en
question par certains, car ils refusaient d’admettre qu’une femme
ait pu être apôtre. Ils ont littéralement changé le texte grec
en écrivant Junias qui est la forme masculine. Cependant, la
consultation d’un programme informatique regroupant 2 889
auteurs grecs et 8 203 ouvrages depuis Homère (IX e
siècle av. J.C) jusqu’au V
e
siècle de notre ère, a confirmé que Junia était un
nom féminin à l’époque du N.T.28
Andronicus et Junia étaient des apôtres qui
« jouissaient d’une grande considération
».
Cette expression a aussi été traduite par
« était
très estimés
»,
« en vue
parmi eux
», « des
apôtres éminents
»,
« marquants
»,
« au
premier rang entre les apôtres
».
Personnellement, je pense que le
récit le plus frappant, démontrant le rôle des femmes dans
l’Église, est celui de la résurrection de Jésus. Laissez-moi
vous le rappeler pour que vous en appréciiez toute la teneur
:
«Après le sabbat, à l'aube du
premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l'autre Marie
allèrent voir le sépulcre. Et voici, il y eut un grand
tremblement de terre, car un ange du Seigneur descendit du ciel,
vint rouler la pierre, et s'assit dessus. Son aspect était comme
l'éclair, et son vêtement blanc comme la neige. Les gardes
tremblèrent de peur, et devinrent comme morts. Mais l'ange prit la
parole, et dit aux femmes : Pour vous, ne craignez pas; car je
sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n'est
point ici ; il est ressuscité, comme il l'avait dit. Venez, voyez
le lieu où il était couché, et allez promptement dire à ses
disciples qu'il est ressuscité des morts.» 29
Le contenu de ce texte est
fascinant et désarmant. Premièrement, parce qu’il dépeint la
résurrection de Jésus qui, pour nous simples mortels, est
extrêmement difficile à saisir. Et deuxièmement, parce que les femmes
y occupent une place historique, ce qui pour l’époque
paraît complètement surréaliste. Pouvez-vous concevoir
que Dieu ait choisi des femmes pour proclamer la plus
puissante et merveilleuse histoire de l’humanité? Il choisit
des femmes pour annoncer à des hommes la venue du Sauveur!
Elles ont été les premiers témoins de la résurrection, les
premières à rencontrer le ressuscité et les premières aussi
à proclamer ce fait ! Jésus, encore une fois, transgresse les
règles établies qui n’accordaient aucune valeur au témoignage des
femmes. Les disciples le confirment par leur réaction à
l’annonce de cette nouvelle :
«Ils tinrent ces discours pour des
rêveries, et ils ne crurent pas ces femmes. »30
Le théologien G.R. Osborne a écrit
que : «Le choix divin des femmes comme premiers témoins est
l’une des vérités fondamentales des récits de la
résurrection. En fait, bien des érudits considèrent ce détail
comme une preuve majeure de l’historicité de la résurrection
elle-même. En effet, il est hautement improbable qu’un Juif
ait jamais inventé une telle histoire puisque les femmes
n’étaient pas autorisées à témoigner devant la Justice.» 31
L’Église, misogyne ? Cela ne devrait pas être le cas !
La misogynie dans l’Église…
Il faut cependant reconnaître que,
par la suite, les femmes ont eu peu de place dans la
communauté chrétienne dirigée presque exclusivement par des
hommes. Il existe une dichotomie importante entre la
valeur inestimable des femmes aux yeux de Jésus et la place
qu’elles occupent dans l’Église. En tant que femme, cela m’interpelle
et me dérange. Il ne faut pas généraliser, mais il faut tout de
même avouer que l’interprétation traditionnelle du
rôle de la femme dans l’Église a été androcentrique, c'est-à-dire
centrée sur l’homme, et souvent dévalorisante pour la
femme. A. Hauge a dit :
«L’enseignement de l’Église au
sujet des relations hommes femmes repose davantage sur la nature
sociale de l’Église que sur la révélation biblique.» 32
Honnêtement, entre vous et moi, lorsque vous associez les mots
femmes et
Église, quelles
sont les pensées qui vous viennent
immédiatement à l’esprit ?
Soumission, procréation, devoir, infériorité,
absentes des positions d’influence, jamais associées au pouvoir.
Pourtant, de telles pensées sont très loin de la conception initiale de l’Église
telle que Dieu la désirait.
Ce qui est totalement pernicieux
dans le
Code Da Vinci c’est que subtilement (parfois moins !),
l’auteur nous amène à croire que la Bible, dans laquelle est
écrite l’histoire de Jésus, est elle aussi dénigrante et misogyne, ce
qui est absolument mensonger! Bien souvent nous avons
des idées préconçues sur la Bible. Cependant, dès ses
toutes premières pages, dans le livre de la Genèse, il est écrit
que
Dieu créa l’homme selon sa propre image, il créa l’homme et la femme33.
Dans ce texte, il n’a jamais été question de supériorité ou
d’infériorité, de chef ou de subalterne. Selon le théologien et
exégète Alphonse Maillot : « La volonté primordiale de Dieu
est vraiment de créer l’homme et la femme ensemble,
semblables et différents, complets, mais l’un pour l’autre,
et leur dualité exprime leur unité fondamentale primitive. »34
L’intention de Dieu n’a jamais été de créer la femme inférieure à
l’homme et encore moins que la femme soit en retrait dans
son Église. Au contraire, Dieu savait qu’ensemble, l’homme et la
femme formeraient une union parfaite pour accomplir la
mission de son Église !
L’apôtre Paul a écrit :
«
Il n’importe plus que l’on soit Juif ou non Juif, esclave ou libre, homme ou
femme ; en effet, vous êtes tous un dans
la communion avec Jésus-Christ. »35
Je crois profondément en cette pensée où les hommes et les
femmes, malgré leurs différences indéniables, sont des êtres égaux,
précieux, uniques, qui ont la même valeur et possèdent des
capacités incroyables. Je crois tout aussi profondément en des
Églises et des sociétés qui endossent ces mêmes valeurs et
permettent aux hommes et aux femmes de travailler ensemble et
d’offrir ce qu’ils ont de plus beau et de mieux, afin de bâtir un
monde meilleur où chaque être humain sera reconnu et
respecté quels que soient son sexe, sa condition, son statut social ou
la couleur de sa peau.
Je suis en total désaccord avec
les raisons évoquées par Dan Brown dans le
Code Da Vinci pour
échafauder l’argumentation qui lui permet de conclure que
l’Église est misogyne ! Toutefois, si nous prenons le temps de
regarder l’Histoire de l’Église, nous nous apercevons qu’elle s’est trop
souvent éloignée de l’enseignement de
Jésus, déviant ainsi du plan originel à
la base du christianisme. La misogynie
présente dans certaines églises ou mouvements
religieux (pour des raisons qui sont, je le
crois et le répète, d’ordre socioculturel et complètement indépendantes de
celles énoncées par Brown dans son livre)
est tout à fait contraire au dessein
et au désir de Dieu et ne reflète en rien
l’esprit de Jésus. Si l’Église avait suivi les
instructions et l’exemple de Jésus, elle n’aurait jamais été perçue
comme étant misogyne ! Comme nous l’avons vu dans ce
chapitre, il n’y a aucun élément, ni dans la vie de Jésus,
ni dans la première église, qui permette de discriminer ou de
dégrader la femme, bien au contraire. Nous avons vu à quel
point Jésus était révolutionnaire et comment il avait élevé les
femmes bien au-dessus de tout ce que ses contemporains auraient pu
imaginer. Je crois que l’évolution du monde moderne (bien
qu’il reste encore beaucoup de travail à faire dans
certains endroits du monde) doit encourager l’Église à
repenser au problème de la place qu’elle accorde à la femme.
Aujourd’hui,
lorsqu’elles en ont les compétences
(je
suis contre toute forme de discrimination ou de favoritisme !), les femmes peuvent
accéder à des postes qui autrefois étaient exclusivement
masculins. Je crois que l’Église devrait suivre cet exemple.
Cependant, il faut absolument que « la bonne personne soit à la
bonne place » ! Parce que, homme ou femme, une personne sera plus
apte à répondre aux besoins de l’Église si elle utilise à bon
escient les dons qui lui sont propres. En conséquence, la
question de savoir si l’Église est misogyne me semble un faux
problème. Le fond du problème n’a rien à voir avec les
fondements du christianisme, mais bien avec la mise en pratique de
celui-ci.
Personnellement, je crois que
l’Église n’a pas les moyens de se priver des femmes si elle veut
accomplir sa mission. De grandes femmes engagées et
reconnues pour leur foi ont fait une différence dans la société,
dans le monde et dans l’Histoire.
Vous comprendrez qu’il m’est
impossible de faire une liste exhaustive, mais j’aimerais vous
en présenter quelques-unes, mes préférées…
Catherine Booth (1829-1890) : Dans l’Angleterre victorienne, le libéralisme
triomphant a engendré de nombreuses souffrances et la
révolution industrielle a précipité beaucoup d’ouvriers dans
la misère sociale, l’alcoolisme et la prostitution.
Son mari et elle décident de créer, avec les défavorisés parmi
lesquels ils ont choisi de vivre et qui sont mal acceptés par
les communautés existantes, une structure
d’accueil qui deviendra l’Armée du Salut en 1878. Pour l’époque,
l’Armée du Salut est une structure révolutionnaire puisque,
hommes et femmes sont en parfaite égalité et peuvent
accéder à tous les postes de responsabilité. Il est écrit dans
la biographie de cette grande dame : «
Catherine Booth, mère de l’Armée du Salut
36
». Femme de foi engagée, sa vie eut
une grande portée spirituelle et un impact social
extraordinaire.
Henrietta Mears (1890-1963)
:
Elle
fut directrice d’éducation religieuse pour les
enfants dans une église presbytérienne et enseigna avec
passion. Trois ans après son arrivée, l’éducation
chrétienne passa de 450 à 4500 enfants. Elle se donna
passionnément pour la cause des enfants. Son enthousiasme pour le
Seigneur Jésus-Christ était contagieux. Une de ses plus
célèbres citations est : «
Jésus a la spécialité de faire de ceux qui ne
sont rien des personnes importantes
».
Elle eut un profond impact sur plusieurs personnes, notamment
Billy Graham qu’elle conduisit à la foi. Il dira
lui-même, qu’après sa mère, c’est elle qui influença le plus sa vie.
Henrietta Mears est également une auteure reconnue.
Ses biographes ont écrit ceci à son sujet : «
Henrietta a été la géante de l’éducation chrétienne, non seulement de sa
génération, mais de son siècle. Elle fut un extraordinaire
mélange d’intellect, de dévotion et de spiritualité; un
génie pour l’administration, quelqu’un qui
motive, qui encourage, un leader
». Son
expression favorite était :
Dream Big *! Élisabeth Elliot
(1926
-) : Fille de missionnaire, Élisabeth, marcha dans les traces de ses
parents. Avec son mari Jim Elliot, elle oeuvra passionnément
et avec acharnement auprès des Indiens Aucas en
Amérique du Sud. Deux ans après son mariage et alors qu’elle
venait tout juste de mettre sa fille Valérie au monde, son
mari fut assassiné par ces Indiens. Il mourut, martyr, à
l’âge de 28 ans. Femme de foi, de pardon et de compassion,
Élisabeth poursuivra son oeuvre. Elle retournera bravement
sur le champ missionnaire servir le peuple qui tua son
époux. Son oeuvre eut une portée exceptionnelle. Grâce à son
courage, un grand nombre d’Indiens Aucas connaîtront
l’Évangile de Jésus-Christ. La mission qu’elle préside
a établi au fil des années des centaines d’écoles et de
dispensaires. Et c’est une société entière, composée de dizaines de
villageois, qui s’est émancipée ! Élisabeth Elliot est
une auteure reconnue dans le monde entier et ses oeuvres
sont grandement appréciées. Cette femme de coeur a
profondément marqué un peuple tout entier. Sa vie est une source
d’inspiration pour chacun d’entre nous.
Élisabeth Elliot une grande dame au grand coeur !
Au moment où je finis d’écrire ce
chapitre, la pluie tombe à torrents, le temps est à la
grisaille à l’extérieur de mon église mais à l’intérieur, il y a un flot
de vie. Il y a à peine quelques minutes, dans le bureau qui fait
face au mien, une jeune femme en détresse, complètement brisée,
est entrée en pleurs. En ce moment, elle reçoit de l’aide.
Elle est écoutée, encouragée, aimée et sa vie est rebâtie par
une femme, ici même dans l’église.
Au
* Rêvez grand !
même instant, d’autres femmes qui
ont été victimes d’abus de toutes sortes, de violence et que
l’on soutient par le biais de notre banque alimentaire, sont en
train de vivre une journée «sourire». Elles se font dorloter,
coiffer et maquiller
par
des femmes, ici même dans l’église.
Des gestes qui, nous l’espérons, leur permettront de retrouver un peu de
l’estime de soi qui leur a malheureusement été dérobée.
Ce flot de vie se déverse tout au
long de l’année. Les besoins de centaines de femmes sont et
seront comblés
par
des femmes, ici même dans l’église.
Certaines sont là pour faire des études bibliques, pour assister à des
réunions de prière et de louange dirigées par des femmes, et même
pour faire de l’exercice (eh oui, après un salon de coiffure,
pourquoi pas une salle de gymnastique dans l’église !).
D’autres sont venues assister à des groupes de soutien afin d’arriver
à se libérer des séquelles laissées par l’inceste ou le viol,
ou encore à se sortir d’une dépression ou d’une dépendance.
Elles viennent apprendre ou réapprendre qu’elles sont des
femmes de grande valeur.
Les femmes viennent ici
même à l’église pour
être restaurées, mais aussi pour donner. Grâce à
elles, encore cette année, un peu plus d’enfants luttant contre
la maladie, des parents fatigués parfois même désespérés
et des personnes âgées délaissées, seront écoutés,
réconfortés et aimés. Je crois du plus profond de mon coeur en une Église
qui répond aux besoins… aux besoins des femmes dans toutes
les sphères de leur vie. Je crois en une Église qui respecte
les femmes, qui les aide à s’épanouir et à développer leur
potentiel afin qu’elles puissent, à leur tour, se déverser dans la
vie des gens qui les entourent et dans la société. Je crois en une
Église qui est à l’image de Jésus que Dan Brown et tous ses lecteurs
doivent découvrir !
Le
mysticisme,
le gnosticisme et les évangiles
manquants
du Code Da
Vinci
« La Bible est un produit de
l’homme… pas de Dieu. Le Nouveau Testament est un faux
témoignage, entièrement basé sur des chimères… La Bible a
évolué à travers des centaines de traductions,
d’additions et de révisions. Il n’y a jamais eu dans l’histoire
une version définitive du livre… Plus de 80 évangiles ont
été considérés pour le Nouveau Testament… seulement 4
ont été choisis… presque tout ce que nos pères nous
ont enseigné concernant le Christ est faux. » 1
Dan
Brown dans le Code Da Vinci
« Ce n’est pas en suivant des
histoires inventées ou des fables habilement conçues que nous vous
avons fait connaître les évangiles de Jésus-Christ,
mais parce que nous avons été des témoins oculaires qui ont vu
de leur propres yeux sa majesté. » 2
L’apôtre Pierre, témoin de la résurrection de Christ et martyr
C e
chapitre s’ouvre sur des événements survenus à la
fin des années soixante et au début des
années soixante-dix. La Révolution tranquille est
maintenant en pleine ébullition au Québec. La fièvre nationaliste
brûle et les évènements marquants se multiplient avec
fracas au son de la musique et des compositions éclatées,
dérangeantes, mais tellement excitantes pour les Québécois de l’époque,
des nouveaux rockers rebelles tels que Robert Charlebois. La
crise d’octobre 1970, le kidnapping du diplomate
britannique James Cross par le FLQ et la mort tragique du ministre
Pierre Laporte seront des moments clés de cette période
déchirante et violente. Sur le plan moral et religieux, une
transformation prend place également. Le général de Gaulle
s’écriera : « Vive le Québec libre ! » tandis que des milliers
de Québécois plongeront dans la révolution sexuelle en claquant la
porte de l’église traditionnelle. En trente ans à peine, le Québec
est bouleversé par un véritable tsunami socioculturel
qui renverse tout sur son passage. Des termes et des
expressions jusque-là inexistants tels que « sida », « suicide adolescent
», «épuisement professionnel » (burn-out),
« déconfessionnalisation des écoles », « 11 septembre », « Al-Qaeda », «
changements climatiques » et « scandale des commandites »
apparaissent. Ces mots deviennent des pancartes que nous
avons à peine le temps de lire sur le bord de l’autoroute
ultra rapide du changement. Alors que nous dévalons la pente
abrupte de ce nouveau millénaire nous n’avons,
semble-t-il, aucun frein dans cette descente vertigineuse ; les «
crashs » sociaux et familiaux sont nombreux et douloureux.
Dans les années 70, tout près de
chez nous, chez nos voisins du sud, Bob Dylan chante The
Times, They Are A-Changin’ (Les temps changent). Les Américains
voient leurs héros et leurs espoirs tomber un à un sous les
balles de tireurs fous. Les assassinats de John et Robert
Kennedy et du pasteur noir Martin Luther King sont trois coups de
poignard dans le coeur du rêve américain. Celui qui avait fait
vibrer la nation et le monde entier avec son message de paix et
d’égalité, qui avait proclamé avec confiance, malgré l’usure des
combats et les blessures, «
I have a dream…»3
(J’ai un rêve…) n’est plus. Le rêve est fini et le réveil brutal. L’Amérique
s’étourdit et trinque avec un cocktail de « sex,
drugs and rock ‘n’ roll»
à la main. Le festival rock de Woodstock devient le symbole d’une
génération révoltée, qui lève le poing vers le ciel, un
joint aux lèvres, pataugeant dans une mare de boue de nouvelles
expériences, nouvelles drogues, nouvelles idées, nouvelles moeurs
et nouvelles philosophies. C’est avec la musique tonitruante
de Jimi Hendrix et de Janis Joplin en fond sonore, que nous
rencontrons Josh McDowell.
C’est un étudiant brillant qui se
trouve sur le campus d’une université en pleine émeute. Le 4
mai 1970, quatre étudiants américains dans la fleur de l’âge
sont tués par des tirs de mitraillette de la Garde
Nationale, pendant une manifestation contre la guerre au Vietnam qui se
déroule à l’université Kent.
Suite à cet évènement, des
centaines d’autres campus universitaires explosent tels des
volcans en éruption qui brûlent et saccagent tout sur leur
passage. La violence se répand. Josh McDowell, animé d’une mentalité
typique de sa génération, dégoûté par tout ce qui se passe
dans son pays et par le pouvoir politique, voue un mépris
particulier à la religion. Il bout intérieurement de pouvoir faire
quelque chose, de donner un grand coup à tout ça. Alors qu’il
écrit sa thèse de doctorat en philosophie, après de longs mois
de réflexion, il prend une direction qui va changer le cours
de sa vie. Son nouveau sujet de thèse lui permettra de prouver, au
moyen de l’Histoire, que les évangiles sont une fumisterie, une
fraude, une invention de l’homme 4.
Son intention est de devenir
célèbre et il en a le potentiel. Il a sauté plusieurs années scolaires,
possède une mémoire phénoménale et malgré sa jeune
vingtaine, sa plume est déjà hargneuse et redoutable. Élu
président de plusieurs associations étudiantes, son influence est déjà
palpable sur les campus universitaires. Il désire être
connu comme l’auteur du livre-choc qui aura démasqué la supercherie
des évangiles. Il voyage à travers les États-Unis et l’Europe afin de
collecter des informations et d’effectuer les recherches
nécessaires à la rédaction de sa thèse. Il commet toutefois une «erreur»
fatale lorsqu’il commence à lire la Bible, en particulier les
évangiles, afin de prouver la stupidité, la superstition, l’absence de logique
et la fourberie de ces écrits. Il consacre des mois et des mois à
ces études intensives et épuisantes.
À la fin de ces recherches
scientifiques, historiques et archéologiques, il en vient à une
conclusion stupéfiante et absolue: les évangiles sont vrais 5!
Aucun autre écrit historique n’est autant vérifié, documenté,
corroboré, scruté, aussi sensé et fiable. D’un point de vue
historique, il est plus logique, plus cartésien et plus sûr de croire au
récit des évangiles que de croire aux écrits de personnages comme
Platon, Socrate, Jules César ou Napoléon, même si ces écrits n'ont
jamais été remis en question6
!
Josh McDowell est devenu chrétien. Il n’a pas écrit qu’un seul livre,
mais des dizaines qui sont devenus des
bestsellers internationaux et qui depuis plus de trente ans se portent à la défense de la foi chrétienne, démontrant la véracité des
Écritures ou défendant la résurrection de
Christ. «Apôtre Paul des Temps modernes», Josh McDowell participe à des
débats sur la foi sur des campus
universitaires et donne chaque année des
centaines de conférences devant des dizaines
de milliers d’étudiants 7. Son histoire est extraordinaire,
mais elle illustre une réalité expérimentée par des millions de
personnes de toutes les sphères de la société qui critiquaient ou
méprisaient les Évangiles alors qu’ils n’en connaissaient rien. Je
pourrais remplir ce livre, page après page, chapitre après
chapitre, de récits de gens qui, en s’approchant tout simplement des
Écritures avec une honnêteté intellectuelle, un esprit ouvert
et une disposition sincère, ont découvert la richesse, la beauté,
la solidité, l’authenticité et la capacité rédemptrice de leur
contenu.
Le
Code Da Vinci est «
pris pour du cash » par des millions de lecteurs qui n’ont jamais lu ou
étudié la Bible, qui n’ont aucune idée de la manière dont elle nous
est parvenue, ni des raisons pour lesquelles nous devrions lui
faire confiance. Dans ce chapitre, nous allons confronter,
étape par étape, certaines des affirmations les plus scabreuses
du livre de Dan Brown concernant les Évangiles.
Voici comment j’aimerais procéder
: nous allons poser plusieurs questions importantes,
citer le
Code Da Vinci et répondre par l’Histoire et les
faits. Êtes-vous prêts ? Êtes-vous en forme? C’est le quatrième round et
j’ai bien l’impression qu’après les « directs » des trois
premiers chapitres, la Bible et les Évangiles vont « frapper au
corps » et préparer le K.-O. pour « Les Mensonges du
Code Da Vinci » !
Allez, debout, au son de la cloche, DING ! Attaquons!
D’un point de vue historique, il est plus logique de croire aux Évangiles qu’aux écrits de Platon, Socrate, Jules César ou Napoléon !
Question : La
Bible est-elle un document falsifié dans lequel nous ne pouvons pas avoir
confiance ?
La position du Code Da Vinci
: «Le
Nouveau Testament est rempli de faussetés et basé sur
des fabrications. Il n’y a presque rien de vrai dans les
Évangiles que nous utilisons aujourd’hui » (pages 231, 341,
345).
Les faits: La
position chrétienne historique est que la Bible a
été inspirée par Dieu. Le mot biblique
grec pour «inspiration» signifie littéralement «avec le
souffle de Dieu 8».
Cela ne veut pas dire que les
auteurs des textes de la Bible étaient «inspirés» au sens
d’«enthousiastes» ou que tous leurs écrits sont
«inspirants» ou «motivants», mais plutôt que parce que ces
textes sont écrits «avec le souffle de Dieu», inspirés par
Dieu, ils sont vrais et fiables. Comme je vais l’expliquer
un peu plus en détail plus loin, les théologiens
chrétiens de tous les âges, spécialisés en bibliologie (étude
de la Bible) et apologétique (défense factuelle de
l’inspiration divine des Écritures) prônent que les
textes de la Bible sont inspirés, animés et rendus vivants
par l’Esprit créateur de Dieu.
Je dois aussi mettre l’accent sur
le fait que le christianisme est une religion en parfaite
harmonie avec l’Histoire. Nous trouvons, par exemple, une
puissante corroboration de la véritable histoire du
christianisme dans l’archéologie. La précision, la fiabilité et la
crédibilité de la Bible ont été prouvées et vérifiées par des
scientifiques et des historiens chrétiens et non chrétiens au
travers de milliers de découvertes archéologiques au fil des siècles.
Ainsi, des centaines de documents authentifient
magnifiquement des coutumes, des lieux, des noms, des mouvements
militaires ou politiques, ainsi que de nombreux évènements
mentionnés de manière spécifique dans la Bible 9.
À ce jour, plus de 25 000 sites
archéologiques datant des périodes de l’Ancien et du Nouveau
Testaments, ont été répertoriés dans les pays cités
par les Écritures. Les découvertes qu’on y a faites attestent, de
façon spectaculaire, la remarquable authenticité de la Bible dans ses
moindres détails 10.
À la lumière de cela, nous devons conclure que
l’archéologie est une véritable alliée de la Bible11.
Elle n’a jamais contredit un fait qui y est écrit.
Au contraire, elle a toujours
fortifié la conviction des gens qui étudient l'Histoire et les écrits
bibliques 12.
Il est très révélateur et extrêmement stimulant de
considérer le nombre d’historiens et d’archéologues dont l’intention
première était de prouver la fausseté des Écritures et qui ont
terminé leurs recherches en étant animés d’une foi mêlée
d’émerveillement13
!
Sir William Ramsay 14,
par exemple, s’était donné pour objectif de prouver que Luc,
auteur de l’Évangile portant son nom et des Actes des Apôtres,
n’était pas un historien fiable. Ramsay était athée, fils d’une
famille d’athées. Né dans la ouate, une cuillère d’argent dans la
bouche, il a fréquenté les meilleurs écoles, collèges et
universités du monde avant d’obtenir un double doctorat, dont
un Ph. D de la prestigieuse université d’Oxford. Véritable
globe-trotter, il consacra sa vie à l’archéologie. Il entreprit ses
recherches avec l’idée préconçue que les textes de Luc
s’avéreraient incorrects en termes de chronologie historique,
d'exactitude de dates, de lieux, de noms et d’évènements. Après plus
de vingt ans d’études (les historiens sont des êtres étranges
et des plus patients !), il parvint à l’absolue conclusion que
Luc était en fait un historien de première classe et que son
évangile et le texte des Actes des Apôtres étaient sans faute d’un
point de vue historique et factuel. Il écrivit ensuite un
volume intitulé
Le
témoignage des récentes découvertes
archéologiques, preuves de la fiabilité du Nouveau Testament,
et
consacra son temps à communiquer sa confiance dans les évangiles dans les
milieux académiques et universitaires15.
Un verset fascinant des évangiles
annonce comment, de siècle en siècle, la science et
l’archéologie vont littéralement prouver l’authenticité des écrits
bibliques. Saisissez bien ceci : plus la science et la technologie
progressent, plus elles découvrent que ce qui était
déclaré et enseigné dans la Bible il y a des millénaires, est vrai. Une
des appellations de Dieu dans le Nouveau Testament est « l’Alpha
et l’Oméga, celui qui est, qui était et qui vient, le
Tout-Puissant 16.
» Alpha et Oméga étaient la première et la dernière lettre de
l’alphabet grec. Dieu dit en fait : « J’étais là depuis
toujours. Tous les commencements et toutes les fins sont en moi. Je
suis la première et la dernière lettre de toute science, toute
histoire, toute expérience humaine ainsi que de toute
connaissance. Le commencement et la fin absolue de toutes
choses. » Les théologiens nomment ces attributs de Dieu «
l’immuabilité» (il ne change pas), « l’omniscience » (il sait tout)
et « l’omnipotence» (il est sans limites dans sa puissance et sa
capacité). Depuis le début de ce siècle, les
Josh McDowell, Sir William Ramsay ou Dan Brown et son
Code Da Vinci pullulent. Une certaine pensée moderne prétend
qu’à mesure que les siècles s’écoulent, l’humanité
scientifique, cartésienne et si évoluée va démasquer le ridicule du
«folklore» biblique. Dès le XVIIe
siècle, Voltaire (1694 – 1778),
l'écrivain et penseur européen le plus influent de son temps, se
rendit célèbre en déclarant, avec toute la perspective d’un éphémère
(ce papillon aux couleurs éclatantes qui ne vit qu’une
journée avant de s’éteindre subitement): «Dans cent ans la
Bible aura disparu. Elle ne sera qu’un manuscrit extrêmement rare,
poussiéreux, enfoui au fond de quelques bibliothèques
miteuses.»17
Il est intéressant de remarquer que plus de deux cent
cinquante ans après la mort de Voltaire, la Bible est le
best-seller mondial n°1 – toutes catégories confondues. Chaque année, c’est le
livre le plus lu, le plus traduit et le plus commenté au
monde mais également celui qui rencontre le plus d’opposition18.
Voltaire, quant à lui, est assez poussiéreux merci ! L’épilogue et
le clin d’oeil du ciel dans cette histoire, c’est que la maison même
où Voltaire écrivit plusieurs de ses livres a été vendue et
rachetée maintes fois pour devenir finalement une maison d’édition et
d’impression de Bibles19
!
Celui qui avait claironné avec
fanfaronnade la disparition des Écritures a lui-même disparu et sa
maison publie des Bibles à travers l’Europe!
Écoutez bien cet avertissement de
Jésus pour tous les Dan Brown et
Code Da Vinci du
monde: « Alors il leur répondit : si les hommes cessent d’annoncer qui je
suis comme Fils de Dieu, alors les pierres le crieront. »
(Évangile de Luc, chapitre 19 verset 40, version Parole
Vivante). Depuis une centaine d’années, petit à petit, de
génération en génération, c’est de plus en plus « in », à la mode,
politiquement correct et socialement acceptable de
s’afficher comme quelqu’un de tellement «éclairé» qu’il serait
impossible de ne pas être sceptique concernant les écrits de
la Bible, (même lorsque l’on ne l’a jamais lue ni étudiée un
tant soit peu !). Jésus nous avertissait, il y a deux mille ans
: « Lorsque le scepticisme à mon sujet sera à son zénith, que la
science respectée et redoutable de l’archéologie (pourtant estimée
par l’intelligentsia moderne) aura apporté sa contribution,
les pierres crieront d’une voix forte et cristalline qui je suis
». Au moment même où plusieurs théologiens chrétiens, intimidés
et recherchant l’acceptation sociale, ont cessé de défendre la
véracité des Écritures et du message des évangiles contre ceux
qui l’attaquent (du
Code Da Vinci,
aux
systèmes d’éducation en passant par les médias modernes jusqu’à monsieur
Tout-le-monde), Dieu a commencé à accomplir cette prédiction et
les pierres des découvertes archéologiques modernes ont déjà
commencé à crier. La science de l’archéologie a fait
ses premiers pas au début du XIXe
siècle quand naissaient la plupart des mouvements
de critiques des Écritures les plus
virulents de notre ère20.
Peut-être vous êtes-vous demandé
pourquoi la Bible était remplie de tellement de détails
narratifs qui peuvent paraître encombrants à celui ou celle qui
la lit et souhaite en saisir « le message ». Le chapitre 33 du livre
des Nombres, par exemple, contient une liste de 42 sites
géographiques tirés du récit de l’Exode. Dans d’autres livres
bibliques, nous retrouvons des listes et des nomenclatures de
villes, de dates, d’évènements, de rois ou d’individus qui nous
paraissent parfois fastidieuses.
L’heure est à la repentance
!
Avouons-le ensemble : ceux d’entre nous qui lisent la Bible sont
coupables de « sauter » allégrement ces passages entiers pour se
diriger vers ceux qui nous plongent dans l’action !
Pour beaucoup de chrétiens
modernes, c’est un peu comme « zapper » les spots publicitaires
qui entrecoupent une émission de télévision ! Si vous êtes
Québécois et, comme moi, amateur de hockey dans l’âme, avec le
sigle du Canadien de Montréal « tatoué sur la poitrine » (à tous
mes paroissiens horrifiés : ceci n’est encore une fois qu’une
image, une figure de style !), vous avez alors sûrement déjà regardé Le
Canadien Express en fin
de soirée. En soixante minutes, cette
émission diffuse les meilleurs moments d’un match qui dure plus
de deux heures trente.
Pourtant, en essayant d’ignorer
les détails contenus dans les textes bibliques, nous pouvons,
souvent par inadvertance, toucher ou couper « un organe
vital ». Les policiers qui interrogent un suspect lui font
raconter « son histoire » dans les moindres détails. Un avocat,
devant la cour, pose souvent un nombre hallucinant de questions
sur des faits et des « particularités » qui ne semblent
pas directement reliés à l’affaire pour laquelle il plaide.
C’est en procédant à une minutieuse vérification de tous
les détails que la justice peut corroborer les faits et dissocier
ce qui est authentique de ce qui est mensonger. C’est comme cela
qu'on établit la vérité et qu'on empêche le mensonge de se
perpétuer.
Depuis le début du siècle dernier,
les armées d’archéologues à l’œuvre partout dans le monde
sont devenues, bien malgré elles, de véritables avocats et
défenseurs de la foi chrétienne.
Des dizaines de milliers de sites
ont été découverts ; tout ce qui s’y trouvait a été méticuleusement
étudié, répertorié et comparé avec les écrits de la
Bible, en mettant à profit toute la diversité et l’efficacité de la
technologie moderne. Le docteur Millar Burrows, qui a été recteur
de la Faculté d’histoire des
civilisations et d’archéologie de l’université
Yale, émet cette observation : « Il ne peut y
avoir aucun doute que l’archéologie
moderne a confirmé substantiellement
l’historicité des écrits et de la tradition de
l’Ancien et du Nouveau Testaments. Dans des centaines de ces découvertes,
l’archéologie a réfuté ce qui avait été, parfois depuis des siècles, les attaques
des critiques contre la Bible. Dans de nombreux cas, il a été prouvé que
les arguments des critiques reposaient sur de fausses données,
des superstitions et des interprétations malhonnêtes,
biaisées et non factuelles du déroulement historique. Selon mon
opinion, le scepticisme excessif, au-delà de la logique et
de la raison, de nombreux critiques, ne provient pas d’une
étude et d’une évaluation objectives de l’information
disponible, mais plutôt d’une énorme prédisposition à rejeter la
perspective chrétienne. » 21
Sir Frédéric Kenyon du
London British Museum (le
musée d’histoire de Grande-Bretagne) est
considéré par ses pairs comme un des spécialistes en
Histoire les plus éminents de notre époque 22.
Il affirme : «Nous pouvons déclarer
catégoriquement qu’aucune découverte archéologique
crédible n’a jamais contredit une référence ou
une information biblique. La ‘mémoire’ historique de la Bible
est presque incroyable lorsque nous considérons l’abondance des
détails, des faits, des descriptions d’évènements
historiques et des noms de personnages que contiennent les
textes des Écritures saintes. »23
De fameux accusateurs et
«dénonciateurs» des évangiles tels que Julius Wellhausen, Theodore
Noldeke, Dean Farrar, qui ont vécu aux XVIII e
et XIXe
siècles, ainsi qu’une pléiade d’autres critiques, ont tous connu à leur
époque une certaine célébrité, un «triomphe» momentané en croyant
avoir souligné une erreur historique majeure dans les récits
des Écritures. L’un des archéologues les plus respectés du
XXe
siècle selon plusieurs magazines scientifiques24,
le docteur William F. Albright de l’Université Johns Hopkins, dit:
«Ils ont tous, l’un après l’autre, été par la suite “déculottés”
lorsqu’une découverte archéologique venait mettre en lumière et
valider que ce que la Bible déclare, était en fait absolument véridique
et irréprochable historiquement depuis le début.»25
Alors que les Dan Brown de ce
monde attaquent la véracité des Écritures par des soi-disant
romans historiques qui les rendent riches et célèbres, trop de
chrétiens sans fondement, pris par surprise par la violence et
l'ampleur de l’attaque, sont silencieux et un peu perdus. Réalisons
aujourd’hui qu'à travers la science moderne de l’archéologie, «les
pierres crient» que, vous et moi, pouvons avoir confiance dans les
Évangiles lus depuis des siècles.
Le but de ce livre n’est pas de
présenter les multiples exemples où des fouilles
archéologiques ont prouvé la véracité
des Écritures et démoli ainsi les
faussetés de certains critiques. Des centaines d’excellents livres,
écrits par des experts chrétiens et non chrétiens, font cette
démonstration avec éloquence. Le problème c’est que les lecteurs du
Code Da Vinci ignorent l’existence de tels ouvrages. Des
millions de gens sont empoisonnés par ce qu’ils lisent
dans un livre ou voient dans un film à sensation qui façonne
puissamment leurs opinions, mais très peu entendent la réponse de
l’Histoire et les évidences que présentent des faits documentés.
Laissez-moi vous donner quelques
exemples où l’archéologie vient corroborer les
Écritures et anéantir les attaques des critiques. Pendant
longtemps, les Dan Brown du passé rejetaient le livre de
Daniel dans l’Ancien Testament parce qu’il n’y avait aucune
preuve qu’un dénommé Beltschatsar ait été roi de
Babylone durant cette période, tel que l’enseigne la Bible. Les
experts citaient des parchemins et des documents historiques qui
nommaient Nabonidus comme dernier fils de Nebucadnetsar et
roi de Babylone, mais pas Beltschatsar 26.
Les archéologues découvrirent plus tard sur le site de la ville d’Ur en Chaldée
de l’ancienne Babylone, quatre cylindres d’argile contenant des
parchemins en remarquable condition. Ces écrits
expliquaient, de manière répétée et sans équivoque, comment Nabonidus, le
fils de Nebucadnetsar, avait solennellement désigné
Beltschatsar comme codirigeant et empereur, lui léguant ses pouvoirs
et son autorité absolue lorsqu’il quittait la capitale des
années entières pour aller à la guerre27.
Les parchemins dans les cylindres de Nabonidus
sont authentiques et font référence à
des dizaines d’évènements qu’atteste un nombre
impressionnant d’autres documents fiables de l’époque. Ils parlent
des contrats signés par Beltschatsar, des terres qu’il
avait achetées, ils font mention de dates, de lieux et de narrations
aussi précises que les circonstances entourant sa mort et
le nom du général qui l’a tué. Tout cela en parfaite osmose
avec les écrits séculiers historiques et la version biblique
trouvée dans le livre de Daniel28.
Je pourrais facilement écrire un livre de trois
cents pages qui citerait des dizaines
d’exemples comme celui-là. À chaque coup de truelle des
archéologues, les pierres s’écrient :
La Bible est vraie ! Son
témoignage est authentique ! Jésus est différent de tous les autres : Il
est le Fils de Dieu !
Une autre source de «délice
sardonique » pour ses détracteurs a longtemps été que la Bible cite
parfois des noms de rois ou de peuplades qui ne sont
mentionnés ni par les historiens de l’Antiquité ni dans les autres
littératures connues de l’époque.
Le raisonnement des critiques a
toujours été le même: si les sources disponibles à ce jour ne
parlent pas d’une nation, cette nation n’a donc jamais existé et
la Bible est fausse, irresponsable et peu fiable ! Une des nations «
imaginaire » ou « mythique » que les Juifs ont combattue est
celle des Hittites, peuple mentionné dans huit chapitres
différents de l’Ancien Testament 29.
Pendant des siècles, les critiques
de la Bible remettaient en question la crédibilité de son
message entier à cause des «Hittites». Le réputé archéologue
et docteur en Histoire, Hugo Winckler, a creusé pendant des
années sur les sites historiques des narrations bibliques et a
découvert par ses excavations plus de quarante anciennes villes hittites
! Ces découvertes sont exposées dans des musées aux quatre coins
du monde. Des traités entre des nations et les Hittites dont
parlaient les Écritures, et que les critiques tournaient en ridicule,
ont été retrouvés intacts, gravés en toutes lettres sur les murs des
cités déterrées 30
! Des centaines d’inscriptions babyloniennes
découvertes depuis, prouvent maintenant que les Hittites ont
été exactement tels que la Bible les décrivait, une nation
puissante et absolument reconnue historiquement. L’archéologie des
soixante-quinze dernières années a corroboré, appuyé et
validé les écrits du Nouveau Testament et des évangiles dans
leurs plus infimes détails. Et ce, sur des sujets aussi variés et
importants que la naissance et la vie de Christ, son arrestation, sa
comparution devant Pilate, sa torture, sa crucifixion et sa
résurrection31.
La Bible est un document fiable,
solide, authentique et digne de confiance historiquement et
dans les faits 32.
Question : Y
avait-il vraiment quatre-vingt «évangiles » et
est-il vrai que l’empereur Constantin en
choisit seulement quatre pour un gain cupide ?
La position de Code Da Vinci
: «
Plus de quatre-vingt Évangiles ont été considérés pour le Nouveau
Testament et seulement quatre ont finalement été choisis
et inclus : Matthieu, Marc, Luc et Jean. Tous les autres ont
été ignorés par l’Église et détruits… Ces évangiles soulignent
les terribles contradictions et fabrications de la Bible
moderne… Ils sont, en fait, les vrais et premiers
témoignages écrits et manuscrits authentiques de la foi chrétienne…
Plusieurs érudits prétendent que l’Église a
littéralement ‘volé’ Jésus à ses disciples originaux, faisant
disparaître son véritable message humain pour en faire le
‘Fils de Dieu’. C’est dans ces évangiles gnostiques que les
véritables chercheurs peuvent trouver le vrai Jésus.
C’est l’empereur Constantin et ses successeurs masculins qui
ont substitué au paganisme matriarcal la chrétienté
patriarcale. Leur doctrine diabolisait le Féminin Sacré»
(pages 231 à 234 et 252).
« La Bible, telle que nous la
connaissons aujourd'hui, a été collationnée par un païen,
l'empereur Constantin le Grand», affirme « l’expert » de
Dan Brown (p. 289). Il continue plus loin : « Il était
absolument vital pour le bon fonctionnement de l'Église et de
l'Empire que Jésus soit reconnu comme le Messie annoncé
par les prophètes… Ce qui nous dérange, c'est que ce
‘coup de pouce’ divin au statut de Jésus soit intervenu
trois siècles après sa mort. Il existait déjà des centaines de
textes qui racontaient sa vie d'homme - d'homme mortel. Pour
pouvoir réécrire son histoire, l'empereur devait réaliser un coup
d'audace. Et c'est là que se place le virage décisif
de l'histoire chrétienne. Constantin a commandé et financé
la rédaction d'un Nouveau Testament qui excluait
tous les évangiles évoquant les aspects humains de Jésus, et
qui privilégiait - au besoin en les ‘adaptant’ — ceux qui le
faisaient paraître divin. Les premiers évangiles (gnostiques)
furent déclarés contraires à la foi, rassemblés et brûlés. »
(pages 292 à 293).
Les faits : Vous
venez de lire la plus longue citation
ininterrompue du
Code Da Vinci qu’il y
aura dans le livre que vous tenez entre vos mains. De l’inclure
ainsi, en « continuum
ad nauseam»
(librement traduit du latin: en mode continu qui rend malade!) a été très
pénible pour moi! Je voulais m’arrêter à chaque phrase
et répondre à ce flot de bêtises par des citations et
des faits historiques en criant: Faux! Faux et ARCHI-Faux!
Le docteur Darrell L. Bock. Ph.D. en recherche du
Nouveau Testament et le docteur Francis J. Moloney, qui
détient un double doctorat en Philosophie et en
Études religieuses, deux professeurs d’université et
sommités en Histoire de l’Église, dans leurs ouvrages sur
le
Code Da Vinci, déclarent pouvoir citer «des
centaines d’historiens, de linguistes, de théologiens,
d’archéologues et d’experts en sciences religieuses (tous
possédant au moins un doctorat) qui dénoncent comme
ridicule, sans fondement et pure fiction les affirmations
du
Code Da Vinci sur les origines des évangiles33». Voici les faits. L’Histoire est
claire, substantielle, abondante et limpide dans ce domaine. Les
quatre évangiles, Matthieu, Marc, Luc et Jean, ont été reconnus dès
le départ par les tout premiers pères de l’Église. Pour la
majorité des historiens, il y avait huit voire une douzaine de documents
portant l’appellation d’«évangile» qui existaient durant
cette période de l’Histoire34.
Les autres ne furent clairement pas
considérés comme «des écritures inspirées» par les pères de
l’Église35.
Eusèbe, le premier historien reconnu de l’Église, explique dans
ses écrits que les quatre Évangiles ont été reconnus dans le
Canon des Écritures dès le début.
Le Canon est le nom donné
par les historiens et les théologiens à la liste de livres
de l’Ancien et du Nouveau Testaments reconnus comme
authentiques36. Le mot «canon» vient du grec
kanon qui
signifie « règle » et est utilisé par l’apôtre Paul en
référence à l’enseignement fondamental des apôtres (Galates
6.16). Il est intéressant de remarquer que le
Code Da Vinci ne fait
pratiquement aucune référence à l’Ancien Testament.
Les disciples, apôtres et auteurs du Nouveau Testament
reconnaissaient le Canon de l’Ancien Testament comme authentique et
inspiré de Dieu37. Le concept de l’inspiration divine
pourrait être défini comme Dieu qui «souffle» sur les
hommes et supervise leurs écrits de façon à ce que, bien
qu’ils gardent leur individualité et caractéristiques humaines, ils
deviennent capables, par son action, d’écrire et de rapporter
son message38.
Les auteurs de l’Ancien Testament et du Nouveau
Testament conservaient leur style littéraire, leurs
particularités et leur personnalité. Les documents originaux de la Bible
ont été écrits par des hommes qui, bien qu’entièrement libres de
s’exprimer selon leurs talents et leur propre style, ont écrit
sous le contrôle, la direction et «l’inspiration» de l’Esprit de
Dieu, le message que Dieu désirait communiquer à l’humanité.
Les écrivains de la Bible
n’étaient pas des robots lobotomisés ou des «machines à écrire »
humaines. Dieu ne les a pas utilisés comme les touches d’un clavier
afin de reproduire son message de façon mécanique39.
Nous ne croyons pas que les auteurs de la Bible ont reçu mot à mot une «
dictée mystique ». L’évidence biblique rend clair le fait que
chaque écrivain conservait son style littéraire et son humanité.
Esaïe écrit avec une plume éloquente, imagée, et lyrique ;
Jérémie est empreint de la tristesse et du drame de son
époque; le style de Luc, qui était médecin, dénote l’approche
médicale, scientifique et logique de sa profession et l’apôtre Jean
écrit dans un genre littéraire simple et profond40.
La conviction chrétienne est tout
simplement que Dieu a oeuvré de façon infaillible à
travers ces écrivains bibliques afin de communiquer sa révélation à
tous les êtres humains de l’Histoire. L’apôtre Pierre (2
Pierre 1.21) nous offre un éclairage et une magnifique
compréhension de cet échange, de cette collaboration entre le divin
et de l’humain dans le processus d’inspiration. Ce verset
biblique nous révèle que « les Écritures n’ont nullement tiré
leurs origines d'une volonté humaine et que les écrits et les
prophéties de la Bible ont été écrits par des hommes qui ont été
‘poussés par le Saint-Esprit’ à parler de la part de Dieu.
L’expression ‘poussé par l’Esprit’ dans le langage grec signifie
littéralement que les écrivains ont ‘été portés avec force’. »41
La volonté humaine des auteurs
n’était pas à l’origine du message de Dieu. La conviction de
la théologie chrétienne depuis des siècles est que Dieu
n’a pas permis à leur faiblesse ni à leur faillibilité humaine de mal
diriger ou de mal rapporter le message divin. L’Histoire et la
vérification incessante et minutieuse des historiens, des
sceptiques et des critiques de tous âges démontrent et prouvent
que Dieu a parlé, révélé, inspiré et permis à ces hommes
d’écrire sa Parole, son message et son Évangile (le mot grec pour
«évangile » veut dire «bonne nouvelle »).
Il est intéressant de remarquer
que l’expression grecque utilisée pour « poussé par » ou «
porté puissamment» est la même que nous trouvons dans les
Actes des Apôtres (27.15-17).
Dans ce passage, des marins
expérimentés ne pouvaient plus naviguer et diriger leur
embarcation, car le vent était trop fort. Le bateau était ballotté, poussé
et porté par le vent dans une direction. J’y vois une magnifique
illustration de l’oeuvre de l’Esprit de Dieu qui simplement,
mais surnaturellement, a dirigé, poussé et porté les
auteurs de la Bible dans leurs écrits. Ils n’allaient pas où ils
voulaient, mais là où le vent, le souffle de l’Esprit, les portait et les
dirigeait. Le mot grec est fort, il suggère la supervision complète de
l’Esprit divin sur des auteurs bien humains. Pourtant, comme les
marins étaient actifs et participaient à la conduite du
navire (bien que, ultimement, ce soit le vent et non eux qui en
contrôlait les mouvements), les auteurs des Écritures ont eu une
participation active en écrivant sous la direction et l’inspiration
de Dieu 42.
Les quatre Évangiles ont été
immédiatement retenus et reconnus comme étant des Écritures
Saintes par les premiers apôtres tels que Paul, qui cite
l’Ancien Testament et l’Évangile de Luc (1 Timothée 5.18 et Luc
10.7), et par les premiers pères de l’Église qui,
chronologiquement, étaient les plus proches des évènements et des écrits des
Évangiles. Des hommes comme Clément, Papias, Justin le martyr,
Polycarpe, Irénée et plusieurs autres, considérés par les experts
comme les premiers historiens chrétiens crédibles, ont tous
attesté l’authenticité des Évangiles à peine une centaine d’années
après Jésus-Christ 43.
Donc, des centaines d’années avant
l’empereur Constantin, le choix du Canon des livres
authentiques et de ceux qui n’en faisaient pas partie, était déjà
solidement ancré 44.
Les règles établies pour reconnaître les
Évangiles comme des écrits inspirés étaient très strictes45.
Ils devaient répondre à de nombreux critères que je résumerai
de la façon suivante :
1. Le critère de l’apostolat
2. Le critère de la conformité à
l’ensemble des écrits reconnus
3. Le critère de la corrélation,
de la confirmation et de l’acceptation
À présent, regardons chacun d’eux
en détail.
1. Le critère de l’apostolat :
Le
livre était-il écrit par un témoin oculaire ou un apôtre ayant côtoyé
le Christ ?
C’est un critère de grande
importance. Le livre devait être écrit, sanctionné ou appuyé par un
apôtre. Matthieu, Pierre et Jean sont des apôtres et témoins
oculaires de Christ. Marc est très intimement et historiquement
lié à Pierre. Luc a voyagé avec Paul et était son associé 46.
Un grand nombre «d’évangiles » et autres textes de l’époque
furent refusés simplement parce qu’ils avaient été écrits trop
tard pour se conformer à cette authenticité apostolique.
2. Le critère de la conformité à
l’ensemble des écrits reconnus : Le livre était-il conforme aux
règles, doctrines et enseignements de la foi, de l’Ancien Testament et
du Nouveau Testament ?
Comprenez-moi. C’est une des
constatations les plus excitantes que les étudiants de la
Bible peuvent faire. Les évangiles du Nouveau Testament
sont magnifiquement et surnaturellement en conformité
avec l’ensemble des livres de l’Ancien Testament, pourtant
écrits des siècles auparavant !
Certains théologiens, spécialistes
de l’eschatologie (la science de la théologie des prophéties
relative à l’Histoire et au futur), ont écrit d’impressionnants
volumes qui répertorient minutieusement des centaines de
prophéties détaillées à propos de Christ dont plusieurs se
trouvent dans l’Ancien Testament et qui se sont accomplies de façon
précise, indiscutable et inexplicable dans des évènements
décrits dans les Évangiles du Nouveau Testament ! Les
accomplissements si précis de ces prophéties étaient, dans des
centaines de cas, totalement hors du contrôle de ceux qui les
accomplissaient !
Jésus-Christ est la Parole Vivante
du Nouveau Testament et sa venue comme Messie est en fait
le point culminant de l’Ancien Testament. Nous ne
devrions pas alors être surpris de l’abondance des prophéties à son
sujet dans les livres de l’Ancien Testament qui
s’accomplissent majestueusement et surnaturellement dans le Nouveau 47.
Le nombre, la nature et la précision de ces prophéties font
en sorte qu’il était absolument impossible pour Jésus de «
conspirer » ou de délibérément essayer de les accomplir. Je vous
en présente quelques-unes.
Les écrits de l’Ancien Testament
prédisent :
• que le Messie serait de la
descendance d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (annoncé dans
Genèse 12.3 & 17.9 et accompli dans Matthieu 1.1-2 et
Actes 3.25) ;
• qu’il naîtrait à Bethléem
(annoncé dans Michée 5.2 et accompli dans Matthieu 2.1 & 6) ;
• qu’il serait crucifié avec des
criminels (annoncé dans Ésaïe 52.12 et accompli dans
Matthieu 27.36) ;
• que ses mains et ses pieds
seraient percés à la croix (annoncé dans Psaumes 22.6 et
accompli dans Jean 20.25) ;
• que des soldats « tireraient au
sort » pour partager ses vêtements après sa mort (annoncé
dans Psaumes 22.18 et accompli dans Matthieu 27.35) ;
• qu’il serait « percé» dans le
côté du corps (annoncé dans Zacharie 12.10 et accompli dans
Jean 19.34) ;
• qu’aucun de ses os ne serait
brisé après sa mort (annoncé dans le Psaume 34.20 et accompli
dans Jean 19.33 & 37) ;
• que son sépulcre serait trouvé
parmi les riches (annoncé dans Ésaïe 53.9 et accompli dans
Matthieu 27.57-60). Il y a des centaines de prophéties
messianiques. Nombre d’entre elles semblaient
irréalisables, inconcevables pour ceux qui les ont écrites cinq à huit
cents ans avant la venue de Christ.
Les prophètes écrivaient souvent
des choses qui prédisaient des évènements qui allaient
foncièrement à l’encontre de tout ce qu’ils connaissaient : Bethléem
est la dernière ville qu’ils auraient choisie. Le Roi Messie
n’aurait jamais été, selon eux, associé à des criminels ou
crucifié. Les os des crucifiés étaient toujours brisés. Celui qui aurait
mené une vie où « il n’avait pas d’endroit où reposer la tête »
aurait du être enterré avec les pauvres dans la fosse commune 48.
Les nombreux enchaînements de
circonstances et d’événements nécessaires à l’accomplissement
systématique et ahurissant des centaines de
prophéties bibliques font écarquiller les yeux des
chercheurs et des historiens depuis des siècles ! Jésus lui-même a fait
des prédictions saisissantes et humainement irréalisables
concernant le futur. Plusieurs d’entre elles stipulaient qu’elles
s’accompliraient du vivant de ceux mêmes qui entendraient ces
prophéties. Christ a, par exemple, annoncé (à la
stupéfaction et l’incompréhension de ses disciples qui voyaient en lui
au départ un roi humain, un conquérant militaire ou un
réformateur ), sa propre mort et sa résurrection (Jean 2.19-22).
Jésus a prédit, avec une précision surnaturelle et divine,
des centaines d’évènements depuis la croix jusqu’à notre
époque moderne. Des millions de personnes au fil des siècles sont
devenues chrétiennes en étudiant ces prophéties.
Un sceptique devient défenseur de
la foi!
Lee Strobel était un de ces
sceptiques. Il reçut son diplôme en droit de la très prestigieuse
Yale Law School avec
mention d’honneur. Pendant plusieurs
années, il fut l'un des journalistes les plus durs, intègres, et sans
compromis que les États-Unis aient connus. Ses dossiers
d’enquête et ses articles-choc publiés dans le célèbre
Chicago Tribune,
partout en Amérique du Nord et dans le monde anglophone, lui
ont valu plusieurs prix journalistiques. Aujourd’hui,
c’est un des auteurs chrétiens en apologétique (défense et
établissement des preuves factuelles et historiques du Christianisme) les
plus prolifiques et respectés de ce continent. Ses livres sont
des best-sellers. Il rencontre les premiers ministres et présidents
du monde entier et siège sur de nombreux conseils
d’administration pour des organismes humanitaires et des organisations
caritatives de grande envergure 49.
Lisez-le bien alors qu’il présente
son ouvrage
Jésus: la parole est à la défense
pour
lequel il a obtenu le «Gold
Medallion Book Award» décerné annuellement aux livres
les plus vendus et qui ont le plus d’impact50.
Vous allez constater qu’il a entièrement conservé
ses instincts et les caractéristiques
de sa formation de journaliste enquêteur. Lisez attentivement ce
journaliste de carrière, devenu croyant convaincu et apôtre
moderne. Son témoignage est représentatif de tant d’autres
qui, après des années d’athéisme ou de scepticisme nourries par les
Code Da Vinci de
toutes les époques, ont finalement décidé de faire
leur «enquête» sur la Bible pour en avoir le coeur net.
Réouverture de l'enquête de toute
une vie
Dans le jargon des procureurs, la
tentative de meurtre attribuée à James Dixon était une
« affaire dans le sac », courue d'avance. Même un coup
d'oeil superficiel aux
pièces suffisait à établir que
Dixon avait abattu l'officier de police Richard Scanlon d'un
coup de fusil à l'abdomen au cours d'une bagarre dans les
quartiers sud de Chicago. Pièce par pièce, point par point,
témoin après témoin, les preuves se resserraient comme un
noeud coulant autour du cou de Dixon. Il y avait des
empreintes digitales et une arme, des témoins oculaires et un
mobile, un flic blessé et un accusé avec un passé de
violence. La justice criminelle était prête à faire basculer la
trappe où Dixon devait tomber, jambes ballantes, entraîné
par le poids de sa culpabilité. Les faits étaient simples. Le
sergent Scanlon s'était précipité au 108 West Place suite
à l'appel d'un voisin signalant un homme armé. A son
arrivée Scanlon avait trouvé Dixon en train de se
disputer bruyamment avec sa petite amie à la porte de chez
elle. Le père de celle-ci était sorti quand il avait aperçu
Scanlon, pensant qu'il ne risquait plus rien. Dixon et le père en étaient
soudain venus aux mains, et le policier était rapidement
intervenu pour essayer de mettre un terme à la bagarre. Un coup de
feu avait retenti. Scanlon s'était éloigné en
titubant, atteint à la taille. C'est alors que deux autres voitures de
police étaient arrivées dans un crissement de pneus, et
les policiers s'étaient précipités pour maîtriser Dixon. On avait retrouvé non loin de là
un fusil de calibre vingt-deux, appartenant à Dixon et apparemment
jeté là après lui avoir servi, couvert de ses
empreintes digitales, et dont une balle avait été tirée. Le père
n'était pas armé, et le revolver de Scanlon était resté
dans son étui. Des brûlures de poudre sur la peau de Scanlon
démontraient qu'on lui avait tiré dessus de très près. Par bonheur sa blessure n'était
pas mortelle, quoique suffisamment grave pour lui valoir une médaille
de bravoure, fièrement épinglée sur sa poitrine
par le chef de la police en personne. Quant à Dixon, la police
avait découvert à la lecture de son casier judiciaire,
qu'il avait déjà été condamné pour avoir tiré sur
quelqu'un. Apparemment, il avait des penchants violents.
Presque un an plus tard, je me
trouvais assis dans une salle d'audience à peu près
déserte, à prendre des notes pendant que Dixon reconnaissait
publiquement avoir tiré sur ce policier qui avait quinze
ans de service derrière lui. Cette confession venait couronner
la montagne des autres preuves. Le juge de la cour de
justice criminelle, Frank Machala, avait ordonné la prison
et clos le procès de quelques coups de maillet. Justice
était faite. J'avais glissé mon calepin dans la
poche intérieure de mon blouson tout en descendant d'un
pas tranquille vers la salle de presse. Je m'étais dit
que mon rédacteur en chef m'accorderait tout au plus trois
paragraphes pour rapporter cette histoire dans le
Chicago Tribune du lendemain. Et ça ne valait pas
davantage. Il n'y avait pas grand chose à dire. Ou du moins je
le croyais.
Un informateur me souffle ses
renseignements
Dans la salle de rédaction,
j'avais décroché le téléphone et instantanément reconnu la voix
d'un informateur que j'avais cultivé pendant toute
l'année où j'avais couvert le département des affaires
criminelles. Je savais qu'il était en train de m'indiquer un coup
fumant, car plus le tuyau était important plus il parlait
vite et bas, et là il chuchotait à toute vitesse : « Lee, tu
connais l'affaire Dixon?
— Bien sûr, ai-je répondu. Je l'ai
couverte il y a deux jours. De la routine.
— Méfie-toi. On raconte que
quelques semaines avant qu'on lui tire dessus, le sergent
Scanlon se trouvait dans une soirée et exhibait à la ronde
son stylo à balles.
— Son quoi ?
Son stylo à balles. C'est un
pistolet de calibre vingt-deux en forme de stylo. C'est une arme
illégale, même pour les flics.» Son ton se fit encore plus animé
quand je lui dis que je ne voyais pas le rapport.
« Le rapport, il est là : Dixon
n'a pas tiré sur Scanlon. Scanlon s'est blessé tout seul
avec son stylo dans la poche de sa chemise. Un accident. Il a
fait porter le chapeau à Dixon pour éviter d'être poursuivi
pour port d'arme prohibée. Tu piges ? Dixon est
innocent!
Le mysticisme, le gnosticisme et
les évangiles manquants...
— Impossible !
Reprends les pièces du dossier,
m'avait-il répondu, et regarde où elles mènent
réellement. »
J'avais raccroché et foncé à
l'étage du bureau du procureur. Après une petite pause pour
reprendre mon souffle, j'étais entré tranquillement et j'avais
demandé d'un ton détaché
— ne voulant pas me découvrir
prématurément — si je pouvais reprendre les détails de
l'affaire une dernière fois.
Il avait blêmi et bredouillé qu'il
ne pouvait pas parler de ça : «Rien à dire ».
Il s'avéra que mon informateur
avait déjà communiqué ses soupçons au bureau du
procureur. On était en train de convoquer un jury d'assises en
coulisses, afin de réexaminer les faits. D'une
manière étonnante et inattendue, on était en train de
rouvrir le dossier d'accusation naguère bétonné de
James Dixon.
Une hypothèse renouvelée par des
faits nouveaux
Parallèlement, j'avais mené ma
propre enquête sur les lieux du crime en interrogeant des
témoins, en parlant avec Dixon et en passant en revue
les preuves matérielles.
Au fur et à mesure de ma
vérification du dossier il s'était passé une chose très étrange :
tous les faits nouveaux que je mettais à jour, et même les
anciennes pièces à conviction qui, auparavant, désignaient si
clairement Dixon comme coupable, s'adaptaient
parfaitement à l'hypothèse du stylo à balles.
• Selon certains témoins
oculaires, Dixon avait frappé la porte de la maison de sa petite
amie avec son fusil avant l'arrivée de Scanlon. Un coup
était parti vers le sol. Or il y avait dans le ciment de la
véranda un éclat pouvant résulter d'un impact de
balle. Ce qui pouvait expliquer la balle manquante dans
l'arme de Dixon.
• Dixon disait qu'il ne voulait
pas se faire prendre une arme à la main, aussi l'avait-il
cachée dans l'herbe de l'autre côté de la rue avant
l'arrivée de la police. J'ai trouvé un témoin qui me l'a
confirmé. Cela expliquait le fusil retrouvé à quelque distance
du lieu de la fusillade, même si personne n'avait vu Dixon
le jeter.
• Les brûlures de poudre étaient
concentrées à l'intérieur de la poche de chemise gauche de
Scanlon - mais pas par-dessus. Le passage de la balle
se trouvait au fond de la poche. Conclusion : d'une façon
ou d'une autre une arme s'était déclenchée de
l'intérieur de la poche.
• Contrairement aux affirmations
du rapport de police, la trajectoire de la balle était
orientée vers le bas. Sous le niveau de la poche, la chemise
montrait une déchirure tachée de sang, à la sortie de la
balle qui avait traversé un peu de chair.
• Le casier judiciaire de Dixon ne
disait pas tout. II avait bien passé trois ans en prison
pour une autre fusillade, mais la cour d'appel l'avait remis
en liberté après avoir conclu à une erreur judiciaire. II
s'était avéré que la police avait dissimulé un
témoignage clé pour la défense, et qu'un témoin avait
menti. Et voilà pour les tendances violentes de Dixon.
Libération d'un innocent
Pour finir j'ai posé à Dixon la
question essentielle : s'il était innocent, pourquoi diable
avait-il plaidé coupable ? Dixon avait soupiré. « C'était un
marché», disait-il, faisant allusion à la pratique
selon laquelle les parties civiles recommandent une peine
allégée quand l'accusé plaide coupable, afin de réduire
pour tout le monde la durée et les frais d'un procès.
« Ils m'ont dit que si je plaidais
coupable on me condamnerait à un an de prison.
Comme j'y avais déjà passé trois cent soixante-deux
jours à attendre mon procès, je n'avais qu'à reconnaître les
faits pour rentrer chez moi au bout de quelques jours. Tandis
que si j'insistais pour avoir un vrai procès et que le
jury me déclarait coupable... ils me chargeaient et me mettaient
vingt ans pour avoir tiré sur un flic. Le jeu ne valait pas
la chandelle, et puis j'avais envie de rentrer...
– Alors, dis-je, vous avez reconnu
un acte que vous n'aviez pas commis.
– C'est ça. »
Finalement, Dixon avait été
innocenté et avait porté plainte par la suite contre les
services de police. Scanlon avait perdu sa médaille, était
passé en jugement devant un jury de cour criminelle en
plaidant coupable pour faute professionnelle et on l'avait
limogé du service. Quant à moi, mes papiers s'étalaient en
pleine une. Mais le plus important, c'était que j'en avais
tiré des leçons très importantes pour un jeune
journaliste.
Parmi les plus évidentes, j'avais
appris qu'on peut faire parler une pièce à conviction de
plusieurs manières. Ainsi, il avait été facile de rassembler
suffisamment d'éléments de preuve pour convaincre Dixon
d'agression armée contre le sergent, mais les véritables
questions étaient les suivantes : avait-on vraiment réuni toutes les
preuves ? Quelle explication collait le mieux à la
totalité des faits ? Quand l'hypothèse du stylo à balles
était apparue, il était devenu clair que ce scénario-là rendait
compte au mieux de la totalité des éléments de preuve. Autre leçon : une des raisons pour
lesquelles les éléments de l'enquête me paraissaient
tellement convaincants était qu'ils satisfaisaient mes idées
préconçues du moment. A mes yeux, Dixon avait tout d'un
fauteur de troubles, d'un raté, produit désoeuvré d'une
famille désunie. Les flics étaient les bons. L'accusation ne
se trompait jamais. Vus à travers ces prismes, tous
les éléments de preuve du début avaient paru former un tout
harmonieux. J'avais naïvement gommé les incohérences
ou les vides. J'avais cru la police sur parole quand elle
m'avait dit que le cas était net et sans failles, sans chercher
plus loin. Mais une fois changé de lunettes –
après avoir échangé mes préjugés pour un effort
d'objectivité – l'affaire m'est apparue sous un éclairage tout
neuf. Et j'ai fini par laisser les preuves me conduire à
la vérité sans me préoccuper de savoir si elles
correspondaient à mes a priori du début. Il y a plus de vingt ans de cela.
Et de bien plus grandes leçons m'attendaient encore.
De Dixon à Jésus
Si j'ai rapporté cette affaire
inhabituelle, c'est parce que d'une certaine manière mon
itinéraire spirituel ressemble beaucoup à mon expérience avec
James Dixon.
Pendant la plus grande partie de
ma vie, j'ai été un sceptique. En fait, je me
considérais comme athée. Tout, à mes yeux, démontrait que Dieu
n'était que le résultat d'un désir illusoire, d'une mythologie
antique, d'une superstition primitive. Comment
imaginer un Dieu d'amour qui expédie les gens en
enfer uniquement parce qu'ils ne croient pas en lui ?
Comment les miracles pouvaient-ils enfreindre les lois
de base de la nature ?
L'évolution ne suffisait-elle pas
amplement à expliquer les origines de la vie ? Le
raisonnement scientifique ne chassait-il pas toute croyance
dans le surnaturel ? Quant à Jésus, ne savait-on pas
qu'il n'avait jamais prétendu être Dieu ? Un
révolutionnaire, un sage, un Juif iconoclaste, oui. Mais Dieu ? Non,
il n'y avait jamais pensé ! Je pouvais vous indiquer
une foule de professeurs d'université qui le disaient et
ils étaient bien dignes de confiance, non ? Il fallait se
rendre à l'évidence, même un examen superficiel des éléments
démontrait que Jésus n'avait été qu'un être humain
comme vous et moi, quoique doué d'une bonté et d'une sagesse
hors du commun.
Mais justement, je ne leur avais
jamais accordé plus qu'un coup d'oeil superficiel. Mes
lectures en philosophie et en histoire suffisaient juste à
étayer mon scepticisme : un fait par-ci, une théorie scientifique
par-là, une citation lapidaire, un argument astucieux.
Bien sûr, j'apercevais bien quelques failles et quelques
incohérences, mais j'avais un très bon motif de les ignorer :
un mode de vie égocentrique et immoral que je
serais obligé d'abandonner si je me trouvais amené, par
miracle, à changer de point de vue et à devenir disciple de
Jésus.
Pour moi, l'affaire était
entendue. Il existait suffisamment de preuves pour que je puisse me
reposer sur la conclusion que la divinité de Jésus n'étais
qu'une chimère née de la superstition populaire.
Tel était du moins mon avis.
Un athée trouve des réponses
Ce n'est pas le coup de téléphone
d'un informateur qui m'a poussé à reprendre le procès
du Christ. C'est ma femme.
Leslie m'a sidéré, vers l'automne
1979, en m'annonçant qu'elle était devenus chrétienne.
J'ai levé les yeux au ciel et je me suis préparé au pire, avec
l'impression de m'être fait rouler dans la farine. J'avais
épousé une certaine Leslie aventureuse, et j'allais me
retrouver – j'en avais bien peur
– avec une espèce de puritaine à
la vie sexuelle refoulée qui allait remplacer notre mode de vie
axé sur la promotion sociale par des nuits de prière et
du bénévolat dans des arrières-cuisines de soupes
populaire.
Au lieu de cela, j'ai été
agréablement surpris, et même fasciné, par les modifications
radicales de sa personnalité, son intégrité, sa confiance en
elle-même. Finalement, j'ai eu envie de découvrir d'où pouvaient
provenir ces changements subtils mais
importants dans les comportements de ma femme, et je
me suis lancé dans une enquête tous azimuts sur les faits
concernant le christianisme.
Repoussant de mon mieux mes
intérêts personnels et mes préjugés, j'ai lu des livres,
interrogé des spécialistes, posé des questions, analysé l'histoire,
exploré l'archéologie, étudié la littérature de
l'Antiquité, et, pour la première fois de ma vie, j'ai décortiqué la
Bible verset par verset.
Je me suis plongé dans cette
affaire plus énergiquement que dans n'importe quel article de ma
carrière, à l'aide de maformation judiciaire reçue à Yale
et de mon expérience de chroniqueur judiciaire au Chicago
tribune. Et avec le temps, les indices historiques,
scientifiques, philosophiques et psychologiques ont commencé à
m'orienter vers l'impensable.
On aurait dit une seconde affaire
Dixon.
A vous de juger
Peut-être avez-vous basé comme moi
votre point de vue spirituel sur les indices observés
autour de vous ou glanés
il y a longtemps dans les livres,
auprès de professeurs de faculté, de parents ou d'amis.
Mais votre conclusion fournit-elle la meilleure
explication possible de ces indices ?
Que trouveriez-vous en poussant
plus loin la confrontation entre vos idées
préconçues et une recherche systématique des preuves ?
C'est tout le sujet de ce livre.
En effet je vais y retracer, en le développant, mon itinéraire
spirituel de presque deux ans. Je vous emmènerai avec moi dans mes
entretiens avec treize universitaires et experts
importants aux compétences incontestables.
J'ai parcouru le pays en tous
sens, du nord au sud, de l'est à l'ouest, pour recueillir leurs
avis d'experts, les mettre à l'épreuve de mes objections de
sceptique, les forcer à défendre leurs points de vue par
des faits solides et des arguments convaincants, et les
soumettre aux questions que vous pourriez justement leur
poser si vous en aviez l'occasion.
Pour cette quête de la vérité je
me suis servi de mon expérience de chroniqueur
judiciaire pour envisager de nombreuses catégories de preuve :
témoignages oculaires, indices documentaires, éléments de
confirmation et de contradiction, indices
scientifiques, psychologiques, circonstanciels, et même, oui,
même les empreintes digitales (étonnant, non ?).
Ce sont exactement les catégories
qu'on rencontre dans un prétoire. Et la perspective
judiciaire est peut-être la meilleure manière d'envisager le
déroulement de cette enquête – avec vous dans le rôle
du juré.
Quand on vous choisit pour faire
partie d'un jury dans un vrai procès, on vous demande
d'affirmer publiquement que vous ne vous êtes pas fait une
idée préconçue de l'affaire. On vous demande de vous
engager à rester ouvert et juste, à ne tirer de
conclusions qu'à partir du poids des faits et non de vos
humeurs ou de vos préjugés.
On vous exhorte à peser
soigneusement la crédibilité des témoins, à passer les témoignages
au crible et à soumettre rigoureusement les éléments de
preuve à votre bon sens et à votre logique. Je vous demande la
même attitude pour lire ce livre.
En fin de compte, il revient aux
jurés de donner un verdict. Ce qui ne veut pas dire qu'ils
auront une certitude absolue, car rien n'est jamais
prouvé à cent pour cent dans la vie. Dans un procès, les jurés
sont priés de peser les éléments de preuve pour arriver à
la meilleure conclusion possible. Autrement dit, pour en
revenir à l'affaire Dixon, quel est le scénario qui colle le
mieux aux faits ?
Voilà votre travail. J'espère que
vous le prendrez au sérieux, parce que l'enjeu dépasse
peut-être la simple curiosité. S'il faut croire Jésus
– et je sais que pour le moment le « si » vous paraît sans
doute très gros - il devient primordial de savoir ce que vous
allez lui répondre
51.*
Je suis entièrement d’accord avec
Lee Strobel. Et j’espère que ce livre pourra provoquer en vous
une soif d’examiner d’un peu plus près la personne de
Jésus-Christ et les évangiles. Des livres à sensation provocants, sans
substance et sans preuve comme le
Code Da Vinci, deviennent rapidement insignifiants lorsque nous les comparons honnêtement avec la
personne du Fils de Dieu.
Je me souviens d’une des premières
prophéties de Jésus que j’ai lue et qui m’a fasciné, il y
a de nombreuses années, alors que je faisais mes premiers pas dans
un pèlerinage de foi qui dure depuis vingt-sept ans et qui est
devenu une aventure trépidante et extraordinaire. Dans l’évangile de
Matthieu, aux versets 1 et 2 du chapitre 24, nous lisons ces mots:
«Comme Jésus s’en allait, à la sortie du temple, ses disciples
s’approchèrent de lui pour lui en faire remarquer la construction.
Mais il leur répondit: voyez-vous tout cela? En vérité, je vous le
dis : il ne restera pas ici une seule pierre qui ne soit pas renversée.»
Les disciples étaient sans voix!
Le temple avait pris plusieurs
décennies à construire; il était massif, immense, imprenable,
solide et protégé par de puissantes armées. Le temple était l'orgueil
de Jésuralem. Ce que Jésus annonçait était risible, absurde,
inconcevable, impossible. Dans ces versets, Jésus n’a pas
seulement prophétisé que le temple serait détruit, mais que sa ruine serait
tellement grande, qu’il ne resterait pas une seule pierre
intouchée.
* Jésus : la parole est à la
défense,
reproduit avec la permission des Éditions Vida.
L’Histoire rapporte que les
paroles de Jésus étaient littéralement considérées comme ridicules par
les « experts » de l’époque qui claironnaient
l’invincibilité du temple pour les mille ans à venir. Mais en 70 après
Jésus-Christ (moins de quarante ans après sa prophétie), chacune de
ses paroles s’est accomplie à la lettre. De multiples sources
historiques attestent que l’armée romaine, sous le commandement de
Titus, a complètement détruit et rasé Jérusalem 52. Les incendies ont brûlé pendant
des mois et les flammes se voyaient nuit et jour à des
kilomètres à la ronde. Le feu dévora la ville et le temple. Les flammes
éteintes, les soldats romains virent que des tonnes d’or qui
avaient fondu pouvaient être recueillies dans les crevasses des
blocs du temple détruit, et ils décidèrent de mettre tout en
oeuvre afin de le récupérer. Alors ils détruisirent le bâtiment,
pierre par pierre. Plusieurs parchemins reconnus de l’époque
rapportent ces faits très précisément. C’est ainsi que la
prophétie de Jésus fut accomplie avec une éblouissante exactitude ;
il n’y a pas une seule pierre qui ne fut pas renversée53.
Certaines d’entre elles furent par la suite
utilisées à nouveau pour ériger le mur situé
tout près de «la Montagne du temple» dans la Jérusalem d’aujourd’hui. Chaque
fois que vous voyez des images du Mur des Lamentations (qui est chaque jour
visité virtuellement par des milliers
d’internautes sur www.thewall.org), vous
entendez en fait la voix des évangiles qui
annonce leur authenticité surnaturelle, divine
et historique.
En résumé, les textes des
évangiles ont été soumis à des critères très rigoureux.
Récapitulons ensemble :
1. Le critère de l’apostolat : Le
livre était-il écrit par un témoin oculaire ou un apôtre ayant
côtoyé le Christ ?
2. Le critère de la conformité à
l’ensemble des écrits reconnus: Le livre était-il
conforme avec les règles, doctrines et enseignements de la foi, de
l’Ancien et du Nouveau Testaments ?
Passons maintenant au troisième
critère auquel les évangiles devaient répondre pour être
authentifiés.
Le Mur des Lamentations… la voix qui proclame l’authenticité des Évangiles.
3. Le critère de la corrélation,
de la confirmation et de l’acceptation : Le
livre était-il reconnu par les vrais experts, les pères de la foi et fondateurs de
l’Église les plus proches chronologiquement et les plus
qualifiés moralement, éthiquement et historiquement ?
Les quatre évangiles choisis
étaient en absolue corrélation, reconnus et approuvés par les
quatre centres d’émergence du Christianisme initial : Jérusalem,
Antioche, Alexandrie et Rome 54.
Des dizaines de leaders historiques crédibles, qui
ont vécu entre 95 et 170 après
Jésus-Christ, confirment leur fiabilité55.
Il est absurde et sans fondement historique de prétendre que l’empereur
Constantin, des centaines d’années plus tard, ait sélectionné les
livres qui sont devenus notre Bible moderne par intérêt politique, et
qu’en passant il ait décidé de promouvoir le Christ de «grand
homme» qu'il était au statut de Fils de Dieu ! Les docteurs James Garlow et Peter
Jones de l’université de Princeton répondent ainsi aux
énoncés farfelus de Dan Brown :
«L’histoire est claire et
indiscutable. Les évangiles étaient établis des centaines d’années
avant Constantin. Les évangiles ne furent pas questionnés mais
plutôt établis, confirmés et défendus par les Pères de
l’Église. Dans le
Code Da Vinci, Constantin est victime de l’une
des pires falsifications historiques que nous n’ayons
jamais vues autant dans des oeuvres de fiction que de
non-fiction. Depuis des siècles, Jésus était établi Fils de Dieu et les
évangiles étaient reconnus et Constantin n’a rien eu à y voir.
La Bible a continué d'être la même après lui. Constantin n’a
jamais commandé de Bible patriarcale ni même eu quelque
influence que ce soit sur les textes des Écritures reconnues. » 56
Les historiens sont unanimes.
L’empereur romain Constantin (325 après
Jésus-Christ) n’a jamais aboli «l’adoration matriarcale des déesses» pour, par
la suite, faire un amalgame de nouveaux évangiles dans le but de
faire une propagande qui diabolisait le Sacré Féminin. Rien
dans l’Histoire ne donne le moindre indice, la moindre trace
de preuve à cette chimère. Constantin s’est converti au
christianisme et a ordonné la cessation de la persécution
meurtrière des chrétiens 57.
Personne ne peut déterminer le degré et la
profondeur de l’authenticité de sa marche chrétienne, mais il a
demandé et reçu le baptême un peu avant sa mort selon les
coutumes de l’époque58.
Les évangiles secrets…dévoilés
Les évangiles secrets (aussi
appelés gnostiques ou coptes) ont commencé à apparaître des
centaines d’années plus tard. Ils étaient en contradiction directe
avec plusieurs des doctrines et fondements des évangiles. Ces
textes forment une espèce de « pizza ésotérique toute garnie »,
truffée de contradictions et empruntant des ingrédients de
mille et une expériences mystico-religieuses. Certains
rejettent l’Ancien Testament, la Genèse, les standards moraux des
Évangiles ou la déité de Christ. Ils redéfinissent Jésus et
prônent des expériences sexuelles multiples et hors normes
comme source de « gnosis », d’expériences pseudo-religieuses 59.
Il est vraiment bizarre que Dan Brown ait basé toute sa
théorie «d’émancipation de la femme » et de « restauration de
l’adoration des déesses féminines » sur ces textes qui
sont souvent insultants, pédants, et violemment avilissants pour la
femme60
!
Les cinquante-deux textes
gnostiques se moquent continuellement du Dieu créateur et le décrivent
comme un idiot aveugle.
Pour la plupart des «évangiles
secrets», le Seigneur est le suprême oppresseur. Ces textes
méprisent la dignité humaine, le mariage et le rôle de la mère.
L’auteur Duncan Greenlees, un gnostique moderne, promoteur de
philosophies gnostiques païennes et occultes, donne des
conférences sur les origines de ce système de pensée ainsi que sur
le Nouvel Âge. Il n’a aucun désir ou intérêt à être associé ou
à défendre le christianisme traditionnel moderne. Il se
déclare contre l’Église.
Son évaluation et sa perspective
sur « les évangiles secrets » et le gnosticisme offrent une réponse
objective et sans doute surprenante pour Dan Brown à la
question : « La philosophie gnostique est-elle simplement une
autre forme valide de christianisme qui a été
délibérément étouffée par des mâles chauvinistes assoiffés de
contrôle et de domination au IV e
siècle ? » Greenlees écrit que «le
gnosticisme des ‘évangiles secrets’ n’a absolument rien en commun avec le
christianisme historique.
C’est plutôt un système de
connaissances basé sur des expériences diverses avec tout ce qui
représente le divin, l’âme et l’univers. Au cours des premiers siècles de
notre époque, face au christianisme qui s'étendait sur la terre, le
gnosticisme a emprunté et récupéré certains accents, certains termes
et certaines formes de la foi chrétienne parmi des dizaines
d’autres sources de connaissance absolue. Il est essentiel de
comprendre que les textes coptes et la véritable ‘gnosis’ (connaissance)
ancienne et moderne en rejettent la plupart des croyances
spécifiques. Son langage peut parfois ressembler à certaines
dimensions de la foi chrétienne alors que son esprit, son essence
et sa source, sont trouvés dans le paganisme ancien.» 61
Nous avons un choix à faire. Les
divagations du
Code Da Vinci
sont
basées sur des documents bizarres, mystiques, ésotériques, sans crédibilité
historique, écrits des centaines d’années après les faits et n’ont
absolument rien à voir avec les Évangiles trouvés dans la Bible ni
même avec l’Histoire vérifiée et avérée. Il est important pour
nous tous de réaliser que tout ce qui appartient au passé et que
nous tenons pour « vrai » nous provient de documents archivés et
répertoriés par l’Histoire. Nous devons comprendre que les
manuscrits que Dan Brown remet en question dans le
Code Da Vinci sont
soutenus et confirmés historiquement de façon
bien plus solide que n’importe quelle oeuvre de
littérature classique incluant celles d’Homère, de Platon, d’Aristote,
de César ou Tacite62.
Il existe actuellement plus de
cinq mille copies des textes du Nouveau Testament et près de vingt
mille autres documents et traductions confirmés en latin, en
copte ou en syriaque. Un grand nombre d’historiens croient
fermement que certains des fragments lisibles de ces
manuscrits peuvent provenir d’une période aussi proche des faits que
celle où vécut Jésus, c’est-à-dire de la seconde moitié du I er
siècle63.
Cette réalité est extraordinaire lorsqu'on considère
que seulement sept des écrits de Platon subsistent
aujourd’hui et que 1 300 ans séparent les copies les plus anciennes des
originaux64
! Pourtant, personne ne les met en doute !
Il est également impressionnant de
constater que les textes du Nouveau Testament ont été
vérifiés, étudiés, comparés et examinés à la loupe depuis des
siècles et que les historiens, lorsqu’ils comparent les premiers
manuscrits aux copies des siècles ultérieurs, y trouvent une
remarquable exactitude 65
!
Lorsque le
Code Da Vinci «
largue des bombes » par centaines du genre « la Bible est un produit
des hommes, ma chère, pas de Dieu… elle a évolué et changé à
travers des multitudes de traductions, d’additions, et de
révisions. L’Histoire n’a jamais eu une version définitive du livre
» (page 231), il fait preuve de malhonnêteté et d’un manque de
rigueur intellectuelle et historique. Avez-vous déjà entendu
quelqu’un, avant ou depuis le
Code Da Vinci,
dire quelque chose comme « les documents de la Bible sont depuis des siècles
remplis de contradictions ! »?
Le docteur Ron Rhodes, expert en
théologie cité internationalement et professeur de bibliologie et de
théologie dans des universités comme
Biola ou
Dallas Theological Seminary,
confronte la théorie des «contradictions
dans les manuscrits» par ces mots:
« Que dire des variantes qui
existent entre les manuscrits ? La recherche de l’ensemble des
historiens crédibles nous permet de constater que les
manuscrits du Nouveau Testament sont remarquablement
précis et fiables au fil des siècles. Plus de 99% des variantes
n’ont virtuellement aucune signification. La majorité
implique une lettre manquante dans un mot. D’autres
sont simplement la permutation de deux mots comme “
Jésus-Christ ” par “ Christ Jésus ”. Les variations
n’altèrent jamais la doctrine, le sens ou les commandements
moraux de la foi chrétienne.
Une lettre ou des mots manquants
dans une phrase de 1 % des documents ne change
absolument pas l’incontournable unité thématique
et exactitude des manuscrits du Nouveau Testament. » 66
Laissez-moi vous illustrer le
genre de « variante » dont il est question, dans approximativement
1% des manuscrits du Nouveau Testament. Supposons que
nous ayons cinq copies d’un manuscrit écrites à
différentes époques et différentes les unes des autres. Un personnage du
Code Da Vinci dirait
à leur sujet : « Elles sont criblées
d’erreurs, de contradictions et de faussetés ! » Notre but est de
comparer les copies afin d’estimer si elles sont conformes au
manuscrit original. Manuscrit original : Jésus-Christ
est le Sauveur du monde.
Copie n° 1: Jésus-Christ est le
Sauveur du monde entier
Copie n° 2: Christ Jésus est le
Sauveur du monde
Copie n° 3: Christ est le Sauveur
du monde
Copie n° 4: Jésus est le Sauveur
du monde
Copie n° 5: Christ Jésus est le
Sauveur du monde entier
Pourriez-vous en comparant ces
textes, établir avec un haut degré de certitude ce que
l’original déclare et si les autres « bourrés d’erreurs » lui rendent
justice ? Bien sûr que oui. Cette illustration peut paraître
simpliste mais la presque totalité des « variantes » des manuscrits des
Évangiles peuvent être résolues par cette méthodologie d’étude et
d’évaluation élémentaire. En comparant les manuscrits, il est
devenu évident pour les scientifiques et historiens de
toutes les époques, que la Bible est un document comme aucun autre. Dan Brown et son
Code Da Vinci affichent une suffisance, une condescendance et un mépris à
l’égard de la Bible, qui contrastent de façon saisissante
avec une multitude de grands penseurs et grands auteurs des
derniers siècles. Voyez ce que certains des cerveaux les plus
brillants parmi les écrivains, philosophes et scientifiques
influents de l’ère moderne pensent de la Bible :
Blaise Pascal : «
Sans les Écritures, nous ne connaissons rien et ne voyons qu’obscurité et
confusion dans la nature de Dieu et dans notre propre
nature. »
Victor Hugo : «Il
y a un livre qui contient toute la sagesse humaine éclairée par toute la
sagesse divine, un livre que la génération du peuple appelle Le
Livre, la Bible… ensemencez les villages
d’évangiles. Une Bible par cabane !»
Emmanuel Kant : « La
Bible mise à la portée de tous est le plus grand bienfait qu’ait pu
connaître la race humaine. Toute atteinte contre elle est un
crime contre l’humanité. »
Goethe : «
Que le monde progresse tant qu’il veut, que toutes les branches des
connaissances humaines se développent au plus haut degré,
rien ne remplace la Bible, base de toute éducation. »
Albert Einstein : «
Personne ne peut lire les évangiles sans ressentir la présence réelle de
Jésus. Sa personnalité vibre dans chaque mot. Aucun mythe ne
peut contenir une telle présence vivante. »
Samuel F.B. Morse : «
Plus j’approche de la fin de mon pèlerinage, plus l’évidence de
l’origine divine de la Bible est claire, la grandeur et la
sublimité du remède que Dieu pourvoit pour l’homme déchu sont
plus appréciés et le futur est illuminé par l’espoir et
la joie. » 67
Rudy Guiliani,
maire de New York lors de la tragédie du 11 septembre 2001 : « Les
évangiles et la Bible sont un compas, une source de sagesse et
de force et une lumière dans mes jours les plus sombres.
Les principes de la Bible sont les fondements des Grandes
Civilisations Modernes. » 68
La Bible est un livre unique.
C’est la révélation de Dieu faite aux hommes. Je vais peut-être vous
surprendre ou provoquer un sourire narquois, mais j’aimerais
conclure ce chapitre avec une citation de l’actrice américaine
Michelle Pfeiffer ! Je vous accorde qu’elle n’est peut-être
pas une des sommités philosophiques de notre époque,
mais si vous jetez un coup d’oeil sur leurs photos
respectives, elle est plus jolie que Victor Hugo ou Albert Einstein ! Elle
fait preuve d’une grande perspicacité lorsqu’elle dit : «La
Bible est le seul livre que presque personne ne lit, mais sur
lequel tout le monde a une opinion!» 69
Le prophète Ésaïe, un des auteurs trouvés dans la Bible, ajoute ceci : «L’herbe
sèche, la fleur tombe (les
Code Da Vinci
disparaissent…) mais la Parole de notre Dieu
subsiste éternellement.»70
La
misanthropie
et la
méchanceté
de l’Église chrétienne selon le Code Da Vinci
« Son agresseur pointa de nouveau
le pistolet vers lui. – Après votre disparition je serai
le seul à connaître la vérité. La vérité. Le vieux conservateur
comprit aussitôt toute l’horreur de la situation.
Si je meurs, la vérité sera à jamais perdue. Dans un sursaut
instinctif, il tenta de se mettre à l’abri. Il
entendit partir le coup étouffé et une douleur fulgurante lui
transperça l’estomac. Il s’effondra à plat ventre, puis
réussit à se redresser pour ne pas perdre
de vue son assassin, qui rectifia son angle de tir,
visant la tête cette fois… Le clic de la détente résonna dans
le chargeur vide. Saunière rouvrit les yeux. L’albinos jeta
sur son arme un regard presque amusé. Il hésita à sortir
un second chargeur mais se ravisa et, avec un rictus
méprisant dirigé vers la chemise ensanglantée de
Saunière, il lança :
- J’ai accompli mon travail…Cette nuit Silas avait enfin le
sentiment de commencer à rembourser sa dette. Il ouvrit
le dernier tiroir de la commode, en sortit le
téléphone mobile qu’il y avait caché, et composa un
numéro.
– Oui ? répondit une voix
masculine.
– Je suis rentré, Maître. – Parle,
ordonna la voix qui semblait heureuse de
l’entendre.
– Tous les quatre ont été
supprimés… Le Maître garda le silence, comme grisé par les
vapeurs d’un triomphe aussi complet. Puis il poursuivit
:
- Tu as rendu un grand service à la cause de Dieu, Silas. Cela
fait des siècles que nous attendons ce moment…»
1
Dan Brown dans le Code Da Vinci «À la vue des foules, Jésus fut
ému de compassion parce qu’elles étaient épuisées et
abattues comme des brebis abandonnées. Jésus leur dit :
“Venez à moi vous tous qui êtes
chargés et je vous donnerai du repos”. »
2
Paroles de Jésus dans l’Évangile
de Matthieu
« Pierre et Jean montaient au
temple ensemble, à l’heure de la prière. Or, on y apportait un
homme handicapé qui souffrait depuis sa naissance.
Pierre, de même que Jean, fixa les yeux sur lui et dit :
“Regarde vers nous… je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je
te le donne…”» Les premiers disciples de Jésus
répondant à son appel dans les Actes des Apôtres
3
L e
dictionnaire définit la misanthropie dans sa forme
première comme étant « l’aversion, la
méchanceté, l’indifférence ou la haine des êtres humains. »4
Le
Code Da Vinci nous
lance en plein visage l’image d’une Église
pourrie par la misanthropie la plus méprisable. Le livre commence avec
un meurtrier albinos qui assassine froidement ses victimes
au nom de la foi et sous les félicitations chaleureuses de
leaders religieux corrompus et sans scrupules ! Au fil du roman,
Dan Brown dépeint une Église qui se comporte comme la mafia ou
les pires dictateurs et despotes meurtriers que vous
pouvez imaginer. Le
Code Da Vinci
présente, page après page, une
Église qui ment, tue, vole, engage des tueurs à gages,
torture, assassine depuis des siècles des millions de personnes,
manipule et fait tout ce qui est en son pouvoir afin de garder les
multitudes dans la souffrance et le mensonge.
Le lecteur termine le livre avec
un dégoût profond pour une Église aussi méchante, aussi laide
et incapable de la moindre considération ou compassion pour
qui que ce soit. Elle est impitoyable, infecte et inutile.
La « Doctrine Da Vinci » provoque notre consternation,
notre colère et notre indignation en nous présentant une
Église qui, à travers toute son histoire jusqu’à aujourd’hui,
écrase les plus faibles et viole les droits des plus démunis et des
opprimés.
Selon l’auteur, l’Église
chrétienne est unidimensionnelle ; elle n’est que cruauté, violence,
fraude et bêtise. Mais les évangiles décrivent très souvent
la promesse de Jésus à son sujet :
«
Je bâtirai mon Église et les forces du mal, de la
mort, de la méchanceté, de tout ce qui est
destructeur et qui tient l’être humain captif ne pourront pas la vaincre. »5
Du début à la fin de son ministère public et dans tout son
message, Jésus a incarné l’amour, l’a enseigné et a appelé
ses disciples à être comme lui. Les évangiles nous révèlent qu’il
était «ému de compassion» pour ceux qui souffrent. Cette
expression est magnifique. Le terme « splaggizomai » dans le
grec, vient de deux mots dont les racines signifient pour l’un «
intérieur » et pour l’autre «remuer, bouger ou action ». La
compassion selon Jésus, c’est être remué à l’intérieur de soi au
point d’être poussé à agir ; c’est se mettre en mouvement afin
de faire quelque chose6.
Dieu devient homme
La pensée et la réalité
théologique de l’incarnation c’est que Dieu souffrait tellement de voir
le tourment de l’humanité qu’il « s’est fait chair ». Il est
devenu entièrement homme tout en demeurant entièrement Dieu, pour
venir parmi les hommes afin de les sauver, les racheter,
les libérer et donner la possibilité bien réelle à chaque être humain
d'entrer en communion avec lui pour la durée de sa vie sur
terre et dans l’éternité. L’évangile de Luc nous rappelle ce qui a
provoqué la venue de Jésus sur terre :
«C’est à cause de l’ardente miséricorde de Dieu
(des entrailles de compassion de Dieu). C’est par
elle que le soleil levant nous visitera d’en haut pour éclairer ceux qui sont
assis dans des ténèbres, de l’ombre de la mort, afin qu’ils puissent trouver
des chemins de paix. »7
Le texte biblique explique en fait
que Dieu avait « tellement mal à l’intérieur de lui » de nous
voir souffrir, qu’il devait faire quelque chose qui mettrait le
comble à son amour. Il décida de venir lui-même littéralement
prendre nos douleurs, nos péchés, nos captivités et ce qu’il y a de
pire en nous. La Bible enseigne :
La misanthropie et la méchanceté
de l’Église chrétienne...
« Il a été tenté en toutes choses
afin de secourir ceux qui sont tentés. » 8
Jésus était « splaggizomai », ému
de compassion à chaque instant, des premiers
balbutiements prophétiques annonçant sa venue sur terre des centaines
d’années avant sa naissance, à chaque iota de son modèle et de
son ministère terrestres, de son dernier souffle à la croix jusqu’à
son message ultime à ses disciples qui débutèrent l’Église
chrétienne historique.
Lorsque le prophète Michée annonce
son lieu de naissance plus de cinq cents ans avant sa
venue miraculeuse, il spécifie :
« Et toi, Bethléhem Éphrata, toi
qui es petite parmi les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui
sauvera le monde car le temps viendra où celle qui doit enfanter,
enfantera. » 9
Il y avait une autre petite ville appelée Bethléhem, mais le
prophète annonçait avec une méticuleuse et incroyable
exactitude que le Fils de Dieu naîtrait à Bethléhem Éphrata. La
combinaison de ces noms signifie dans leur étymologie et leur sens
original « la maison du pain et le lieu du vin. »10
Sans saisir l’ampleur, la merveilleuse profondeur et la portée
rédemptrice de ces mots, le porte parole de Dieu annonçait la « compassion
» de Christ. Jésus ne vint pas seulement pour donner un
message philosophique et moral, il vint afin de devenir
littéralement le pain et le vin. Il est né pour agoniser et livrer sur une
croix son corps et son sang pour mettre fin à notre souffrance
!
Dans les Évangiles, lorsque nous
lisons que l’enfant Jésus nouveau-né fut «emmailloté» 11,
il faut savoir que l’expression originale utilisée ici est tout à
fait saisissante. Elle veut dire littéralement «mis dans les
mailles». Le mot «mailles» était couramment employé dans le langage
populaire de l’époque, dans des expressions comme «les
mailles des morts ou les vêtements des morts12.»
Plusieurs interprètes de la Bible et étymologistes donnent
l’explication suivante : il y avait à l’époque, des endroits de
distribution de vêtements usagés (dans le temple, par des instances
civiques et même par les Romains) pour qu’ils soient redistribués
gratuitement aux plus pauvres. À cette époque, les gens mouraient
considérablement plus jeunes qu’aujourd’hui, l’espérance de vie
était très peu élevée. Il était courant pour les familles de
donner aux démunis les vêtements qui avaient appartenu « aux morts
». Lorsqu’ils étaient particulièrement en mauvais état,
on les déchirait et on les taillait pour en faire des
lambeaux, des couvertures, des «mailles» qui servaient à
emmailloter les petits bébés13.
Depuis bien longtemps, plusieurs
historiens, commentateurs bibliques et théologiens voient
dans ce simple fait historique et dans les mots
spécifiques utilisés par Luc, qui était médecin, une annonce symbolique et
typologique magnifique ainsi qu’un rappel puissant de la
motivation et de l’intention de Dieu. À sa naissance, l’enfant
Jésus est « emmailloté» dans des vêtements de morts parce qu’il
était né afin de mourir pour les autres et de vaincre la mort à
jamais. Dès les lueurs initiales du soleil
levant, Marie sa mère entend «Tu es bénie entre
toutes les femmes » 14,
mais aussi «… une épée te transpercera le coeur. »15
Les premiers chapitres de l’évangile, alors
qu’elle tient le nouveau-né dans ses bras, la
voient déjà au pied de la croix. Elle
assistera à la mort de son fils et l’écoutera même
dire à un meurtrier repentant, crucifié à
côté de lui et agonisant peu à peu par
asphyxie : « Aujourd’hui tu seras avec moi au
paradis ». Elle le verra ensanglanté, les clous rouillés
plantés dans les mains et les pieds, mourir volontairement,
s’offrant lui-même en sacrifice sous les moqueries et les crachats
de la meute fanatique et bestiale. Elle le verra aussi
prier : «Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font »16
et c’est à ce moment-là que l’épée transpercera son coeur de mère.
À la croix, Jésus devient péché
pour que nous soyons pardonnés. Il est rejeté par son
Père (il s’écrie : «Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »), pour que
nous soyons réconciliés avec lui. Il a soif afin que nous
n’ayons plus jamais soif. Il est appelé « Fils de l’homme» afin que nous
soyons appelés « fils de Dieu ». Il descend aux enfers pour que
nous puissions monter au ciel. Il est rempli de tristesse pour
que nous trouvions la joie. Il est captif afin que nous soyons
libres. Il est secoué par l’angoisse afin que nous puissions
expérimenter la paix. Il est couronné d’épines pour que nous soyons,
dans l’éternité, couronnés de gloire. Il meurt pour que nous
puissions vivre.
Contrairement aux sous-entendus
ignobles et aux déclarations blasphématoires du
Code Da Vinci,
Jésus n’était pas seulement un homme bon ou un
«grand homme» pris dans un tourbillon d’évènements, marié à
Marie-Madeleine, femme tant jalousée par les disciples qu’ils
ont tout fait pour la « bannir » alors qu’elle devait devenir la
leader incontestée de l’Église. Il n’a jamais eu non plus avec elle
de petite fille appelée « Sarah 17.
» Non, Jésus est le Fils de Dieu. Dieu est amour
et Jésus est venu pour nous expliquer qui
est Dieu. Il est la pleine manifestation du Père. Il
rappellera tout au long des Évangiles que « Celui qui m’a vu a vu le
Père ». Le Père est amour, bonté, fidélité, justice, paix,
protection, liberté et le Fils est le même hier, aujourd’hui et éternellement18.
Dans les Évangiles, Jésus a pleuré
sur la souffrance, l’incrédulité et l’indifférence
des multitudes et sa plus grande colère a été contre les religieux
aux belles paroles mais au coeur dur. Il a dénoncé les hypocrites
religieux et les a confrontés avec un courage parfait 19.
Il était à la fois entièrement amour et entièrement justice. Il était
touché, ému de compassion pour les solitaires, les rejetés, les
criminels, les pauvres, les condamnés et pour les hommes et les femmes que
la société considérait comme des parias. Sa plus grande
joie et sa passion ultime étaient la justice, la guérison,
la libération, la consolation et la résurrection morale, émotionnelle,
psychologique, sociale et spirituelle des êtres humains, une
personne à la fois.
Les premiers disciples ont à ce
point été imprégnés du message et de la vision
christologique que le monde séculier qui les entourait, violemment hostile
et moqueur, les a appelés « chrétiens » ou «comme Christ».
Les disciples chrétiens ont fondé l’Église en incluant dès le
début la participation des femmes dans leurs oeuvres et
missions 20,
brisant ainsi les tabous de la discrimination ethnique et
religieuse. Ils ont consacré leurs vies aux pauvres, aux
meurtris, aux oubliés et aux captifs «à Jérusalem, en Judée, dans la
Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1.8).
Peu de temps après l’ascension de
Christ et juste après avoir répondu à son appel, Pierre et
Jean se rendent au temple à l’heure de la prière et
aperçoivent un mendiant boiteux qui souffre atrocement depuis sa
naissance; ils lui disent : «Regarde vers nous», voulant dire : ta
douleur est devenue la nôtre, ta souffrance est la raison pour
laquelle nous sommes des serviteurs de Christ. «Je n’ai ni argent ni
or, mais ce que j’ai, je te le donne.
Au nom de Jésus-Christ de
Nazareth, lève-toi et marche.»21
Lorsque l’homme, miraculeusement
guéri par le Christ ressuscité, entre dans le temple
en criant, sautant et dansant de joie, et interrompt des rituels
religieux vides et stériles, c’est l’Église de Christ qui est en
train de naître ! (Actes 3.1-6) N’accordez, même pas un instant,
un soupçon de crédibilité à la version abjecte de Christ et de
l’Église proposée sournoisement par des livres comme le
Code Da Vinci.
L’Église chrétienne («qui marche dans la voie et le message
de compassion en action de Christ») a débuté dans les Actes
des Apôtres et s’est développée incroyablement au cours de chaque
siècle dans l’Histoire jusqu’à aujourd’hui. Elle connaîtra son
apogée comme représentante de Christ sur
terre et dispensatrice de son message de
foi, de salut, d’amour, de justice, de
pardon, de générosité et d’équité sociale et
humaine dans notre époque moderne! Je le
crois passionnément et je veux faire
partie de cette Église !
Dans le dernier chapitre, je veux dévoiler ce que j’appelle «Le
mystère du
Code Da Vinci».
Je confronterai notamment, avec franchise comme j’ai tenté de le faire depuis le début, les
abominations et horreurs commises par des
segments de l’Église chrétienne universelle
dans certaines périodes et évènements sombres et terribles de
l’Histoire du monde et de notre patrimoine socioculturel et
religieux québécois. Mais je vais d’abord, dans les prochaines
pages, céder ma plume pour un instant et avec grand plaisir à
quelqu’un pour qui «splaggizomai», la compassion qui est tellement
«remuée » qu’elle doit absolument faire quelque chose,
n’est pas une théorie ou une théologie, mais une merveilleuse
réalité du quotidien.
Denis Morissette est un de mes
amis (ne retenez pas ça contre lui !) de longue date. J’ai une
immense admiration pour lui. Il détient un baccalauréat en
psychoéducation ainsi qu’une maîtrise en éducation spécialisée.
Il est membre de l'Ordre des Conseillers et Conseillères en
orientation et des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec
(OCCOPPQ) et de l'American
Association of Christian Counsellors (AACC).
Il a de nombreux certificats et diplômes
en relation d’aide. Il est aussi consultant et président d’un
organisme qui vient en aide à la famille depuis plus de vingt-cinq
ans, conférencier international et membre de l’équipe pastorale de
l’Église Nouvelle Vie à Longueuil.
Il est actif dans le counselling
et la relation d’aide et a ainsi rencontré, écouté et conseillé des
milliers de personnes. Il a fait des études comparatives
approfondies entre les principes de la Bible et des Évangiles et la
psychologie moderne. Une de ses passions est l’étude de la
psychologie et de la religion. Sa perspective, son message et son
approche thérapeutique sont à la fois extrêmement humains et
absolument chrétiens. C’est un homme intègre, direct et
passionné. Sa « mission de vie », c’est d’aider des êtres humains à
trouver et à s’emparer de la « vie abondante» que Dieu désire pour
eux et qu’il a manifestée en Christ. Il connaît profondément
l’Église chrétienne et en est un critique lucide et courageux. Il
incarne, à mon sens, le coeur de ce que les chrétiens ont de plus
beau et de plus noble à offrir à notre monde troublé et oppressé. Sur un plan personnel, Denis est
marié à Johanne, une femme formidable. Il est père de
quatre garçons, Anthony, Nicolas, William et Thomas. Une
des qualités que j’apprécie chez lui, c’est qu’il n’est pas
facile à définir ou à « mettre dans une boîte »! C’est un intello
amateur de sensations fortes, un érudit avec qui j’ai fait du «
rafting extrême» (descente de rivières intensément tumultueuses
en montagne) et un conférencier aussi à l’aise sur un
campus universitaire que lorsqu’il conseille et prodigue
une aide humanitaire de premiers soins avec nous aux «
plus pauvres des pauvres » dans un village oublié d’Haïti.
Mon ami est passionné d’Histoire,
d’ouvrages de science et de psychologie; il dévore les
revues spécialisées de tous genres. Il étudie et enseigne la Bible
depuis plus de vingt ans et il vient de se découvrir une passion pour
la planche à neige (le snowboard) ! C’est un homme qui
côtoie tous les jours, avec une patience et une douceur inouïes,
la souffrance humaine, les tourments et les blessures de
l’âme. Il communique l’espérance, le pardon et la foi à des milliers
de personnes par ses conférences. Pasteur aimé par
notre assemblée et par des centaines d’autres églises de la
Francophonie, Denis est aussi un homme de foi, de réflexion et
d’action qui offre une perspective articulée et pratique
face aux extraordinaires défis des relations humaines auxquels
nous faisons tous face en ce début de XXIe
siècle. Il est leader d'un mouvement chrétien francophone propulsé par une
compassion qui veut communiquer et vivre dans notre
monde d’aujourd’hui selon les enseignements de Christ. Lisez
attentivement la perspective de Denis Morrissette alors qu’il
traite de «La
misanthropie et la
méchanceté de
l’Église chrétienne selon le
Code Da Vinci ».
C’est une joie pour moi de
participer à cet ouvrage qui offre une réponse chrétienne au
Code Da Vinci ! Il y
a peu d’institutions dans notre monde moderne qui
éveillent autant d’émotions fortes et contradictoires que
l’Église. Pour nous, occidentaux, elle fait partie non seulement de
l’histoire de nos sociétés, mais aussi de celle de nos propres
vies. Dès notre enfance, nous étions confrontés à ces bâtiments
fabuleux, fastes et massifs. Nous nous demandions ce qui se passait
derrière les portes de ces grands monuments. Bien que des gens
fréquentaient l’église régulièrement, la plupart d’entre
nous y allions quelques fois par an, à Noël, à Pâques, à des
occasions spéciales comme un baptême ou des funérailles. Lors
de ces événements nous obtenions, en partie, des réponses
à nos interrogations. Nous pénétrions dans un univers sacré
et mystérieux et adoptions une attitude révérencieuse et
cérémonielle, sans pourtant en comprendre ni la source ni le
sens. Nous étions fascinés, bien sûr, par l’architecture intérieure et
par les somptueuses décorations, statues et fresques de tout genre.
Loin d’écouter les discours monocordes et déclamatoires, notre
imagination était davantage nourrie par les parures et les
ornementations.
Cette église était évidemment
marquée par le décorum et le cérémonial. Notre imaginaire
d’enfant était obnubilé par la magnificence et la solennité des
gestes des officiants. Tout y était présent pour nous toucher :
le son de la voix qui se répand légèrement en écho, l’odeur de
l’encens qui vient caresser notre odorat, la musique
majestueuse et retentissante de l’orgue. Le tout appuyé par la
dévotion sentie du choeur de l’église. Aller à l’église
devenait une expérience sensorielle.
Avec les années nous avons quitté
ces enceintes et, malgré une certaine nostalgie du sacré,
nous n’y avons que rarement remis les pieds. C’en était fait
de l’Église et de son influence dans notre vie. Ces monuments sont
restés impressionnants vus de l’extérieur, mais bien souvent
vides de sens à l’intérieur. Loin de nous l’idée que l’Église, que
cette église du quartier de notre enfance, soit là pour nous, à
notre service. Au contraire, c’est nous qui étions là pour elle et
c’est nous qui étions à son service. Elle pouvait exiger ce qu’elle
voulait de nous. Nous nous en doutions et nos parents le
savaient encore davantage… Il est notoire d’observer depuis
le milieu des années soixante, en particulier au Québec, un
antagonisme marqué envers la religion chrétienne.
Graduellement, tout un pan de la société a voulu régler ses comptes avec
l’Église. Cela est en partie dû à son omniprésence dans bien des sphères
de la vie. Bien que cette influence se soit flétrie depuis
longtemps, des intellectuels de haut niveau autant que des
humoristes de tout acabit ne cessent de décrier l’Église, de la
caricaturer et de s’en moquer. On pointe du doigt ses erreurs. On
quantifie ses fautes. On scrute son passé et on souligne ses abus. Dan Brown, dans le
Code Da Vinci,
ne fait qu’ajouter à tout cela en mettant en évidence des
demi-vérités que bien des lecteurs ne sauraient discerner.
Bien plus, puisqu’il utilise le roman comme véhicule littéraire,
il peut toujours se cacher derrière la fiction pour justifier
la propagation de bien des faussetés. Pour beaucoup de
croyants, la description qu’il fait de l’Église n’est pas leur réalité.
Ils ne sont pas victimes d’abus. Ils ne sont pas en train de fomenter
un complot pouvant menacer le monde, ou de bâtir un empire
tentaculaire pour faire fortune. Au contraire, ils se
rencontrent bien simplement et bien humblement pour aimer Dieu de
tout leur coeur et aimer leur prochain comme eux-mêmes22.
Pour les non croyants, cela ne fait que nourrir leur aversion
légendaire envers une « institution » qu’ils croient
archaïque et dépassée. Il n’est pas dans mon intention de
magnifier aveuglement l’Église. Comme thérapeute
impliqué dans les milieux religieux, j’ai été témoin de
multiples confessions sur les abus dont ont pu être victimes de
nombreuses personnes. J’ai dû les aider à en surmonter les séquelles
et à faire la distinction entre les sévices subis et la réalité de
ce que l’Église et ses représentants auraient dû faire ou
être. Je ne suis pas intellectuellement isolé au point
de sombrer dans un idéalisme naïf. Bien plus, je suis de nature
très critique face au dérapage religieux potentiel de personnes
ainsi que de certains milieux.
Et je garde toujours à l’esprit
l’observation de Pascal, le penseur, qui notait que les hommes
ne font jamais le mal avec autant d’ardeur que sous le
couvert des convictions religieuses. Cela a été et sera toujours un
phénomène complexe qui met en convergence des facteurs
contextuels, tant sur le plan psychologique que sociologique.
Mais, on ne pardonne pas facilement à l’Église parce que
nos attentes envers elle sont toujours très élevées. On
voudrait, à juste titre, qu’elle soit à la hauteur de son humble fondateur,
Jésus-Christ de Nazareth. Ceci étant dit, j’aimerais, dans
les pages qui vont suivre, vous proposer une autre vision de
l’Église. Celle à laquelle je crois, l’objet de ma passion. L’Église,
si peu connue dans cette réalité mais telle que représentée dans le
Nouveau Testament: simple, efficace mais qui a animé la vie
des croyants de la première heure et a agi en conformité avec
l’esprit de son initiateur. Celle qui a su créer un impact non
seulement dans la vie des gens qui y adhéraient à l’époque, mais qui
continue toujours à créer ce même impact aujourd’hui, dans la
mesure où ceux qui y participent mettent en pratique le
message d’un évangile de compassion et d’entraide.
L’Église, une présence dans ce
monde
En lisant le
Code Da Vinci,
on serait porté à croire que l’Église qu’il décrit est celle fondée par
Jésus-Christ il y a près de deux mille ans. Impossible de concevoir
qu’il existerait autre chose que ces vastes complots, ces crimes et
injustices ! Et pourtant, il existe une autre Église. Nous pourrions
dire qu’elle est presque anonyme. Jésus disait d’ailleurs
que «le [vrai] royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper
les regards 23».
L’Église que Jésus-Christ a fondée n’est pas un
monument fait de mains d’hommes. Elle n’est pas une
institution non plus. Elle n’est pas axée sur l’apparence, mais sur la
fonctionnalité. Elle dépasse même les cadres confessionnels.
Cette Église est composée de gens. C’est un peuple que
Jésus-Christ se construit avec une vision particulière de ce à quoi ce
peuple est appelé, de ce qu’il doit être et faire dans ce monde.
Dans le Nouveau Testament, le
terme grec «Ekklesia» (exkaleo) signifie littéralement «être
appelé (kaleo) hors de (ex).»
C’est celui que Jésus a utilisé
lorsqu’il a dit à Pierre : «Je bâtirai mon Église 24…».
Il décrit et met en perspective l’état de personnes qui quittent un état
pour en atteindre un autre.
L’Église est littéralement hors
normes. Non pas dans le sens qu’elle n’a pas de règles ou de
principes qui la régissent, mais plutôt qu’elle est hors des normes
sociales habituelles. C’est-à-dire que l’Église ne fait pas les
choses de la même façon que la société ou le monde dans lequel
nous vivons. Les croyants (qui professent la foi en Jésus-Christ)
sont appelés hors du système de pensée de ce monde pour une oeuvre
à part, différente, percutante. Mais, ils ne sont pas
seulement une extension de la société. Et
ils sont à part, non par exclusion des
autres, mais poussés par un dévouement initié
par Jésus et calqué sur son exemple. Christ
a appelé ses disciples, les chrétiens, à
être différents et à ne pas se fondre dans le
moule. Il disait «...vous n’êtes pas de ce monde»
et en même temps «…vous êtes la lumière
de ce monde!» 25
Un exemple frappant de ce mode de
vie est le pasteur Martin Luther King dans sa croisade pour
les droits civiques américains. Il y a quelques années, j’ai eu
l’occasion d’aller visiter l’église baptiste Ebenezer où il fut
pasteur à Atlanta en Georgie. Je me souviens fort bien des sentiments
qui m’envahissaient à l’idée de ce voyage. Je m’attendais à voir
un monument posthume ou une église transformée en musée. Ce
que j’ai vu est une église toute simple, pas un modèle
d’architecture. Et quel ne fut pas mon étonnement de découvrir qu’elle
était toujours ouverte, avec ses réunions régulières. Un autre
pasteur avait pris la relève. Je me souviens avoir pensé «l’église du
pasteur King ne s’est pas éteinte avec sa mort. Elle
continue comme si de rien n'était !» Ce qu’il a légué ne se trouve pas
dans un lieu géographique, mais dans les coeurs de tous ceux qu’il
a influencés par son engagement pour la justice
sociale.
Dans les années cinquante, Martin
Luther King, apôtre de la non-violence, a pris la tête d’un
mouvement qui a littéralement bouleversé et changé les
mentalités et les structures mêmes de la société américaine. Il avait
été marqué dès son enfance par les inégalités sociales et la
ségrégation raciale dont son peuple était victime. L’arrestation
injuste de Rosa Parks (1913-2005) parce qu’elle avait refusé de
s'installer dans la section réservée aux Noirs dans un autobus,
l’interpella et lui donna l’occasion de passer à l’action. Luther King
lança alors une offensive qui jeta les bases d’un mouvement qui
sensibilisa la population aux conditions des Noirs américains,
établissant ainsi un nouveau mode de justice sociale. Martin
Luther King disait :
L’Église n’est pas un thermomètre qui enregistre
les idées et les opinions populaires, mais un thermostat qui transforme
les moeurs de la société.26
Par conséquent, il est parfois coûteux
pour l’Église, et par le fait même pour ses membres, de jouer le
rôle auquel elle a été appelée. Martin Luther King,
pourtant couronné du prix Nobel de la Paix (1964), fut assassiné
au cours d’une marche pour les pauvres à Memphis au Tennessee.
L’Église n’est pas juste appelée
hors de quelque chose, mais aussi et surtout pour ou vers
quelque chose. Elle n’existe pas pour elle-même et ne cherche pas à
combler ses besoins propres. Elle existe pour les
autres. Le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer, pendu lors de
son incarcération dans un camp de concentration à cause de
son opposition à Adolf Hitler et au nazisme, disait que l’Église
est réellement elle-même quand elle existe pour l’humanité.
Dès le départ, elle doit donner tout ce qu’elle est pour
les pauvres et les démunis. C’est lorsqu’elle ne fait plus cela
qu’elle perd sa crédibilité.
Laissez-moi vous donner encore
quelques exemples probants qui remontent au milieu
du XVIIIe
siècle. À cette époque, l’Angleterre vivait ce que
les historiens appellent unanimement une période de grand
désordre moral27.
La vie était difficile et suite à des
bouleversements sociaux majeurs, bien des gens des campagnes
affluèrent vers les villes dans l’espoir d’y trouver de nouveaux
moyens de subsistance.
Malheureusement, la plupart
devinrent une main d’oeuvre exploitée en cette aube de
l’industrialisation. Hommes, femmes et enfants étaient soumis à des
conditions de travail épouvantables dans les mines, les
ateliers et les usines. Les quarts de travail étaient
interminables et les salaires pitoyables. Les gens vivaient dans des
quartiers ouvriers où pullulaient alcoolisme, prostitution, vols et
meurtres. Ces conditions sociales ont été abondamment
illustrées dans les romans de l’écrivain anglais Charles Dickens28.
C’est à la même période que naquit
d’une famille chrétienne John Wesley. Celui qui allait
devenir un réformateur de grande influence tant sur le plan
religieux que social. Après une conversion marquante, il quitta à
contrecoeur l’Église d’Angleterre pour fonder l’Église
Méthodiste. De larges segments de l’Église de l’époque étaient
endormis. Wesley entreprit de la réveiller et donna naissance à des
oeuvres sociales et charitables particulièrement efficaces pour
l’époque. Il répétait souvent que la mission principale de sa vie
était envers les pauvres29.
Il les aida, s’assura de leur bien-être. Les
historiens l’ont appelé le «Saint- François d’Assise du XVIIIe
siècle». Le credo de John Wesley était simple: «Faites
tout le bien que vous pouvez, de toutes les façons que vous le pouvez, toutes les
fois que vous le pouvez, à toutes les personnes que vous pouvez, à tous
les endroits que vous pouvez!»
Dans cette foulée, William Booth
et son épouse Catherine décident vers 1865 de mettre sur
pied une mission chrétienne pour atteindre les multitudes du
quartier défavorisé East End à Londres. Ce pasteur méthodiste
était animé d’un zèle sans limites pour les plus pauvres des
plus pauvres. Raoul Gout, auteur d’une biographie en
français sur William Booth mentionne que, comme Wesley, il
croyait que tous étaient «sauvables » : «
Les ivrognes, les joueurs, les débauchés, les femmes de mauvaise vie, les
voleurs, les criminels, toutes les misérables créatures captives
peuvent être délivrées, sauvées jusqu’à la vie sainte. Le plus
dépravé, le plus vil, le damné du bagne sont des élus en germe. »30
Booth avait la passion des gens. Raoul Gout dira de lui
«qu’il a aimé les moins aimés, les moins aimables et les plus
compromis. »31
Un jour, il déclara à
Cecil Rhodes, le roi du diamant et
de l’or, un des hommes les plus riches de son époque: « Ces
misérables qui sont le rebut de l’humanité, nuit et jour, je rêve
d’en faire des hommes nouveaux. Les pires êtres
m’attirent, disait-il, comme les mines d’or attirent les hommes. »32
William Booth était de cette race de chrétiens qui, à l’exemple de
Jésus-Christ, sont prêts à tout pour aider une humanité en détresse.
C’était un batailleur de l’humanité. Il lutta et lutta
jusqu’à la fin de sa vie. «Tant
que des femmes pleureront comme
aujourd’hui, je me battrai. Tant que de petits enfants auront faim, je
me battrai. Tant qu’on jettera des hommes en prison, je me
battrai. Tant qu’il restera une âme privée de la lumière divine, je me
battrai jusqu’au bout ! »33
L’oeuvre de William et Catherine
Booth existe toujours. Il s’agit de l’Armée du Salut,
reconnue mondialement comme une des plus grandes oeuvres
caritatives sur l’ensemble de la planète. Elle est présente auprès des
démunis, lors des désastres, et ce, dans tous les pays du monde, des
plus riches aux plus pauvres.
Plus tard, William Booth
rencontrera Thomas John Barnardo, étudiant en médecine à l’hôpital
de Londres, qui refusa d’aller sur le champ missionnaire à
l’étranger parce que le drame des enfants malheureux de Londres et
de l’Angleterre l’obsédait au plus haut point. Barnardo
parcourait, entre minuit et 3 heures du matin, les rues et les impasses,
cherchant dans les hangars et sur les bords de la Tamise, les petits
«couche dehors». Il leur trouva un gîte et bâtit de multiples
orphelinats. L’oeuvre de Barnardo existe depuis 1867 et aide, encore
de nos jours, les enfants d’Angleterre en difficulté. C’est
la plus grande organisation charitable pour les enfants de ce
pays 34.
Parfois, il nous est difficile de
garder une certaine objectivité dans nos critiques de l’Église.
Nous oublions trop souvent qu’elle a été la base de la
majorité des institutions scolaires et sanitaires encore présentes dans
notre société. Il y a moins de soixante ans, partout en Occident
et au Québec en particulier, peu d’institutions existaient qui
n’aient été fondées par l’Église quelle qu'en soit la confession.
Cela est vrai pour le réseau de l’éducation, de la santé et pour
les services sociaux. Avec la sécularisation de la société, nous
perdons souvent de vue ce riche patrimoine historique. Dans
le flot des émotions sombres de nos révoltes, nous oublions que
l’Église a fait beaucoup avec si peu de ressources. Des hommes
et des femmes se sont investis corps et âme, croyant à l’appel et
à la vocation charitable du service auprès de leurs
semblables.
L’Église, un poste de sauvetage
La lecture du
Code Da Vinci nous
présente une Église sinistre et secrète, marquée par le
mensonge et la dissimulation. Une organisation religieuse aux prises
avec des complots machiavéliques, empêtrée dans d’obscures
machinations et qui n’éveille que méfiance et suspicion. Elle ne
saurait, loin de là, nous rassurer dans notre quête d’absolu
et de vérité.
Encore une fois, il n’y aucune
commune mesure entre cette représentation du christianisme et
celle du Nouveau Testament.
Au contraire, dès les premiers pas
de l’Église primitive, nous la voyons s’établir autour
d’activités toutes simples et bien naturelles : piété et dévotion,
relations fraternelles et fraction du pain 35.
Au lieu de chercher leur profit et leur intérêt
personnel, ses membres mettaient en commun
leurs biens et les partageaient selon les besoins de
chacun36.
Cette toute jeune Église trouvait faveur auprès du
peuple37.
Plus tard, au fur et à mesure que le nombre des disciples
augmentait, nous voyons naître les rudiments d’une
organisation préoccupée par les besoins des gens, des veuves en
particulier38.
La croissance rapide de l’Église primitive était due à
l’engagement des chrétiens à prendre soin les uns des autres.
Elle était, à l’image du Maître, animée d’une double passion:
servir Dieu et servir les gens. William Temple, théologien et
archevêque de Canterbury, disait que l’Église est
«
la seule coopérative au monde qui existe pour le bénéfice de ses non membres . »39
Il a raison puisque le premier défi de l’Église est de toucher les
multitudes dans le besoin. À chaque fois qu’elle néglige cette
notion et se replie sur ellemême, elle perd de vue sa mission sur
terre. Les évangiles ainsi que les épîtres du Nouveau
Testament témoignent de cette réalité. L’apôtre Paul, dans
presque toutes ses lettres, réitère ces notions et ramène constamment
l’Église à sa mission originelle.
L’Église du Nouveau Testament est
une Église pour les autres. Mais qu’est-il arrivé ? Pourquoi
l’Église moderne est-elle si loin de son modèle ? Bien plus,
comment les sociétés modernes qui ont pris naissance sur des
fondements chrétiens sont-elles devenues si revêches et si
hargneuses envers cette même Église ? La réponse n’est pas simple. Le
philosophe et théologien français Jacques Ellul 40
a fait l’étude de cette question dans un livre intitulé La
subversion du christianisme.
Il a noté que «
l’on a accusé le christianisme de tout un
ensemble de fautes, de crimes, de mensonges qui ne sont
en rien contenus, nulle part, dans le texte et l’inspiration
d’origine. »41
Il fait, bien sûr, allusion tant aux prophètes de
l’Ancien Testament qu’à Jésus lui-même et à l’apôtre Paul. Nous
devons reconnaître qu’il y a eu une dérive lente et progressive
d’une large portion de l’Église, souvent très loin de ses
intérêts du début.
Pourquoi ? Nous pourrions à ce
stade-ci élaborer toute une série de théories pour tenter
d’élucider cet état des choses, d’expliquer ce que j’appelle « le
grand égarement». Permettez moi plutôt de le faire à travers une
courte parabole qui illustre ce phénomène et le cycle que vit
parfois l’Église.
« Il était une fois, sur les côtes
abruptes d’un bord de mer, une station de sauvetage qui
venait en aide aux naufragés des bateaux qui s’échouaient sur
les récifs environnants. Le bâtiment était simple et il n’y
avait qu’un seul bateau de sauvetage. Les membres de
l’équipe de sauvetage étaient valeureux et courageux. Ils
travaillaient jour et nuit, inlassablement pour tenter de
rescaper les malheureux naufragés. Bien des vies avaient
été sauvées par les sauveteurs de cet humble poste de
sauvetage à un point tel que sa renommée se répandit
partout dans le pays environnant. De plus en plus de
gens voulurent s’associer à cette station. Ils apportèrent
leur soutien et l’argent nécessaire et achetèrent de
nouveaux bateaux. Bien des membres de la station
devinrent insatisfaits de la condition de l’humble station. Pas
de commodités et seulement des équipements
rudimentaires. Ils sentirent que le moment était venu de bâtir un
nouveau refuge. Ils achetèrent de beaux lits au lieu
de lits de camp. Ils améliorèrent et agrandirent les
pièces en les décorant somptueusement et en y ajoutant de
nouveaux meubles. La station devint tellement
populaire qu’elle constitua un lieu de rassemblement choisi et
privilégié par les membres. De moins en moins de gens étaient
intéressés à braver de nouveau la mer. La station devint
un peu comme un club. Mais, dans tous leurs aménagements
et décorations, ils avaient sauvegardé la vocation de
la station. On voyait, bien affichées sur les murs, les
vestes de sauvetage rappelant les nombreuses sorties
en mer. On avait conservé les motifs maritimes dans toute la
décoration. À peu près à la même époque, un
grand bateau fit naufrage, rejetant à la mer des
dizaines et des dizaines de personnes. Le poste de sauvetage
se dépêcha de mobiliser les sauveteurs qui partirent à la
recherche des naufragés. Ils en trouvèrent beaucoup qui étaient
bien sûr trempés, sales, malades. Ils les apportèrent à la
nouvelle station qui se retrouva en état de désolation. Le
comité responsable de la propriété se réunit immédiatement
et tenta de résoudre le problème en construisant une
douche à l’extérieur à l’usage des naufragés. Le mois suivant, lors la réunion
mensuelle des membres du club, il y eut une division.
Certains étaient offensés de voir l’état lamentable du bâtiment et
insistèrent pour que le club maintienne ses activités
sociales normales. D’autres réagirent en disant que la station
avait perdu sa vocation originelle. Certains s’écrièrent
que s’ils voulaient sauver tout le monde, ils n’avaient qu’à
se construire une nouvelle station. Le vote tomba.
Le groupe de sauveteurs avait perdu. Ils quittèrent et
allèrent construire une nouvelle station plus loin. Cette nouvelle station poursuivit
sa mission pendant plusieurs années et vécut à son
tour le même phénomène. Elle évolua lentement et finit par
devenir un club privé. Un nouveau poste vit le jour un peu
plus loin. Et ainsi de suite, l’histoire se répéta…» 42
Cette parabole moderne montre fort
bien le dilemme que vit constamment l’Église. D’une
part, elle doit remplir sa mission sur terre qui consiste à
être à la fois un phare dans la nuit obscure, mais aussi et
surtout un poste de sauvetage au pied d’une mer agitée, l’espoir
pour un monde en souffrance et en perdition. D’autre part, elle
doit composer avec une société qui la conspue et aussi avec des
membres qui parfois oublient et se détournent de sa mission
originale. Le défi des leaders chrétiens
actuels est d’amener l’Église à rester constamment adaptée à la
réalité et aux besoins qui changent sans cesse. En voici un
cas tangible. L’église à laquelle je suis associé à Longueuil au
Québec possède comme slogan: «l’Église Nouvelle Vie, une église
pour aujourd’hui». La beauté et la simplicité de cette
expression soulignent l’obligation de cette église à rester pertinente
et inlassablement collée à la réalité changeante. Il en est de
même pour l’ensemble de la chrétienté. Elle doit tout le
temps s’adapter aux besoins des gens, peu importe le lieu et les
conditions sociales, morales et spirituelles dans lesquels elle
évolue, et cela sans compromettre son message. Cela constitue un
exercice qui n’est pas facile en soi. L’écrivain chrétien Philip
Yancey mentionne que l’église est une «colonie du ciel dans un monde
hostile» 43.
Il
ajoute de façon tellement pertinente que «si
le monde méprise une pécheresse notoire, l’Église
l’aimera. Si le monde coupe toute aide aux pauvres et à ceux qui
souffrent, l’Église offrira la nourriture et la guérison. Si le
monde opprime, l’Église fera lever les opprimés. Si le monde
couvre d’opprobre un paria, l’Église proclamera l’amour
réconciliateur de Dieu. Si le monde recherche le profit et
l’accomplissement personnel, l’Église cherche le sacrifice et le
service…»44
Voilà ce à quoi l’Église est appelée: faire la différence dans
un monde en souffrance !
Laissez-moi illustrer ce propos
d’un exemple personnel frappant. Il y a de cela quelques
années, j’ai eu l’occasion de vivre une expérience marquante. Un
ami policier, affecté à un des quartiers les plus défavorisés
de Montréal, m’avait invité à participer à la patrouille du
vendredi soir. Je devais prendre place, dans la voiture de
patrouille, avec son collègue et lui et répondre aux appels transmis par
le standard d’urgence. Minute après minute et heure après
heure, nous avons répondu aux appels, nous précipitant à
chaque fois sur les lieux où se déroulaient différents événements
: bagarres, suicides, agressions armées, abus sexuels;
la vie nocturne dans les quartiers difficiles.
Pendant que les gens bien nantis
dormaient à poings fermés, des drames bien réels prenaient
place. Durant nos courses effrénées dans les rues sombres de
Montréal, gyrophares allumés, j’étais souvent perdu
dans mes pensées. Ne vous méprenez pas, je savais déjà que
ce monde ne tournait pas rond. Mon travail m’avait appelé
depuis longtemps à côtoyer bien des malheurs. Mais ce
soir-là, il y avait une concentration de misère et de souffrance. Comme
si on mettait bout à bout, toute une série de tragédies et de
vies mal en point et qu’on en accélérait le déroulement.
Je me souviens encore très bien
des conclusions que j’ai tirées de cette soirée.
Premièrement, même si je savais que la société allait mal, j’ai découvert
qu’elle était en pire état que je le réalisais. Il fallait faire
quelque chose. La seconde chose que j’ai comprise est que, malgré des
institutions sociales bien rodées et bien intentionnées, ce
dont ce monde avait besoin était d’une Église présente,
active, où se manifestent un amour sans bornes et un accueil sans
conditions. Une Église remplie de croyants qui se soucient de
leurs semblables. Cela n’a fait que renforcer ma conviction
profonde que l’Église doit, à tout prix, devenir un poste de
sauvetage au sein d’une humanité en déroute. Enfin, je me rappelle
m’être interrogé, ce soir-là, sur ce que je ferais si j’étais à la
place de toutes ces personnes. Où aller lorsque tout va mal ?
Lorsqu’on est perdu et désespéré? Y a-t-il une lumière au bout du
tunnel obscur du désespoir ?
Quelqu’un peut-il nous montrer le
chemin d’une autre vie ?
D’une vie nouvelle ?
Alors que les rues et les façades
des maisons, commerces et autres bâtiments défilaient devant
mes yeux, je remarquai encore une fois que l’Église était
absente de la vie des gens malgré l’omniprésence de ses lieux
de culte. Ces églises étaient toutes fermées. C’étaient de beaux
édifices historiques et des constructions attrayantes, mais
sans aucune présence vivante.
Le phare est éteint : il ne peut
plus guider les marins sur une mer démontée. Le poste de
sauvetage est fermé : il ne peut plus aider les naufragés en détresse.
L’Église n’est pas là! L’Église n’est plus là !
Vous savez, si Jésus revenait
aujourd’hui même, exercer en personne un ministère auprès des
gens de cette génération, il ne resterait pas insensible à
leurs conditions de vie. Bien sûr, il ne s’assoirait sans doute pas sur
la margelle d’un puits pour causer avec une Samaritaine. Il ne
chercherait pas non plus à voir si quelqu’un a grimpé dans un
sycomore. Il ne verrait probablement pas une femme
adultère menacée de lapidation par un groupe de scribes et de
pharisiens. Il ne rencontrerait sûrement pas, dans nos sociétés
modernes, de mendiants aveugles à l’entrée de nos villes
et de nos villages. Par contre, il est assuré qu’il se préoccuperait
et s’occuperait des conséquences reliées aux mariages
brisés et aux familles déchirées. Il parlerait des
relations d’affaires malhonnêtes. Il ferait face, courageusement, aux
questions hideuses telles que la pornographie, l’abus d’enfants
et la violence conjugale. Il confronterait de nouveau les
mauvaises conséquences du matérialisme. Il prendrait
toujours le temps de nourrir les affamés, de guérir les malades, de
réconforter les personnes sans espoir et de bénir les
enfants. Tel est encore l’appel de l’Église. Encore et toujours.
L’Église, un lieu de guérison
L’Église n’est pas seulement une
présence dans la société et un poste de sauvetage pour les
désespérés. C’est aussi un hôpital.
Au-delà du fait de guider un monde
en questionnement ou d’aider les plus démunis, elle
offre un contexte de transformation et de guérison.
N’oublions pas que l’oeuvre de Jésus-Christ ne s’est pas arrêtée
à la croix et à la résurrection. Il a aussi fondé l’Église et l’a léguée
à cette humanité. Il offre par ce moyen un environnement de grâce,
d’acceptation, de pardon. Tout thérapeute sait fort bien que
ces trois vertus sont curatives et nécessaires à toute
transformation. Les plus grandes blessures humaines sont relationnelles :
abandon, trahison, rejet, jugement. Paradoxalement, les
blessures relationnelles ne se guérissent que par d’autres
relations plus saines, plus sincères et plus confiantes. Comme je le crois
profondément, les gens blessés blessent les autres, mais
les gens guéris guérissent les autres. Encore une fois, de larges
segments du christianisme ont perdu de vue cette fonction
thérapeutique de l’Église. Lorsqu’il cherchait à expliquer
aux chrétiens de Corinthe et à ceux de Rome ce qu’était en fait
l’Église, l’apôtre Paul a été inspiré à utiliser une métaphore
révolutionnaire : celle du corps humain. Bien avant que la
psychologie puisse saisir toutes les subtilités qui régissent les
rapports humains, l’apôtre Paul avait compris « l’Église ». Elle est
comme un corps humain
«
dont les membres prennent soin les uns des
autres.
»45
Il a expliqué que les différents membres de ce corps
n’ont pas tous la même fonction. Il dira de certains
qu’ils sont plus faibles et qu’ils ont besoin d’être entourés46
et soulignera que
«
lorsqu’un membre souffre, tous souffrent et que si
un membre est honoré, tous se réjouissent avec lui. »47
Paul avait réalisé la puissance et l’impact des relations que les gens ont les uns
avec les autres. Il avait compris aussi les principes et les vertus
thérapeutiques qui animent les petits groupes et cela bien avant
les découvertes des sciences humaines modernes. Dans l’Église
du Nouveau Testament, nous trouvons des relations
humaines significatives,48
un soutien mutuel,49
un amour inconditionnel50
et une absence de jugement51.
Permettez-moi d’illustrer tout
cela avec l’histoire du Révérend Samuel Shoemaker. Son nom
ne vous dit peut-être pas grand-chose, mais vous
connaissez certainement les A.A. ou Alcooliques Anonymes. Le pasteur
Shoemaker était, dans les années trente, recteur d’une
église épiscopale à New York. Il animait
aussi un groupe de réveil (le groupe
d’Oxford) qui utilisait une série d’étapes
visant à venir en aide aux gens à travers une
croissance spirituelle. Un jour, un
alcoolique invétéré dénommé Bill Wilson vint à une de
ses réunions. C’était un cas désespéré
qui ne réussissait pas à être sobre. Il
avait commencé à boire à vingt-deux ans
et avait été hospitalisé à quatre
reprises. Il boira pendant dix-sept ans,
ruinant sa santé et sa carrière.
À cette époque, l’Église rejetait
les alcooliques en considérant leur problème comme un
vice et eux-mêmes comme de fieffés pécheurs
impossibles à convertir. Mais Samuel Shoemaker croyait l’inverse. Il
disait que l’Église n’était pas un musée pour les saints, mais un
hôpital pour les pécheurs. Il croyait fermement que
l’application des principes bibliques, de façons concrètes et pratiques dans
la vie des gens, pouvait les aider et les transformer. Au contact des enseignements de
Samuel Shoemaker, Bill Wilson (mieux connu sous le nom de
Bill W.) se convertit et devint sobre pour la première fois
après plusieurs années de tentatives. De cette guérison de
l’alcoolisme naquit dans le coeur de Bill W. un désir d’aider les
alcooliques, ses semblables. Il en émergea le mouvement mondial des
Alcooliques Anonymes mais aussi, surtout, un puissant
outil de guérison et de rétablissement : les douze étapes.
Par leur mise en pratique, des millions de personnes ont depuis
cette époque trouvé libération, restauration et guérison. Bill
Wilson dira plus tard que l’inspiration de ces douze étapes
provient directement des enseignements et de la prédication
de Samuel Shoemaker. De nos jours, les groupes de soutien
font partie intégrante de toute démarche de guérison et de
rétablissement. Lors du vingtième anniversaire des Alcooliques
Anonymes, Samuel Shoemaker déclarera publiquement ce qui suit
: «Je crois que les A.A. ont pris leur inspiration, ainsi que
l’impétuosité de leurs principes, directement des croyances et des
pratiques de l’Église. Peut-être que l’Église a besoin d’être
réveillée et revitalisée à nouveau par ses propres principes…»52
Il avait raison. Depuis ce temps, de larges portions de la chrétienté
ont redécouvert l’essence, la portée de l’église locale dans la
vie des gens. Il existe tout près de 3 millions de groupes de
soutien aux États-unis qui rassemblent près de vingt millions
de personnes. Les recherches confirment presque unanimement
qu’ils sont efficaces dans le soutien qu’ils apportent aux gens.
Tous varient dans leur personnalité, mais ils ont en
commun de constituer un réseau de soutien unique53.
Et il est démontré que le plus grand dispensateur de soins demeure
l’Église. Elle n’est pas un théâtre où l’on assiste à une belle
représentation, mais une expérience où la participation est vitale.
Stéphane Laporte, chroniqueur au
journal La
Presse,
traduit fort bien les attentes que des
milliers de gens ont envers l’Église. Sans trop comprendre les
subtilités théologiques et sans trop connaître les Saintes Écritures,
la plupart imaginent fort bien ce que devrait être une Église.
Laissons Stéphane Laporte nous l’exprimer :
«L’Église devrait être le lieu de
rassemblement de tous les gens qui veulent aider, de tous
les gens qui militent pour la paix, de tous les gens qui
luttent contre la pauvreté. [...] On y ferait la quête pour
aider les démunis pendant que les jeunes chanteraient
l’espoir. On pourrait aussi y faire des nuits de la poésie.
Bref, l’Église devrait accueillir toutes les formes de prières.
Quand quelqu’un du quartier vivrait un malheur, c’est à
l’église qu’on se rassemblerait pour le soutenir, pour l’aider.
Pas besoin d’attendre qu’il meure. [...] que l’Église devienne
le lieu où l’on va quand on ne sait plus où aller... Ne
laissons pas les églises mourir. [...] Parce que ceux qui l’ont
bâtie avaient la foi. Et ça, ça paraît. Même pour quelqu’un qui
doute. Une église dans une rue, c’est du
Bach entre deux solos de drum*. Il faut que nos
gouvernements votent une loi pour que toutes les églises soient
classées monuments historiques. Et que les églises demeurent des
églises jusqu’à la fin des temps. [...] Vous direz que cet
appel venant d’un gars qui n’est pas allé à l’église depuis
une éternité ne vaut pas grand-chose. Peut-être. [...]
C’est vrai que je ne vais pas à l’église, mais je sais que j’en ai
besoin. Au fond, c’est un peu comme un hôpital. L’hôpital de
l’esprit. Tant qu’on va bien, on vit dans le
monde. Et on fait ses affaires. Mais quand arrive un
coup dur, on a besoin d’un endroit pour panser ses
plaies. Un endroit pour guérir. Quand la vie me fera mal,
quand je perdrai un être cher, quand je ne trouverai plus
de sens à mon existence, je vais sûrement avoir besoin
d’une église. Pour me retrouver. J’espère qu’il y en
aura encore »54.
En conclusion
L’Église a survécu à près de vingt
siècles de changements et d’évolution. On a tenté de la
radier de la surface de la Terre, mais elle a subsisté. Elle s’est
parfois endormie mais a toujours fini par se réveiller. Elle s’est
parfois égarée mais est toujours revenue sous une forme ou une
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