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Introduction Le moment où ce livre a commencé

Chapitre 1 Des millions de personnes ébranlées, secouées et intriguées par Le Code Da Vinci

Chapitre 2 La mythomanie et le terrible message du Code Da Vinci

Chapitre 3 La misogynie de l’Église chrétienne selon Le Code Da Vinci

Chapitre 4 Le mysticisme, le gnosticisme et les évangiles manquants

Chapitre 5 La misanthropie et la méchanceté de l'Église chrétienne selon Le Code Da Vinci

Chapitre 6 La science moderne, la main du Créateur et Le Code Da Vinci

Chapitre 7 Le maître Leonardo, la Mona Lisa et le véritable mystère du Code Da Vinci

Les mensonges du

Code Da Vinci

Par Claude Houde

Le moment où ce livre a commencé

« Qui les hommes disent-ils que je suis ? » Question de Jésus à ses disciples, Évangile de Matthieu, chapitre 16 versets 13 à 15.

J e me souviens précisément de la première fois où j’ai entendu parler du livre «Le Code Da Vinci». C’était en 2004, alors que j’étais le conférencier invité d’un immense rassemblement de jeunesse chrétien où étaient réunis plus de 3 500 jeunes. La musique était formidable, contemporaine, teintée de rock moderne et progressif, de gospel, de jazz, le tout mené par des musiciens, chanteurs et artistes chrétiens aux talents à couper le souffle, tous animés d’une passion indéniable, tellement belle à voir et à vivre.

Ces jeunes venaient de France, des quatre coins de l’Europe, de l’Afrique et des îles francophones. Ils étaient Français, Québécois, Africains, Haïtiens, Suisses, Belges, Guadeloupéens, vivant à Paris même ou à Papeete en Polynésie française au beau milieu du Pacifique. Les soirées auxquelles je participais étaient retransmises sur Internet et des milliers de jeunes à travers le monde ont vécu ces moments avec nous. Ils étaient tous très différents : des étudiants, des sportifs, des « intellos », des «skaters», des «écolos», des «bloggeurs», aux cheveux longs, courts, rasés, blonds, bruns, noirs, rouges ou bleus ! J’ai participé à de tels rassemblements chrétiens partout au Québec et dans le monde entier. Ces adolescents et jeunes adultes sont débordants d’énergie mais souvent fragiles, meurtris, révoltés ou blessés, vivant leur jeunesse avec toutes les peurs, les angoisses, les combats, les insécurités et les questions que soulève le monde moderne. Ils veulent réussir, être heureux, trouver un travail, être aimés, écoutés et respectés, poursuivre leurs études, faire carrière, rencontrer quelqu’un, connaître l’amour, fonder une famille, avoir des enfants. Cette jeunesse chrétienne est tellement belle à mes yeux, tellement pleine de potentiel, tellement «normale». Ces jeunes ont trouvé dans les évangiles et le message de Christ un espoir véritable, un souffle de vie et de force. Leur foi est vraie, lucide, intelligente, pleine de questionnements, remarquablement directe, franche et elle exige l’authenticité.

Un soir, durant ce grand rassemblement qui était à lui seul un véritable festival chrétien de musique, d’art dramatique, de danse, de chansons, avec des moments intenses de prière, de réflexion et d’appels à l’implication humanitaire, à la justice sociale, au pardon et à une foi active et passionnée, j’ai rencontré un jeune homme extraordinaire. Son nom est José Edmilson. C'est une vedette de football professionnel européen (soccer) sur un continent où les joueurs de football sont des idoles sportives comme les Wayne Gretzky ou Sydney Crosby le sont ici en Amérique du Nord. Edmilson est grand, fort, talentueux. C’est un athlète avec une carrière incroyable qui a réussi à gagner la Coupe de France et la Coupe du Monde dans la même année ! Quand son équipe a remporté la victoire pour son pays, le Brésil, ce joueur étoile a couru au milieu du terrain devant des centaines de millions de téléspectateurs et a enlevé son maillot pour dévoiler un T-shirt qui déclarait « Jésus est Seigneur. » Ce soir-là, à mes côtés, à Paris, il a raconté un témoignage de vie, d’espoir, de foi, rempli d’humour, de simplicité et d’humanité. Il a parlé de la douleur des foyers brisés, du suicide, de la laideur du racisme sous toutes ses formes; il a parlé d’un Dieu proche de ceux qui souffrent ou de ceux qui se tournent vers lui avec un coeur ouvert et des mots simples et sincères.

C’est alors que se terminait une de ces soirées magnifiques où j’avais défié les milliers de jeunes présents à une foi en action, une foi qui se donne pour les autres, que l’idée d’écrire ce livre Les mensonges du Code Da Vinci a commencé à naître en Les mensonges du Code Da Vinci moi. J’avais appelé les jeunes à prendre un engagement de générosité, à agir concrètement envers les plus défavorisés de leur quartier ou à se joindre à nous dans un voyage humanitaire dans des pays comme Haïti ou le Mexique. Je leur ai présenté le rêve et la possibilité de vivre, au XXIe siècle, le message radical de Christ qui nous appelle à avoir une compassion telle, que nous sommes « touchés au point de faire quelque chose. »

J’ai entendu les mots « Le Code Da Vinci » pour la première fois alors que j’accordais une entrevue à un journaliste français qui, interloqué devant cette marée humaine si jeune et pourtant si fervente dans sa foi chrétienne, me posa comme première question : «À notre époque de Code Da Vinci, de cynisme et de mépris pour l’Église démasquée, comment expliquez-vous un tel rassemblement de jeunesse chrétien ? »

N’ayant jamais entendu parler du livre de Dan Brown, j’ai demandé au journaliste de m’expliquer en quelques mots de quoi il s’agissait. «C’est un roman historique qui va faire des remous partout dans le monde parce qu’il dévoile la vérité que les chrétiens ont essayé de cacher depuis des siècles sur Christ et l’Église ». Depuis, j’ai lu le Code Da Vinci et je ne suis pas le seul. Le livre s’est, à ce jour, vendu à plus de trente millions d’exemplaires et a été traduit en quarante langues. Le film, Le Code Da Vinci, inspiré de ce roman et réalisé par Ron Howard, mettant en vedette Tom Hanks, Audrey Tautou et Jean Reno, a été choisi comme film d’ouverture pour le prestigieux festival de Cannes et connaîtra sans doute un succès planétaire retentissant qui multipliera les ventes du livre. Appelé le «Harry Potter » des adultes, il a des centaines de sites Internet qui lui sont consacrés. Des dizaines de milliers de personnes font de ce livre leur sujet de clavardage et de conversation et discutent le Code Da Vinci. C’est un roman bien écrit au rythme frénétique et excitant, au récit nerveux et palpitant. Il y a des méchants et des héros, une histoire d’amour, du mystère, des théories de complots, des meurtres, de l’action, un suspense et un rebondissement hallucinant à la fin de presque chaque chapitre. En bref, c’est un polar habilement ficelé qui nous accroche vraiment. Cependant, si j’ai intitulé mon livre « Les mensonges du Code Da Vinci», c’est parce que sous des allures de « roman historique », ce best-seller est absolument truffé de faussetés.

Le livre commence par cette déclaration : « Les faits : Toutes les descriptions de monuments, d’oeuvres d’art, de documents et de rituels secrets évoqués sont avérées (véritables, authentiques). »

J’ai décidé de prendre la plume afin de prouver et de démontrer par les faits, de manière logique, vérifiable et historique, que cette affirmation, tout comme plusieurs autres «affirmations chocs » du Code Da Vinci sont également sans fondement, ridicules, erronées et très souvent sans aucun appui factuel. Contrairement à ce que prétend ce livre, j’aimerais établir, illustrer et confirmer grâce à l’Histoire et par des faits documentés, vérifiables et très clairs, que Jésus n’a jamais été marié à Marie-Madeleine, que les Évangiles sont dignes de confiance, que Christ et l’Église ne sont pas contre la femme, que la Science et la foi ne sont pas ennemies, et que l’Église n’est pas ce monstre meurtrier entièrement fondé sur une fumisterie cachée depuis des siècles.

Déjà des dizaines de livres, de thèses et d’articles ont été écrits par des scientifiques, des historiens, des docteurs en théologie et des experts dans des domaines aussi variés que l’archéologie, l’ethnologie, l’étude des civilisations et des religions mondiales pour dénoncer les fabulations du Code Da Vinci. Des centaines de sites Internet ont mis en ligne des dizaines de milliers de pages répertoriant et soulignant méticuleusement les innombrables erreurs, faussetés et exagérations de ce pseudo «roman historique. »

Le problème c’est qu’une grande majorité des gens, qui vont lire le livre ou voir le film «Le Code Da Vinci», n’a pas les outils pour comprendre sa malhonnêteté intellectuelle et historique, le ridicule des affirmations qui y sont faites et pour en saisir l’arrière-pensée ou l’intention profonde. J’ai été surpris et interpellé de découvrir qu’il y a des centaines de sites de discussion sur Internet où des milliers de personnes de tous les âges expriment leurs commentaires et opinions sur les «révélations» du Code Da Vinci. Des milliers d’entre eux, pensant lire un roman avec une trame historique sérieuse, sont «secoués dans leur foi» ou, malheureusement, encore plus désabusés, Les mensonges du Code Da Vinci sous des allures de « roman historique », ce best-seller est truffé de faussetés. amers ou méfiants envers Christ, la foi ou l’Église. Les chrétiens ne savent pas trop quoi répondre et, ce qui paraît comme quelque chose de spéculatif et de risible aux yeux de milliers d’érudits, d’historiens et d’experts reconnus, devient «une perspective fascinante» ou une «conspiration dévoilée» pour des millions de lecteurs du Code Da Vinci.

Réécrire l’Histoire est une pratique dangereuse. Si quelqu’un écrivait un « roman historique » sur la dernière guerre mondiale, en parsemant ses pages d’évènements historiques connus et de personnages ayant réellement existé, tout en intercalant dans son récit des évènements fictifs, se baladant entre réalité et fiction, et qui finalement en viendrait à la conclusion que l’Holocauste n’a jamais eu lieu, cela ferait scandale. Le Code Da Vinci attaque la véracité du témoignage historique de la venue, du message et de la vie de Christ sur terre. La question de Christ à ses disciples, «Qui les hommes disent-ils que je suis ? » est donc brûlante d’actualité. Ce livre est pour le Québec et la Francophonie. Dans un article paru en décembre 2004 intitulé «Des nouvelles de Dieu», le quotidien montréalais La Presse divulguait les résultats d’un sondage qui indiquaient qu’une grande majorité de Québécois et de Québécoises croyaient en Dieu et à la résurrection du Christ comme un fait historique et souhaitaient donner une dimension spirituelle à leur vie. C’est pour eux que j’écris. Pour les milliers de jeunes qui lisent le Code Da Vinci comme livre de texte dans leur cours de français ou de sciences morales. Pour tous les croyants, catholiques, protestants, évangéliques, charismatiques et de toutes les confessions qui forment la grande mosaïque chrétienne. Ce livre est pour mes enfants et les vôtres. Le christianisme n’a pas à avoir peur de la vérité, des faits et du témoignage de l’Histoire. Christ est le Fils de Dieu et il est véritablement ressuscité. La foi chrétienne, la perspective biblique et la Science marchent ensemble depuis des siècles et les découvertes scientifiques les plus récentes ne font que confirmer et fortifier cette harmonie. Il y a un peuple chrétien, intègre et droit, présent dans l’Histoire et actif dans notre monde moderne. Forte de centaines de millions de personnes, cette Église combat pour les droits de la femme, proclame son égalité et sa valeur en lui donnant entièrement accès au leadership dans toutes les sphères et les ministères de l’Église, luttant farouchement pour sa reconnaissance et son épanouissement. Il y a une Église chrétienne vivante et dynamique au Québec et sur toute la terre qui, loin d’être la machine cupide, sanguinaire, despotique et meurtrière du Code Da Vinci, est dans les faits, belle, généreuse et protectrice de ceux qui souffrent, qui sont oubliés ou maltraités. L’Église actuelle au Québec et dans le monde, celle que je désire vous faire découvrir, est éprise de justice et porteuse de respect, de dignité et d’espoir au nom de Christ. Cette Église est présente dans les pires endroits du monde comme elle l’est aussi tout près de chez vous. « Qui les hommes disent-ils que je suis ? », demanda Jésus il y a 2000 ans… «À notre époque du Code Da Vinci, comment expliquez-vous la foi chrétienne à notre monde moderne? », me demanda le journaliste français… Voici ma réponse. Les mensonges du Code Da Vinci

«C’est l’ignorance aveugle qui nous permet d’être trompé ! Mentir est tellement vil que cela nous enlève un peu de la grâce de Dieu. La vérité est à ce point excellente que même lorsqu’elle se manifeste dans les plus petites choses, elle les rend nobles. La vérité est la nourriture des vrais grands penseurs, bien que les charlatans et les idiots ne la connaissent pas ! »                     Léonard De Vinci1 « Ce que je veux dire », répliqua Teabing, « c’est que la presque totalité de tout ce que nos pères nous ont enseigné concernant le Christ est faux. » Dan Brown, Le Code Da Vinci2

Le Code Da Vinci commence avec un meurtre sanglant au Musée du Louvre à Paris. Les policiers appellent à la rescousse Robert Langdon, un professeur de symbolique religieuse de Harvard en visite dans la Ville lumière, afin de les aider à résoudre l’énigme des mystérieux indices et symboles écrits avec du sang sur et autour du cadavre. La résolution de cette énigme par Langdon (joué dans le film par Tom Hanks, un des acteurs les plus célèbres et respectés d’Hollywood) et la séduisante cryptographe de la police, Sophie Neveu, les conduira à d’autres indices cachés à la vue de tous dans les oeuvres d’art de Léonard de Vinci.

Langdon apprend que le conservateur en chef du Louvre qui vient d’être assassiné, Jacques Saunière, était non seulement le grand-père de Sophie Neveu, la policière qui fait enquête avec lui, mais aussi le Grand Maître d’une société secrète millénaire, «le Prieuré de Sion». Selon le Code Da Vinci, cette organisation compte parmi ses membres à travers l’Histoire, des personnages illustres tels qu’Isaac Newton, Sandro Botticelli et Léonard de Vinci. L’homme assassiné dans les premières pages du livre est en fait le détenteur et gardien d’un terrible secret qui, s’il était révélé, menacerait l’existence et la survie de l’Église chrétienne. Jacques Saunière meurt en essayant de protéger le site où se trouve la preuve de l’existence et de la signification du Saint-Graal. Alors qu’il agonise, son meurtrier lui dit : «Après votre disparition, je serai le seul à connaître la vérité.»3 L’histoire complexe du Code Da Vinci est truffée de suspense, de complots, d’intrigues et de conspirations. L’enquête de Langdon et de Sophie Neveu devient une course haletante et effrénée dans les rues de Paris et de Londres avec, à leurs trousses, la police française, un meurtrier albinos et un homme mystérieux qui orchestre cette poursuite mortelle. Des symboles et des énigmes de plus en plus complexes, une intrigue riche en rebondissements et un suspense à couper le souffle les conduisent jusqu’à l’hallucinante conclusion de cette affaire et la découverte du Saint-Graal (et le héros en plus « gagne le coeur de la fille ! ») Tout au long du roman, Robert Langdon enseigne à Sophie Neveu le code et le moyen de trouver le seul « vrai » Saint-Graal. Nous découvrons que le Graal n’est pas ce que nous pensions ou ce dont nous avions entendu parler dans les légendes du début de la nuit des temps. (Vous souvenez-vous d’Indiana Jones, joué par Harrison Ford, à la recherche du Saint-Graal ?) Le Graal, selon Langdon, est un si grand secret que, s’il était dévoilé, le christianisme moderne disparaîtrait. Ce n’est pas un objet que l’auteur, Dan Brown, veut nous faire découvrir à travers son protagoniste. Ce n’est pas non plus l’emplacement secret de cette icône religieuse où tant de personnes, selon Le Code Da Vinci, sont mortes afin de protéger ce secret. Les légendes passées suggèrent que le Saint-Graal, s’il existe, serait la coupe dans laquelle Christ but lors de son dernier repas avec ses disciples et qu’elle fut utilisée par la suite par Joseph d’Arimathée pour recueillir le sang du Christ crucifié4. Mais selon les personnages de Dan Brown – l’enquêteur Langdon et le professeur Teabing – le vrai Graal n’est pas un objet, mais bel et bien une personne.

« Le Saint-Graal est Marie-Madeleine… La mère de la lignée royale de Jésus-Christ. »5 Brown avance que Marie-Madeleine et Jésus étaient mariés et qu’ils eurent un enfant ensemble. Selon le Code Da Vinci, à la mort de Jésus, Marie fuit les autres disciples qui étaient jaloux de la relation qu’elle avait avec lui et elle vécut dans une communauté juive, en France, avec son enfant. Les personnages de Dan Brown soutiennent tout au long du livre qu’il y a des preuves de cette affirmation qui ont été gardées et protégées depuis l’époque des Croisades par une organisation secrète millénaire connue sous le nom de « Prieuré de Sion ». Ils annoncent triomphalement que les évangiles connus sont sans valeur et que des évangiles manquants, désespérément cachés par l’Église, témoignent de révélations au sujet de Marie-Madeleine. Elle aurait été en réalité la véritable mère de l’Église et Christ, lui-même, et ses disciples n’auraient jamais pensé qu’il était le Fils de Dieu.

Ces théories bizarres, ésotériques et mystiques ne sont pas nouvelles. En fait, Brown fait librement référence à d’autres ouvrages dans le Code Da Vinci. Ces ouvrages explorent et exploitent depuis des siècles les théories de la soi-disant relation entre Jésus et Marie-Madeleine. Une des sources les plus citées par Dan Brown est un livre intitulé Holy Blood, Holy Grail (l’Énigme sacrée), paru en 1982 dont les auteurs sont Michael Baigent, Richard Leigh et Henry Lincoln6. Le nom de Leigh Teabing, personnage fictif qui dévoile un grand nombre des «mystères et complots» du livre de Brown est en fait un amalgame des noms Baigent et Leigh. L’hypothèse farfelue concernant la relation entre Marie-Madeleine et Jésus existe marginalement depuis des siècles ; ce n’est qu’un vieux plat réchauffé, servi avec une sauce moderne. Des millions de personnes ébranlées, secouées et intriguées...

Pourquoi est-ce que je crois nécessaire de répondre maintenant à une telle aberration ? Pourquoi confronter ce que nous présente Le Code Da Vinci ? Plusieurs millions de lecteurs l’ont lu et perçu comme un simple roman à mystère. Par contre, des millions d’autres, croyant lire un roman basé sur des faits historiques, sur une recherche sérieuse et donc digne de confiance, semblent maintenant confus au sujet de qui Jésus est véritablement. Un nombre surprenant de gens se détournent de ce qu’ils croyaient vrai pour s’enivrer de cette bizarre mixture de déclarations fracassantes, présentée comme une oeuvre historique à l’intérieur d’une oeuvre de fiction. David Klinghoffer, auteur et écrivain, bloggeur lu par des centaines de milliers d’internautes, résume la pensée de centaines d’analystes et observateurs lorsqu’il exprime, dans le National Review, ce qu'il croit être le grand danger de l’histoire de Brown.

«Ce qui est en jeu dans Le Code Da Vinci n’est rien de moins que le christianisme traditionnel lui-même… Le fondateur et personnage central du christianisme aurait eu une fille, Sarah, de Marie-Madeleine. Si c’était vrai, cette théorie, pourtant taillée en charpie par les historiens les plus sérieux et cités du monde attaque les croyances fondamentales des chrétiens».7

«Si c’était vrai.» Des mots extrêmement importants. Si Dan Brown disait simplement inventer une oeuvre de pure fiction qui mêle des évènements et personnages historiques à des intrigues, histoires et récits fantastiques et fantaisistes, alors notre livre ne serait absolument pas nécessaire. La folie, c’est que Brown prétend maintenant devant des millions de lecteurs qui n’ont pas étudié la Bible, l’Histoire, la théologie ou la naissance des grandes religions du monde, que ses écrits sont vrais ! Alors qu’il était interviewé sur le réseau américain NBC, lors de l’émission très populaire du matin The Today Show, Brown a essayé, avec arrogance et malhonnêteté, sous la pluie d’attaques de professeurs d’université, d’experts et d’historiens, de défendre la prémisse et la véracité des faits et informations trouvés dans son livre. Comprenez bien que plusieurs dizaines de millions d’Américains regardent chaque jour The Today Show. Aussi, Brown avait une bonne opportunité de laisser son bouquin être reconnu et considéré pour ce qu’il est, un roman de fiction.

L’intervieweur, Matt Lauer : Quelle proportion de votre livre est basée sur la réalité, sur des évènements qui se sont réellement produits ?                              Dan Brown: Absolument tout le livre dans ses moindres détails. Le personnage de Robert Langdon est bien sûr fictif, mais toutes les informations sur l’art, l’architecture et les rituels secrets sont de vrais faits historiques 8.

Il faut noter que les entrevues accordées par Dan Brown sont extrêmement rares. Il refuse systématiquement toutes les propositions de débat ou de discussion qui lui sont offertes par des historiens, des théologiens ou des professeurs de séminaires ou d’universités spécialisés en histoire, théologie ou archéologie. Il y a une raison pour laquelle Brown insiste sur le fait que son oeuvre est factuelle, bien que fictive, et que les informations qu’on y lit sont véridiques. Il veut que vous puissiez «découvrir» et accepter une nouvelle perspective, une nouvelle vision de l'Histoire chrétienne, la sienne. Dans une de ses rares interviews, cette fois avec le réputé magazine littéraire Bookpage, Brown déclare :

« Un des aspects sur lequel je travaille le plus est d’insérer et de communiquer énormément d’information dans mes livres. Je veux que les lecteurs apprennent et découvrent beaucoup de faits qui leur étaient inconnus. Lorsque vous terminerez ce livre, que vous le vouliez ou non, que vous le réalisiez ou non, vous aurez appris et découvert une tonne de choses. »9

Comprenez donc que Brown se donne le mandat et la mission d’enseigner, de changer vos idées et perceptions. Comme bien des professeurs modernes, il commence la première leçon en remettant en question ce que vous avez toujours considéré comme étant incontestable. Et pour y parvenir, il utilise des déclarations incendiaires, gratuites et fracassantes :

1. Jésus a eu des relations sexuelles avec Marie-Madeleine.

2. Les disciples, apôtres et chrétiens qui ont fondé le christianisme étaient tous au courant de l'histoire de Jésus et Marie-Madeleine et ont « conspiré» pour cacher ce terrible secret.

3. Notre Bible est en fait l’oeuvre d’un politicien, Constantin, qui l’a altérée et manipulée à son avantage pour un gain sordide.

4. L’Église chrétienne est en guerre contre la femme.

5. C’est par le vote du concile de Nicée, comité mandaté par l’Église 325 ans après la venue de Jésus, que l’on déclara que Jésus était « Fils de Dieu ». Avant cela, il était simplement considéré comme un grand homme.

Il y a tout un bataillon d’universitaires sérieux qui s’écrient aussitôt : « Nous ne pouvons pas accepter ces théories farfelues et indéfendables honnêtement et intelligemment. »10 Après tout, nous avons les faits historiques pour prouver hors de tout doute que ce que Brown prétend par la bouche de ses personnages est faux. Toutefois, Brown a ses propres idées concernant l’Histoire et la façon dont nous pouvons en faire varier les interprétations. Il dit :

« Il est intéressant de noter que depuis le commencement des temps, selon moi, l’Histoire a été écrite par "les gagnants" ou les "conquérants" (winners en anglais). Je veux que vous compreniez que ce sont les sociétés et systèmes de croyances qui ont conquis et survécu, qui écrivent vraiment l’Histoire. Plusieurs penseurs modernes croient maintenant, comme je le crois aussi, que lorsque nous jaugeons la véracité historique d’un concept ou d’un autre, nous devrions premièrement nous poser une question beaucoup plus profonde : jusqu’à quel point l’Histoire elle-même est historiquement véridique ? »11

Avec cette seule question, Brown nous révèle énormément de choses sur lui-même et met au rancart toute la tradition et l’accumulation de faits historiques acceptés, toute la jurisprudence factuelle que la race humaine a bâtie à travers les siècles. Cette pensée est le sable mouvant sur lequel repose et s’enfonce la fondation même de la méthode de recherche exhibée par Dan Brown dans le Code Da Vinci12.

Cette pensée philosophique de plus en plus envahissante de l'extrémisme postmoderniste dilue, attaque, limite et rend même impossible la rigueur nécessaire à une interprétation historique sérieuse.

Ce questionnement perpétuel et cette mise en doute existentielle et historique constituent une approche intellectuelle dangereuse et bien présente dans notre société moderne. C’est aussi un écho de l’attitude de déresponsabilisation et de la neutralité amorale trouvées dans la célèbre question de Pilate : «Qu’est-ce que la vérité ? »13 Alors que ce procurateur est appelé à évaluer «l’histoire » de Jésus et qu’il se trouve face à un homme que les faits prouvent entièrement innocent, il le condamnera quand même à mort. Comme nous pouvons le constater, se « laver les mains » des faits historiques n’a pas commencé avec Dan Brown.

L’Histoire en question

En mettant de côté l’obligation que nous avons de respecter la notion de vérité historique et objective selon des barèmes vérifiables et reconnus, nous n’avons plus rien de solide à quoi nous accrocher. Nous nous retrouvons à la dérive sur un océan de confusion et de spéculation ! La philosophie et la méthodologie « Brownesque » ou « Code Davincienne » d’interprétation et de réécriture de l’Histoire consistent à systématiquement ignorer, sur des siècles, les centaines de manuscrits et un grand nombre de découvertes confirmant, par des fouilles archéologiques minutieuses, la véracité et l’authenticité des Évangiles. Dan Brown choisit de mépriser systématiquement la manne d’informations crédibles et reconnues par l’Histoire qui oppose de quelque façon ses théories, pour ensuite monter en épingle quelques documents isolés et baroques qui n’étaient même pas considérés viables par leurs contemporains au moment où ils ont été écrits. Il rejette du revers de la main la quasi-totalité des écrits historiques reconnus

Il rejette du revers de la main la quasi-totalité des écrits historiques reconnus par le monde scientifique dans les domaines de l’archéologie et de l’histoire… par le monde scientifique dans les domaines de l’archéologie et de l’histoire, parce que des portions de cette histoire ont été écrites et rapportées par des historiens chrétiens et que selon lui «ce sont les gagnants et les conquérants qui en influencent l’interprétation et le sens».

Comme vous allez le découvrir dans les prochains chapitres, l’auteur à succès a le chic pour faire des déclarations fracassantes qui ne tiennent absolument pas la route dans «une galaxie près de chez nous» appelée réalité! Un regard lucide et honnête sur l’œuvre des historiens à travers les siècles permet effectivement de constater que les conquérants tentent parfois de cacher, de couvrir, de réprimer ou d’influencer les faits et les évènements à leur avantage14. Toutefois, l’incontournable et triomphante réalité des écrits historiques modernes brille par le témoignage irréprochable des protagonistes - ceux qui ont vécu les drames et les tragédies - des survivants et des exploités. Des atrocités du Goulag à Auschwitz, Dachau, et les six millions de Juifs exterminés pendant l’holocauste nazi, les faibles, les abusés, les victimes et les survivants parlent puissamment. Des massacres de purification ethnique de la Bosnie Herzégovine aux 800 000 victimes du génocide tribal au Rwanda, les despotes, les tyrans et les meurtriers de l’Histoire n’arrivent pas à effacer ou à faire taire la voix des victimes. L'empreinte de ce qui est vraiment arrivé ne peut pas, en bout de ligne, être effacée par les forts. Les évènements et les faits peuvent être bâillonnés pour un temps, mais ce qui est jeté au fond du lac de la corruption, de la méchanceté, du camouflage et de la fourberie historique remonte toujours inexorablement à la surface de la connaissance humaine. Le plus ironique concernant la logique tordue de Brown c’est que, lorsque vous réalisez les faits de l’histoire chrétienne, vous comprenez que ce ne sont pas des «gagnants» ou des «conquérants », mais plutôt des faibles, des minorités, des persécutés et des martyrs chrétiens qui ont majoritairement écrit les récits de la vie de Christ, de sa mort, de sa résurrection15 et de l’Église16. La tradition historique et les écrits d’historiens non chrétiens juifs, grecs, romains et autres, nous permettent de réaliser que la plupart des disciples, apôtres et pères de l’Église ont proclamé leur témoignage de Christ souvent au prix de leur vie. Ils ont été torturés, brûlés vifs, affamés, fouettés à mort, sciés en deux, noyés ou jetés aux lions à cause de leur foi en Christ17. Et ce que Brown suggère dans son livre c’est qu’ils sont morts en martyrs pour ce qu’ils savaient être une supercherie !

Il prétend ainsi que les disciples et fondateurs de l’Église chrétienne sont allés jusqu’à la mort les uns après les autres en proclamant que Christ était le Dieu parfait, le Christ ressuscité et le rédempteur de l’humanité, entièrement homme et entièrement Dieu, sans péché, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde; cela tout en sachant qu’il était marié à Marie- Madeleine ! Ces mêmes disciples n’auraient en fait considéré Jésus que comme un grand homme porteur d’un bon message, vivant la routine de sa petite vie domestique ! En réalité, ce qui est arrivé après la résurrection de Christ est sans précédent dans l’histoire de l’humanité. En l’espace de quelques années, un petit groupe de croyants qui semblait sans éducation, sans ressources, sans ascendant et sans possibilité de survie, réussit à influencer et bouleverser les empires de son époque. Le docteur Paul L. Maier, professeur d’Histoire antique de l’université Western au Michigan, fait cette remarque :

« Bien qu’il soit saisissant, émouvant, mais concevable qu’ils aient enduré et subi le mépris, la persécution, le rejet, la perte des membres de leurs familles, la torture et même la mort par les martyres les plus violents et cruels pour ce qu’ils croyaient fermement être la vérité, c’est absolument inconcevable qu’ils puissent avoir été prêts à mourir pour ce qu’ils auraient su être un mensonge. »18

Comme le docteur Simon Greenleaf, célèbre professeur de droit et docteur d’histoire à l’université Harvard le dit si éloquemment:

« Si cela avait été moralement possible pour eux d’avoir été trompés dès le début au sujet la perfection du message et du témoignage christologique, chaque motif humain opérait pour les conduire avec une rapidité fulgurante à découvrir leur erreur, car si leur témoignage ne s’était pas avéré au fil des années, il n’y avait absolument aucune motivation possible pour le sacrifice de tout ce qui leur était précieux, jusqu’à la mort même au nom de ce qui aurait été une fabulation. »19

Tel que cet expert l’explique, les disciples de Jésus furent profondément et miraculeusement transformés par la résurrection. Pierre, qui à une époque avait été tellement apeuré d’être reconnu comme un disciple du Christ qu’il l’avait alors lâchement et sinistrement renié, blasphème à l’appui, fut transformé en un véritable lion de la foi. Selon la tradition historique, il fut crucifié en 64 après Jésus-Christ, sous la persécution de Néron, la tête en bas, parce qu’il ne se considérait pas digne d’être crucifié comme son Seigneur20. Jacques, le frère de Jésus, qui avait détesté et méprisé tout ce que son frère représentait, se nommera lui-même après la résurrection de Christ, « le serviteur de Jésus-Christ. »21 Il devint non seulement pasteur et leader de l’église chrétienne de Jérusalem, mais il mourut en martyr pour sa foi. Eusèbe de Césarée, un historien juif irréprochable de l’époque, décrit comment Jacques fut jeté en bas du pinacle (le toit) du temple et fut par la suite lapidé à mort22. Presque chaque disciple subit un sort similaire. L’apôtre Paul fut radicalement transformé. Alors qu’il avait été un persécuteur assoiffé de sang de l’Église chrétienne, il devint l’apôtre, le prédicateur et le messager le plus influent de l’histoire du christianisme23. Ses écrits sont considérés, tant par les historiens chrétiens que séculiers parmi les plus rigoureux, comme étant les plus anciens, les plus solides et les plus crédibles. Paul souffrit de manière atroce et fut décapité sous la persécution de Néron. Pierre, Jacques et Paul ne furent pas les seuls à vivre une transformation radicale par la puissance du témoignage de la résurrection de Christ.

Comme l’écrit l’historien et philosophe le docteur J. P. Moreland:

« Quelques semaines et mois à peine après la résurrection de Christ, des centaines de communautés et des dizaines de milliers de Juifs étaient prêts à abandonner toutes les traditions sociales, religieuses, économiques, théologiques et familiales qui avaient tissé leur identité nationale pendant des siècles pour suivre et vivre le message du Christ ressuscité. Ils ont changé le monde. »24

La logique de l’auteur exprimée au travers des protagonistes du Code Da Vinci est inacceptable moralement et intellectuellement. Brown rejette la plus grande partie de l’Histoire acceptée et reconnue parce qu’elle a été écrite par l’Église, et parce que ce sont, selon lui, les « gagnants » qui écrivent l’Histoire. Pourtant, il dit que tout ce qu’il présente dans le Code Da Vinci est « un fait historique ». Alors, qui sont les nouveaux « gagnants » de qui Brown dépend pour sa version de l’Histoire ? Il est évident que les « gagnants » sont ceux qui sont d’accord avec son interprétation, sa version de Jésus, de Marie-Madeleine et des enseignements de la Bible. Son penchant pour tout ce qui est contre l’Église chrétienne et ses positions et préjugés anti-Évangile sont évidents, sans fondement ni discernement ni rigueur intellectuelle.

Écoutez les héros du Code Da Vinci :

«Le Nouveau Testament est entièrement basé sur des légendes, des mensonges et des fabulations…»

« La plus grande histoire jamais racontée est en fait la plus grande histoire jamais vendue…»

« L’église a plus de 2000 ans d’expérience à faire disparaître ceux qui menacent de dévoiler ses mensonges [...] La Bible, ma chère, est l’oeuvre des hommes et n’a rien à voir avec Dieu [...] Ma chère, lui répond Teabing, Jésus était perçu et connu par ses disciples comme un simple mortel [...] Rien dans le christianisme n’est original. Tout a été copié ou emprunté aux religions et mythologies de l’époque. »25

Les allégations de Dan Brown sont basées sur des symboles, des messages secrets enfouis dans des oeuvres d’art et des tableaux ou dans des documents anciens qui étaient ridiculisés ou considérés inacceptables historiquement à l’époque même où ils ont été écrits. Comme vous allez le lire dans les chapitres suivants, un très grand nombre de soi-disant «faits» sur lesquels Brown appuie ses théories sont aisément réfutables. Bien que l’objectif principal de ce livre ne soit pas de souligner toutes les erreurs factuelles dans le Code Da Vinci (et elles sont extrêmement nombreuses!), il me semble important de dévoiler et de confronter ses plus grands mensonges.

En terminant ce chapitre, laissez-moi vous expliquer pourquoi je souhaite faire cela. Quelqu’un pourrait me dire :

« Relaxe, vieux ! C’est seulement un roman ! » La gravité et la tragédie du roman de Brown c’est que, chapitre après chapitre, il tisse cruellement et malhonnêtement une toile mensongère dans laquelle des millions de lecteurs sont pris. Le portrait qu’il fait de Christ, de la foi chrétienne et de l’Église est non seulement faux mais il est, de surcroît, en contradiction absolue avec l’intention de Dieu manifestée dans l’incarnation de Christ et représentée par l’Église sur la terre.

Il y a quelques mois de cela, j’ai lu sur Internet un discours qui a fait beaucoup de bruit dans le Canada anglais, aux États-Unis et à travers le monde. Il a été prononcé le 12 mai 2004 par Brian Stewart au 160e anniversaire d’une des universités les plus anciennes et célèbres du Canada, le Knox College. Brian Stewart est un journaliste canadien d’expérience, très respecté dans sa profession. Animateur de l’émission d’affaires publiques et étrangères CBC News Worldview, il est en plus correspondant principal pour The National, le journal télévisé renommé de la CBC (Canadian Broadcasting Corporation).

Depuis des années, des millions de Canadiens regardent ces émissions très sérieuses. Stewart a reçu le Gemini Award du « Meilleur journaliste d’information télévisée toutes catégories», ainsi que de nombreux autres prix et récompenses journalistiques. En tant que correspondant international, il a couvert plusieurs des pires catastrophes et conflits des trente dernières années et a réalisé des reportages en direct de neuf régions où la guerre sévissait ! Avant de plonger ensemble dans le Code Da Vinci, j’aimerais tellement que vous puissiez considérer ce que Brian Stewart a découvert. Au fil des années, au gré de ses voyages autour du monde, de ses enquêtes et de ses aventures, il a constaté de visu que l'Église chrétienne sur la terre est bien différente de celle du Code Da Vinci.

Ce qui est fascinant, c’est que Brian Stewart n’est pas un théologien, ni un prêtre ou un pasteur. Il évolue depuis quatre décennies dans le monde des médias. En raison du métier qu’il exerce, l’approche cartésienne et l’esprit critique sont devenus une deuxième nature chez lui. Il pourrait être cynique.

Pourtant, il peint un portrait des chrétiens du monde qu’il est très important de considérer. Ce qu’il a vu, partout sur notre planète, ne me surprend pas. Je ne suis pas un idéaliste, un rêveur qui fait l’autruche et qui prétend ne pas voir les faiblesses de l’Église chrétienne tout au long de son histoire ainsi qu'à notre époque. Malgré mon amour pour elle je demeure aussi un de ses plus sévères critiques. Ses taches et tragédies dans l’Histoire sont nombreuses, horribles ; chaque chrétien lucide et honnête devrait le reconnaître.

Le Code Da Vinci qualifie l'Église de fumiste, menteuse, meurtrière, frauduleuse, cruelle, despotique, inutile et complètement indifférente à la souffrance humaine. Ce n’est tout simplement pas vrai. Je n’arrive pas à la cheville d’un homme de la trempe de Brian Stewart, mais je sais de quoi il parle. J’ai vu le peuple chrétien, ceux qui suivent le Christ et constituent l’Église de par le monde. Et cette Église est souvent magnifique. Je l’ai vue et j’ai nourri des enfants avec elle dans les dépotoirs de Mexico. Je me souviens de ces chrétiens passionnés qui, depuis plus de vingt ans, servaient de la nourriture, donnaient des soins dentaires et médicaux à des milliers d’enfants vivant dans les égouts de Mexico. J’ai vu et côtoyé l’Église en Afrique, celle qui aide des détenus et des malades dans des prisons et des colonies de lépreux. J’ai vu l’Église en Haïti aimer et soigner, avec respect et dignité, des milliers de sidatiques. Chez nous, à l’Église Nouvelle Vie au Québec, c’était la chose la plus naturelle du monde d’ouvrir nos portes à plus de cinq cents personnes pour que notre bâtiment devienne un centre d’accueil et d’hébergement lors de la crise du verglas de janvier 199826. Pendant deux semaines, nous avons nourri et logé ces centaines de familles de la ville de Longueuil. Nous nous sommes préoccupés des vieillards, des enfants, des bébés, des musulmans, des catholiques pratiquants et non pratiquants, des athées, des policiers et des pompiers épuisés, des techniciens d’Hydro Québec27, des francophones, des anglophones, des Haïtiens, des Africains, des allophones et des hispanophones. Nous mangions ensemble, jouions avec les enfants, soignions les malades. L’Église chrétienne, c’est ça.

Les policiers et les autorités municipales nous appellent régulièrement lorsqu’il y a un incendie dans la ville et que des familles se retrouvent à la rue en ayant tout perdu. Nous leur trouvons des vêtements, des meubles, un nouveau logement. Les chrétiens de notre église visitent des hôpitaux pour enfants ou des maisons de personnes âgées et préparent à Noël des milliers de paniers de nourriture et de jouets qui sont distribués dans une grande fête de joie, d’éclats de rire et d’espoir.

Lorsque Ray Kroc le fondateur de la chaîne des restaurants McDonald’s est décédé, il a fait un don d’un milliard et demi de dollars américains à l’Armée du Salut. Cette organisation fondée par William et Catherine Booth, en Angleterre, pour venir en aide aux enfants victimes d’esclavage au XIXe siècle, est à la fois profondément chrétienne et passionnément consacrée à la défense de ceux qui souffrent à travers le monde depuis des siècles. Lorsque l’on demanda à la veuve de Ray Kroc pourquoi, alors qu’il n’était pas un homme particulièrement religieux, il avait choisi cet organisme chrétien parmi des centaines d’autres, sa réponse fut : « Partout où nous sommes allés dans le monde, nous avons vu les chrétiens se battre contre la pauvreté et l’injustice. Nous avons voulu les aider à continuer. »28

Un ami proche qui travaille avec l’ONU me disait récemment que plus de 70 % de tous les organismes humanitaires au monde sont de souche chrétienne. En parcourant le monde, le journaliste Brian Stewart a vu l’Église toucher notre société chaque jour. Écoutez son discours aux diplômés du Knox College. Son message est important pour nous tous, génération du Code Da Vinci. Je vous invite à prendre les quelques minutes nécessaires à la lecture de ce texte magnifique qui apporte une perspective qui est absolument inconnue au lecteur moyen du Code Da Vinci.

« Sur la ligne de front », par Brian Stewart

Je vous remercie sincèrement pour votre présentation si sympathique. C'est un grand honneur pour moi d'être l’orateur de cette assemblée commémorant le cent soixantième anniversaire du Collège Knox. Il y a de cela exactement quarante ans, ce matin, je passais mon dernier examen avant d’être diplômé de Ryerson, en 1964. Je peux même me souvenir de l'heure exacte – j'avais inscrit à mon agenda que je déposerais ma plume à 11h41. Remarquez bien à quel point, il y a quarante ans, nous avions, nous, jeunes journalistes, vraiment du toupet (pouvez-vous vous imaginer !). Nous nous pensions si compétents que nous croyions pouvoir deviner ce que le futur nous réservait. Par exemple, nous étions certains que la guerre froide durerait toute notre existence ; que les Beatles, que nous venions juste de voir à l'émission d'Ed Sullivan, tomberaient probablement dans l’oubli Noël venu ; pour ce qui est d'Hollywood, eh bien, ils venaient sûrement de produire leur dernier film biblique – à l’avenir, il n’y aurait certainement pas de demande sur le marché pour un tel produit. Quant aux institutions bien établies : la monarchie s'éteindrait bien avant la fin du siècle, comme une grande partie de l'Église d’ailleurs. Pas si mal comme prévisions, n'est-ce pas ? En réalité, peu de prévisions sérieuses se sont avérées au fil des ans, que celles-ci émanent de journalistes, de futurologues, de sociologues ou, devrais-je le dire, d'organismes de renseignements. Cela devrait nous convaincre de toujours nous souvenir de cet avertissement : méfiez-vous des prédictions audacieuses au sujet de telle ou telle « tendance qui semble irréversible » et que les médias aiment tant. Je ne suis pas théologien – pardonnez mes maladresses sur ce point –, mais ce qui m'a vraiment surpris pendant ces années n'est pas le triomphe des tendances, qui vacillent et s'effacent comme les ombres d'un crépuscule d'été, mais bien la survie de la soif spirituelle. Cette soif spirituelle (et la force d'action religieuse qui en résulte) pousse l'homme à servir et aider les autres. Cette surprise, je crois bien, était ma propre surprise, car cette « force » était présente, après tout, dès le début du christianisme. Mystérieusement, elle n'a jamais semblé s'affaiblir ou s'atténuer. Je désire vous partager quelque chose que j'ai retenu de mes observations de journaliste, quelque chose que je suis finalement venu à croire très profondément.

Pendant plusieurs années je me suis fait à l'idée que le christianisme dominant et organisé n'était devenu qu'un faible courant de la société moderne. Eh bien, je suis ici pour vous assurer que, de ce que j'ai pu observer au cours des dernières décennies en tant que journaliste, rien n'est plus loin de la vérité. Cette pensée est une sérieuse déformation de la réalité. J’ai réalisé qu’il n’y a aucune mobilisation, aucune force, plus proche de la dure réalité de la guerre, et de la difficile condition humaine, que le christianisme d'action organisé. Et il n'y aucune alliance plus déterminée et enracinée dans l'action que celle d'ouvriers d’églises, de pasteurs et de membres laïcs, lorsque ceux-ci sont mobilisés pour un intérêt commun. Ce sont ces chrétiens qui se tiennent aujourd'hui sur la «ligne de front» de l'engagement humain. Ce front s'occupe autant de couvrir les régions les plus pauvres du monde que de livrer une dure bataille pour préserver les valeurs de solidarité dans nos grandes villes. Chaque fois que je me rendais sur ces lignes de front, j'y trouvais toujours des bénévoles chrétiens déjà en action, mobilisant des groupes de gens intéressés à aider et témoignant fidèlement de la vérité. Ces bonnes actions sont rarement reconnues par les médias ou les responsables gouvernementaux, car la religion en rend plusieurs perplexes. Ainsi donc, le christianisme qui oeuvre sur la ligne de front ne fait pas toujours les manchettes ; cette réalité entretient malheureusement le mythe que l’Église ne fait que suivre le courant. Permettez-moi d’insister : je n'ai jamais connu une région en guerre ou été témoin d'un groupe en proie à la famine ou à une crise sans qu'une organisation d'église n'y soit déjà établie bien longtemps avant que j'arrive. Je ne veux pas minimiser le dur labeur accompli par les autres religions ou par ces O.N.G. séculières et efficaces. Ces gens collaborent grandement aux efforts de l’Église. Mais le fait demeure que très souvent, dans les régions désespérées, ce sont les groupes de chrétiens qui arrivent les premiers, travaillent de façon héroïque pendant la crise. J’en suis venu à ce constat d'admiration non sans réticences. Au début de ma carrière, l'Église était pour moi inutile et ennuyeuse. Ce qui, finalement, m'a convaincu

Mais le fait demeure que très souvent, dans les régions désespérées, ce sont les groupes de chrétiens qui arrivent les premiers…du contraire – et il en fallait beaucoup pour me persuader– a été la réalité de la mission du christianisme qui se déroulait sous mes yeux. Ce n'était pas l'attrait de grands moments de splendeur, bien que je doive admettre que la couverture de six des premiers voyages du Pape à travers le monde, a certainement ébranlé mes idées préconçues d'un christianisme faiblissant. Les rassemblements de millions de personnes m'impressionnaient, moins cependant que ces moments intrinsèquement personnels, qui semblent profondément ancrés dans le christianisme. J'ai le souvenir de cette cage d'escalier mal éclairée à Gdansk, en Pologne. Comme plusieurs d'entre vous se souviennent, la première brèche importante à se produire dans le puissant empire communiste — est survenue en Pologne au début des années 80. Appuyé par l’Église, ce mouvement, sous l'autorité de Lech Walesa, s'est levé pour contester la tyrannie. M. Walesa mérita plus tard le prix Nobel et devint président de la Pologne. Lorsque je rencontrai Walesa il revenait de prison et vivait dans l'isolement. Sa vie était si souvent menacée qu'il ressemblait à un condamné à mort le jour de son exécution. Certains d'entre nous l’ont rencontré sur cet escalier. Un de nous lui demanda : «Avez-vous peur ? » Il s'arrêta, surpris par cette pensée, puis répondit avec une voix d'acier : « Non, je n'ai peur de personne, ni de rien, sauf de Dieu. ». Ce fut un moment transcendant. Je réalisais que sur cet escalier miteux se tenait l'exemple le plus pur de courage et de conscience empreints de foi chrétienne. Quelques années plus tard, toujours en Pologne de même qu'en Allemagne de l'Est, en Tchécoslovaquie et en Roumanie j'observais cet empire s'écrouler devant les organisations de protection des droits civils. Ces mouvements émergeaient eux aussi de sous-sols d'églises et de petits rassemblements. De bien grandes choses commencent tranquillement, dans de modestes salles d'églises, n’est-ce pas ? J’ai été témoin d'actions humanitaires de la part de nombreuses autres églises : des sauvetages d'enfants vivant dans les dépotoirs du Mozambique ; de l'enseignement donné aux ouvriers vétérans illettrés vivant dans des taudis du Brésil ; de la compassion paisible pour les fugueurs et toxicomanes vivant dans les méandres asphaltées des grandes villes. Plusieurs groupes d’églises ont travaillé dans des camps de famine procurant nourriture et soins et permettant de maintenir le moral de chacun durant les pires tragédies. Ces mots résonnaient sans cesse dans ma tête, comme une cloche : «Même ici. » Les églises semblaient dire «même ici », peu importe la distance, la misère ou le danger.

Un autre souvenir : la guerre civile et meurtrière au Salvador au début des années 80, une guerre qui ne comptait plus les massacres d’innocentes victimes, une guerre qui nous faisait trembler devant ces mots «l'aile radicale des escouades de la mort». Quant aux journalistes qui croisaient leur chemin, ils ne pouvaient être épargnés également. Ainsi, la règle pour nous était d’être de retour dans la capitale avant la noirceur. Un après-midi, alors qu’on interviewait un petit groupe de réfugiés vagabonds dans le nord du pays, nous avions mal évalué le temps. La lumière du jour commença à faiblir et les bruits de la jungle s'intensifièrent avec menace. Pendant que nous rangions notre équipement, une délégation de réfugiés nous suppliait de passer la nuit avec eux parce que, disaient-ils, les escouades de la mort se tenaient dans les environs. C'était un de ces moments où je maudissais le jour où j'étais devenu correspondant à l’étranger. Nous étions nous aussi des cibles. Nous débattions et essayions de nous justifier comme des gens effrayés pouvaient le faire : « Nous devons rentrer, une communication satellite nous attend, nos emplois en dépendent, à quoi cela servirait-il que nous soyons tués également et que notre reportage ne soit jamais rendu public…» Du même coup, pensions-nous, comment pouvons-nous les abandonner ? Nous étions toujours en train de débattre lorsqu’une vieille camionnette arriva en trombe dans le camp. Trois ouvriers chrétiens en sortirent arborant un drapeau de la Croix-Rouge. Ils écoutèrent la discussion pour finalement nous dire avec insistance : « Non, les journalistes doivent partir. Il est primordial qu’ils diffusent la nouvelle que vous êtes en grand péril ici. Nous resterons pour la nuit et serons en mesure de vous protéger. » Partout où sévissait cette guerre atroce, il y avait ces petits groupes de chrétiens qui tentaient d'éviter ces assassinats. Nous partîmes alors soulagés d'une façon inexprimable. Plus tard, nous apprenions que grâce à la protection de ces bons samaritains, la vie de ces personnes âgées avait été épargnée. Il n'y eut point d'assassinats. Mais je me suis souvent demandé ce que j'aurais fait si cette vieille voiture ne s'était pas présentée ce soir-là. Je réalise que lorsque les droits de la personne sont bafoués, l'Église est bien souvent la première en action – après tout, quelle autre organisation dispose de meilleures ressources sur le terrain ? Bien souvent, les premiers rapports émanant des groupes religieux aident à galvaniser une intervention efficace des organismes connus tels qu’Amnistie Internationale, Human Rights Watch et l’Organisation des Nations Unies. J'aimerais vous entretenir ce soir de ce qui se passe avant que le grand public soit informé des famines ou des traitements cruels infligés à de larges groupes de population.

En 1984, un de mes collègues de la chaîne renommée de télévision BBC et moi-même, étions les premiers à informer le public de la grande famine qui sévissait en Éthiopie. Le monde avait alors réagi comme on le sait, et la télévision reçut tout le crédit pour avoir épargné la vie de millions de personnes. Mais nous n'étions pas là les premiers. Nous y étions allés parce que pendant des mois, l’Église et les groupes d'aide sur le terrain, avaient anticipé cette famine et imploré le monde de passer à l’action. Quand nous avons pu finalement nous rendre sur les lieux, en dépit de l'opposition du gouvernement éthiopien, ce fut ces groupes chrétiens qui nous guidèrent vers les régions en péril, nous transportèrent avec leurs avions de brousse dans les endroits montagneux et nous proposèrent un plan d'action pour savoir où et comment intervenir. Je trouve déplorable que le terme « christianisme musclé» ne soit plus usité parce que pour une grande part, le christianisme que j'ai observé exige un travail musclé où sueur et mains sales sont la norme. L'esprit de Dietrich Bonhoeffer est toujours vivant.

Je crois qu'une forme de bonheur humain émerge d'une vie florissante où l'esprit et l'intellect sont mis à contribution au maximum dans le but d'apporter du bien à l'humanité. Oui, ces chrétiens semblent « florissants ». C.S. Lewis racontait que le christianisme produisait une « saine infection ». Les ouvriers chrétiens qui travaillent sur la ligne de front infectent ceux qui les entourent, même ceux qui ne sont pas chrétiens, par le sens profond du mystère de Christ et de sa puissance. Je l'ai vécu. Cet esprit change le monde, encore et encore. Maintenant je comprends que le seul fait d'être témoin de bonnes actions, aussi salutaires soient-elles, n'est pas suffisant. Bien souvent, je me sentais perdu sur la ligne de front sans connaissance poussée du christianisme, cette religion d’une si grande profondeur. J'avais besoin des principes théologiques que vous, qui obtenez votre diplôme ce soir, devrez inculquer aux autres. Pendant les pires mois de la guerre civile meurtrière du Liban au cours des années 80, j’étais à Beyrouth et célébrais secrètement Noël avec cinq ou six collègues. En décembre de cette année-là, une milice extrémiste menaça de faire feu sur toute célébration chrétienne qu’elle verrait. Notre groupe de correspondants étrangers n'était pas différent des autres groupes de reporters ; nous étions cyniques et aimions faire la fête. Nous décidâmes alors que nous fêterions Noël quelles que soient les menaces. Nous avions installé des draps à toutes les fenêtres pour ne pas attirer l'attention de la milice, nous avions acheté des cadeaux (limite de 4 $) pour les échanger et nous avions fabriqué un mini arbre de Noël amusant avec de vraies chandelles allumées. Des moments mêlés de plaisir, de nostalgie de notre coin de pays et de réflexions sereines. Des moments que je n'oublierai jamais. Pourtant, quelque chose manquait ; nous ne pouvions saisir la dimension religieuse de ces moments. Nous avions besoin d'être guidés vers la Bible, ne fut-ce qu'un court message, pour comprendre réellement l'inexprimable émotion qui nous étreignait la gorge. Nous aurions eu besoin que l’un de vous soit présent avec nous. En résumé, ma propre expérience