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Le peuplement - Les racines du protestantisme

Les racines du protestantisme

 

(Photo de l'auteur)

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Les religions du livres

 

Le protestantisme est issu du mouvement de la Réforme ou Réformation, schisme survenu au XVIe siècle au sein de la Chrétienté. Mais en réalité, le protestantisme plonge ses racines beaucoup plus profondément dans la mentalité européenne, jusqu'au cœur du Moyen Age.

En effet, à différentes époques, on perçoit comme abusives certaines pratiques de l'Église institutionnelle: les mœurs libertaires du clergé, par exemple, ou la richesse indue des communautés ecclésiastiques. Les fidèles, sentant leur sécurité spirituelle menacée par la faute de l'Église, exigent de cette dernière qu'elle purifie ses habitudes et ses principes.

Parfois, les mouvements de réforme prennent naissance parmi les dirigeants de l'Église. De grands réformateurs, tels le pape Grégoire VII, saint Bernard de Claivaux et saint François d'Assise, aux XIIe et XIIIe siècles, s'appliquent à rappeler à l'Église l'idéal évangélique dont elle s'éloigne souvent.

À certains autres moments, le désir de réforme vient directement du peuple. On parle alors, dans l'histoire, des «hérésies populaires» tels les Vaudois au XIIe siècle ou les Hussites au XVe siècle. Celles-ci sont réprimées dans la violence par les autorités ecclésiastiques. Tous, sous différentes formes, aspirent à un retour à l'Évangile, aux valeurs bibliques. C'est ce qu'on appelle l'évangélisme.

Animé par le mouvement humaniste, dont l'imprimerie facilite la diffusion, le XVIe siècle est-il plus propice aux courants réformateurs? Le fait est que les tentatives se multiplient et se conjuguent. Avec Martin Luther, Jean Calvin, John Knox, Théodore de Bèze et Ulrich Zwingli, le mouvement s'intensifie et aboutit à la rupture: le protestantisme est séparé du catholicisme romain.

Le nom de « protestant», formé à partir du verbe latin protestari, «attester formellement, témoigner» apparaît pour la première fois en 1546. Mais les adeptes de ce christianisme évangélique sont également connus, à partir de 1550, sous les surnoms de huguenots, de réformés, ou comme appartenant à la «Religion Prétendue Réformée» - RPR, en abrégé - tel qu'on l'écrit dans les documents officiels et royaux du XVIIe siècle. On les désigne aussi sous diverses appellations plus précises: calvinistes, luthériens, presbytériens, baptistes, mennonites, etc. Ces noms font référence aux nuances théologiques, d'importance variable, qui distinguent entre eux les groupes protestants.

Si le protestantisme plonge ses racines jusqu'au Moyen Âge, il les plonge aussi, et de façon plus fondamentale encore, dans l'Antiquité judaïque. C'est en effet l'une des religions du Livre: elle base son enseignement sur les écrits bibliques.

1534-1627 En quête de tolérance

Image d'après le musée Conté de Chantilly

Roberval

Né vers 1500, probablement à Carcassonne, Jean-François de La Rocque de Roberval est nommé «lieutenant général au pays de Canada» le 15 janvier 1541. En 1542, il établit la première colonie en Nouvelle-France au Cap-Rouge. Au bout de dix mois, sa tentative coloniale s'avère un désastre. Il meurt en 1560, assassiné à Paris au sortir d'une réunion calviniste.

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(Coll. fonds ancien, Musée du Séminaire de Québec. Photo de l'auteur)

Maison de Pierre de Chauvin

Cette carte dessinée par Champlain en 1608 montre la maison de Pierre de Chauvin à Tadoussac. Calviniste, Chauvin est né à Dieppe en Normandie. En 1600, il est nommé lieutenant général de la Nouvelle-France. Il construit le premier poste de traite au Canada à Tadoussac. Mais la colonie est un échec complet. Chauvin meurt en 1603, en France.

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(Coll. fonds ancien, Musée du Séminaire de

Québec. Photo de l'auteur)

Abitation de Québec

L'Abitation de Québec est terminée et le fort y est bâti et fourni en armes aux frais de la Compagnie de Montmorency, que a Protes­tant Guillaume de Caën dirige avec son cousin et son oncle. C'est aussi avec de Caën que prend fin l'aventure des petites compagnies responsables de la colonisation en Nouvelle-France.

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(Dessin de 1884. Photo de l'auteur)

Pierre Du Gua de Monts

Le calviniste Pierre Du Gua de Monts est probablement né en 1558 en Saintonge. En 1603, il reçoit le titre de lieutenent général en Acadie. Il fonde à Port-Royal le premier établissement permanent du Canada. Il contribue grandement à la fondation de Québec. II meurt en 1628 en France.

( Photo de l'auteur)

Signature d'Hélène Boullé

Le saviez-vous? Hélène Boullé est protestante lorsqu'elle épouse Champlain en 1610. A 14 ans, soit deux ans plus tard, elle embrasse la foi catholique. Elle termine ses jours au monastère des Ursulines de Meaux qu'elle a fondé en 1648. On croit aussi que Champlain est né protestant et qu'il s'est converti très tôt au catholicisme. Mais cela reste à prouver car son acte de naissance n'a jamais été retrouvé.

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(Coll. fonds ancien, Musée du Séminaire de Québec. Photo de l'auteur)

Charte de la fondation de la Compagnie des Cent-Associés En 1627, les Protestants sont exclus de la Nouvelle‑France. L'article 11 de la charte de fondation de la Compagnie des Cent­Associés spécifie que les associés doivent peupler la colonie de «naturels François catholiques».

 

Ils étaient là dès le début 1534-1627... Pendant près d'un siècle, diverses tentatives de colonisation de la terre d'Amérique sont entreprises par la France. De ces aventures, l'histoire a retenu les noms, aujourd'hui célèbres, de Jacques Cartier et de Samuel de Champlain.

Pourtant, d'autres personnages ont joué un rôle de premier plan dans les expéditions officielles en Nouvelle-France: Jean-François de La Rocque de Roberval, Pierre de Chauvin, Pierre Du Gua de Monts, Guillaume de Caën. Sur ces personnages bien connus de l'histoire du Canada, notre mémoire nous joue bien des tours.

Le cadre dans lequel ils sont recrutés nous conduit en effet à les considérer comme des catholiques, étant donné que ces protestants ont pour tâche de répandre la foi catholique en Nouvelle-France.

 Le Nouveau Monde oublié

Entre les voyages de Cartier et l'année 1600, la présence officielle de la France en Améri­que du Nord est sporadique puisque peu d'expéditions coloniales sont mises sur pied. Roberval établit la première colonie de Nouvelle‑France en 1542, mais, jusqu'à la fin du siècle, le Nouveau Monde retient peu l'attention.

La France vit alors de grands bouleverse­ments: les guerres de religion, les guerres ci­viles et étrangères préoccupent davantage que l'exploitation de la colonie naissante.

Un retour en force

La promulgation de l'édit de Nantes en 1598 par Henri IV met un terme au chaos. Cet édit reconnaît légalement la minorité religieuse protestante en France et le calme permet enfin au royaume de revenir aux desseins qu'il avait formés pour le Canada.

Cependant, la mémoire des persécutions passées incite plusieurs familles protestantes à prendre la mer pour venir s'établir sur une terre moins ingrate. La porte est aussi ouverte aux colonisateurs qui s'engagent à peupler le territoire et à y répandre la foi catholique en retour d'un monopole de commerce. Les Pro­testants participent activement au développe­ment de Tadoussac, Port-Royal et Québec.

L'exclusion

Mais cet état de choses prend fin rapidement. Les jésuites, les récollets et les notables ca­tholiques de la colonie exercent des pressions auprès du roi pour exclure les huguenots de la colonie. On leur reproche de ne pas s'inté­resser au peuplement de la colonie et d'empê­cher la propagation de la foi catholique. Au même moment, la France est aux prises avec un soulèvement protestant.

Cette révolte ouverte, et les pressions exer­cées par les catholiques de la colonie condui­sent à l'exclusion des Protestants de la Nouvelle-France. Le monopole commercial, alors détenu par le Protestant Guillaume de Caën, son cousin et son oncle, passe aux mains de la Compagnie, bien catholique, des Cent-Associés en 1627. Les de Caën récupè­rent le monopole pour une courte période en 1631 et 1632. Guillaume de Caën est le der­nier protestant à détenir un monopole de traite en Nouvelle-France. Pourtant, malgré l'ex­clusion de 1627, la présence protestante en Nouvelle-France ne prend pas fin.

 

1627-1760: Interdits mais tolérés 

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(Archives nationales, Paris. Photo de l'auteur)

Édit portant révocation de l'édit de Nantes (1685)

"[...nous] voulons et nous plaît que tous les temples de ceux de ladite Religion Prétendue Réformée situés dans notre royaume, [...] soient incessamment démolis. [...] Défendons à nosdits sujets de la Religion Prétendue Réformée de plus s'assembler pour faire l'exercice de ladite religion, en aucun lieu ou maison [...]".

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(Coll. fonds ancien, Musée du Séminaire de Québec. Photo de l'auteur)

 Monseigneur de Laval 

Arrivé à Québec en 1659, Monseigneur de Laval lutte pendant des années pour exclure les Protestants de la colonie. Mais ses pressions répétées n'ont que peu d'échos auprès des autorités françaises. 

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Alors que, les huguenots de l'est de la France se réfugient surtout dans la Suisse et l'Allemagne, ceux de l'ouest émigrent vers la Nouvelle-France. Beaucoup viennent de la Normandie et du Saintonge et, plus particulièrement, de la ville de La Rochelle.

Signature de Maisonneuve, fondateur de Ville-Marie

En 1659, 17 ans après la fondation de Montréal, les nécessités de peuplement prennent le pas sur la discrimination religieuse. Faute d'effectifs, Maisonneuve et La Dauversière doivent se résigner à recruter des colons protestants.

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D'après Marc-André Bédard

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Arrêt du Conseil d'État du roi, 1684

Dans ce document, le roi accorde divers privilèges à la compagnie formée par les sieurs Bergier, Gautier et leurs associés. Bergier est nommé lieutenant pour le roi en Acadie en 1684. Marchand huguenot, il a dû s'associer à des catholiques pour éviter les protestations du grand vicaire de Québec.  

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D'après Marc-André Bédard

Depuis la fondation de la Compagnie des Cent-Associés, il est officiellement interdit aux protestants de s'établir en Nouvelle­France. Pourtant, la présence de huguenots est confirmée par les documents d'époque. Durant le Régime français, beaucoup d'hommes d'affaires sont protestants, parti­culièrement ceux de La Rochelle. Malgré l'interdiction royale, ils sont tolérés car la France est consciente de leur rôle essentiel dans le développement du commerce. Pour le clergé catholique canadien, ils représen­tent cependant un réel danger. 

Le clergé soutient en effet que les Protes­tants constituent une menace pour la colo­nie: le roi étant de confession catholique, l'adhésion à une autre religion est perçue comme un manque de loyauté à son endroit.

On craint l'influence hérétique sur les colons catholiques. Malgré les promesses des autorités françaises et quelques décrets vi­sant à rectifier la situation, les huguenots continuent à s'établir dans la colonie.

Cependant, à partir de 1685, l'immigration protestante connaît une période de ralentis­sement, principalement pour deux raisons: l'état de guerre dans lequel se trouve la France entre 1689 et 1713 et la révocation de l'édit de Nantes.

Par cette mesure, le roi interdit l'exercice public de la religion protestante dans tout son royaume, incluant la Nouvelle-France.

Les Protestants en subissent les contre­coups: abjurations de gré ou de force, contrôle des «mauvais livres» et sur­veillance accrue des pratiques religieuses, même privées. L'intendant Champigny reçoit l'ordre de travailler à la conversion des protestants. La colonie n'est donc plus une terre très accueillante pour ceux qui recher­chent la liberté religieuse.

À la mort de Louis XIV en 1715, la France et sa colonie redeviennent des lieux plus tolérants. En Nouvelle-France, l'immigration des protestants reprend. Mais, jusqu'à la Conquête, le clergé continue d'exercer des pressions pour les exclure de la colonie.  

Les pressions des autorités

La tolérance qui prévaut durant le Régime français permet aux huguenots de s'établir dans la colonie. Le clergé catholique, mé­content, dirige donc ses efforts vers la conversion des protestants établis. Les autorités civiles y participent aussi.

Une pléiade de mesures est déployée contre les non-catholiques: incitation à abjurer et à poser des actes du culte catholique, exclu­sion de certaines occupations et professions, obligation de confier les enfants aux institutions catholiques. 

En abjurant, le protestant affirme renoncer à sa religion et embrasser la foi catholique. Des méthodes douteuses sont parfois em­ployées. Ainsi, s'ils consentent à abjurer, une remise de peine est offerte à des indivi­dus condamnés pour des délits mineurs. Ou encore, on donne des pensions royales à ceux qui se convertissent.

Les réactions des protestants

Dans de telles conditions, comment les protestants réagissent-ils? Plusieurs, tout en demeurant protestants de cœur, adop­tent un comportement extérieur conforme aux exigences catholiques.  

Le clergé contraint aussi les protestants à poser des gestes du culte catholique. Les enfants doivent être baptisés à l'église catholique.

Les couples doivent se marier à l'église et si l'un des époux est protestant, il doit ab­jurer. A l'aube de la mort, recevoir les der­niers sacrements est nécessaire, sous peine de se faire confisquer ses biens ou de ne pas être enterré en terre sacrée.

Pour reconnaître les protestants, le clergé oblige parfois les adultes à se faire confirmer, mais cette mesure - n'entraîne pas nécessairement l'abjuration des confirmés.  

Les autorités civiles, de leur côté, interdi­sent aux protestants un grand nombre d'oc­cupations et de professions: médecin, apo­thicaire, sage-femme, contrôleur, commis, brigadier, archer, huissier, greffier, procu­reur, notaire, juge...  

En faisant baptiser leurs enfants à l'église et en observant les préceptes catholiques, ils réussissent à camoufler leur allégeance religieuse. Mais, lorsqu'ils sont identi­fiés, ces huguenots sont alors obligés d'abjurer. D'autres font acte d'opportu­nisme. Ainsi, certains protestants, recon­nus comme tels, abjurent pour avoir droit à une terre, pour se marier ou pour être enterrés en terre sacrée et pour éviter la confiscation de leurs biens. On peut douter que ces abjurations correspondent à de véri­tables conversions intérieures.  

Les historiens n'ont pas décelé de preuves qu'il ait existé des organisations protes­tantes clandestines en Nouvelle-France. Ce­pendant, certains commentaires du clergé laissent entendre le contraire. En 1670, par exemple, Monseigneur de Laval écrit que les protestants «tiennent plusieurs discours séduisants, qu'ils prêtent des livres et que quelquefois ils se sont assemblés entre eux».  

Les marchands ont parfois recours à des stratégies pour éviter d'être inquiétés par les autorités. Ainsi, certains emploient des prête-noms catholiques ou s'associent à des marchands catholiques pour cacher leur véritable allégeance religieuse. Enfin, certains huguenots prennent tout simplement la fuite en Nouvelle-Angleterre.

suite à venir...