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(Archives
nationales, Paris. Photo de l'auteur)
Édit
portant révocation de l'édit de Nantes
(1685)
"[...nous]
voulons et nous plaît que tous les
temples de ceux de ladite Religion Prétendue
Réformée situés dans notre royaume,
[...] soient incessamment démolis. [...]
Défendons à nosdits sujets de la
Religion Prétendue Réformée de plus
s'assembler pour faire l'exercice de
ladite religion, en aucun lieu ou maison
[...]".
(Coll.
fonds ancien, Musée du Séminaire de Québec.
Photo de
l'auteur)
Monseigneur
de Laval
Arrivé
à Québec en 1659, Monseigneur de Laval
lutte pendant des années pour exclure les
Protestants de la colonie. Mais ses
pressions répétées n'ont que peu d'échos
auprès des autorités françaises.

Alors
que, les huguenots de l'est de la France
se réfugient surtout dans la Suisse et
l'Allemagne, ceux de l'ouest émigrent
vers la Nouvelle-France. Beaucoup viennent
de la Normandie et du Saintonge et, plus
particulièrement, de la ville de La
Rochelle.

Signature
de Maisonneuve, fondateur de Ville-Marie
En
1659, 17 ans après la fondation de Montréal,
les nécessités de peuplement prennent le
pas sur la discrimination religieuse.
Faute d'effectifs, Maisonneuve et La
Dauversière doivent se résigner à
recruter des colons protestants.
D'après
Marc-André Bédard

Arrêt
du Conseil d'État du roi, 1684
Dans
ce document, le roi accorde divers privilèges
à la compagnie formée par les sieurs
Bergier, Gautier et leurs associés.
Bergier est nommé lieutenant pour le roi
en Acadie en 1684. Marchand huguenot, il a
dû s'associer à des catholiques pour éviter
les protestations du grand vicaire de Québec.
D'après
Marc-André Bédard
| Depuis
la fondation de la Compagnie des
Cent-Associés, il est officiellement
interdit aux protestants de s'établir en
NouvelleFrance. Pourtant, la présence
de huguenots est confirmée par les
documents d'époque. Durant le Régime
français, beaucoup d'hommes d'affaires
sont protestants, particulièrement ceux
de La Rochelle. Malgré l'interdiction
royale, ils sont tolérés car la France
est consciente de leur rôle essentiel
dans le développement du commerce. Pour
le clergé catholique canadien, ils représentent
cependant un réel danger.
Le
clergé soutient en effet que les Protestants
constituent une menace pour la colonie:
le roi étant de confession catholique,
l'adhésion à une autre religion est perçue
comme un manque de loyauté à son
endroit.
On
craint l'influence hérétique sur les
colons catholiques. Malgré les promesses
des autorités françaises et quelques décrets
visant à rectifier la situation, les
huguenots continuent à s'établir dans la
colonie.
Cependant,
à partir de 1685, l'immigration
protestante connaît une période de
ralentissement, principalement pour deux
raisons: l'état de guerre dans lequel se
trouve la France entre 1689 et 1713 et la
révocation de l'édit de Nantes.
Par
cette mesure, le roi interdit l'exercice
public de la religion protestante dans
tout son royaume, incluant la
Nouvelle-France.
Les
Protestants en subissent les contrecoups:
abjurations de gré ou de force,
contrôle des «mauvais livres» et surveillance
accrue des pratiques religieuses, même
privées. L'intendant Champigny reçoit
l'ordre de travailler à la conversion des
protestants. La colonie n'est donc plus
une terre très accueillante pour ceux qui
recherchent la liberté religieuse.
À
la mort de Louis XIV en 1715, la France et
sa colonie redeviennent des lieux plus tolérants.
En Nouvelle-France, l'immigration des
protestants reprend. Mais, jusqu'à la
Conquête, le clergé continue d'exercer
des pressions pour les exclure de la
colonie.
Les
pressions des autorités
La
tolérance qui prévaut durant le Régime
français permet aux huguenots de s'établir
dans la colonie. Le clergé catholique, mécontent,
dirige donc ses efforts vers la conversion
des protestants établis. Les autorités
civiles y participent aussi.
Une
pléiade de mesures est déployée contre
les non-catholiques: incitation à abjurer
et à poser des actes du culte catholique,
exclusion de certaines occupations et
professions, obligation de confier les
enfants aux institutions catholiques.
En
abjurant, le protestant affirme renoncer
à sa religion et embrasser la foi
catholique. Des méthodes douteuses sont
parfois employées. Ainsi, s'ils
consentent à abjurer, une remise de peine
est offerte à des individus condamnés
pour des délits mineurs. Ou encore, on
donne des pensions royales à ceux qui se
convertissent.
Les
réactions des protestants
Dans
de telles conditions, comment les
protestants réagissent-ils? Plusieurs,
tout en demeurant protestants de cœur,
adoptent un comportement extérieur
conforme aux exigences catholiques.
Le
clergé contraint aussi les protestants à
poser des gestes du culte catholique. Les
enfants doivent être baptisés à l'église
catholique.
Les
couples doivent se marier à l'église et
si l'un des époux est protestant, il doit
abjurer. A l'aube de la mort, recevoir
les derniers sacrements est nécessaire,
sous peine de se faire confisquer ses
biens ou de ne pas être enterré en terre
sacrée.
Pour
reconnaître les protestants, le clergé
oblige parfois les adultes à se faire
confirmer, mais cette mesure - n'entraîne
pas nécessairement l'abjuration des
confirmés.
Les
autorités civiles, de leur côté,
interdisent aux protestants un grand
nombre d'occupations et de professions:
médecin, apothicaire, sage-femme, contrôleur,
commis, brigadier, archer, huissier,
greffier, procureur, notaire, juge...
En
faisant baptiser leurs enfants à l'église
et en observant les préceptes
catholiques, ils réussissent à camoufler
leur allégeance religieuse. Mais,
lorsqu'ils sont identifiés, ces
huguenots sont alors obligés d'abjurer.
D'autres font acte d'opportunisme.
Ainsi, certains protestants, reconnus
comme tels, abjurent pour avoir droit à
une terre, pour se marier ou pour être
enterrés en terre sacrée et pour éviter
la confiscation de leurs biens. On peut
douter que ces abjurations correspondent
à de véritables conversions intérieures.
Les
historiens n'ont pas décelé de preuves
qu'il ait existé des organisations protestantes
clandestines en Nouvelle-France. Cependant,
certains commentaires du clergé laissent
entendre le contraire. En 1670, par
exemple, Monseigneur de Laval écrit que
les protestants «tiennent plusieurs
discours séduisants, qu'ils prêtent des
livres et que quelquefois ils se sont
assemblés entre eux».
Les
marchands ont parfois recours à des stratégies
pour éviter d'être inquiétés par les
autorités. Ainsi, certains emploient des
prête-noms catholiques ou s'associent à
des marchands catholiques pour cacher leur
véritable allégeance religieuse. Enfin,
certains huguenots prennent tout
simplement la fuite en
Nouvelle-Angleterre.
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