La
réincarnation
Introduction
La
philosophie mystique suscite aujourd'hui un intérêt non
négligeable. La métaphysique la plus en vogue est celle
qui se préoccupe de ce qui se passe après la mort. Des
livres comme ceux des Dr R. Moody ou E. Kübler-Ross
sont porteurs d'un message d’espérance et de
justice. La possibilité de vivre une nouvelle vie
– meilleure - tente beaucoup de personnes.
1.
Les différents types de réincarnations
1.1.
La pensée grecque
La
doctrine de la réincarnation est sous-jacente dans la
philosophie et la mythologie grecques. Elle est aussi présente
dans la religion grecque. L'orphisme était une
religion initiatique visant à une libération spirituelle
et présentait un système philosophique et religieux
reposant sur le cycle de réincarnations. L'existence
corporelle était présentée comme un châtiment. Le «salut»
consistait en une libération de l’âme par rapport au
corps.
Ainsi,
Pythagore croyait à la réincarnation et même à
la métempsycose. Platon avait subi l'influence de
l'orphisme et de Pythagore. Dans le Timée, Platon
enseignait la création de l'âme par le démiurge. Selon
lui, l’âme, c'est-à-dire l'intellect, est
immortelle.
L’âme
à sa première naissance doit honorer les dieux. Si elle
n'honore pas les dieux, elle deviendra une femme. En cas
de nouvel échec, l’âme de la femme devient animal.
Malgré la métempsycose, Platon croit à la libération
de l’âme.
Avec
Aristote (384-322 av. J.-C.), il y a une évolution.
Pour lui, l’âme n’est pas immortelle. Seul
l'intellect l'est (le nous). Mais, pour lui, l’âme
n’est pas séparée du corps. Ainsi, il abandonne la
pensée orphique de ses prédécesseurs. Par la suite, les
néoplatoniciens (Plotin, Porphyre) reprendront la
doctrine réincarnationniste.
1.2.
L'hindouisme
L’hindouisme
a subi, au travers des âges, une évolution constante.
L'hindouisme ancien ne parle absolument pas de réincarnation.
La religion brahmanique était totalement différente de
l'hindouisme tel que nous le connaissons aujourd’hui.
La
réincarnation apparaît dans les Upanishads. Le «soi»
(atman) ne peut s'identifier avec l'absolu (brahman)
que si le «soi» rompt avec le cycle infernal de
l'existence (samsara). Le samsara serait la roue
des réincarnations successives. Ainsi, le «salut» résiderait
dans l’arrêt des retours sur la terre. Selon
l'hindouisme, l’homme naît qu'une fois mais ne meurt
pas vraiment.
Ce
qu’il faut savoir dans l’hindouisme, c’est que notre
monde serait régit par le dharma, c’est-à-dire
l’«Ordre universel cosmique» ou «Loi éternelle». Le
dharma est donc la loi qui régit le monde. C’est
une loi absolue à laquelle rien ou personne ne peut s’y
soustraire.
1.3.
Le Bouddhisme
Le
bouddhisme affirme que l'homme peut s’affranchir du
monde et de la souffrance. Cette «théorie» est basée
sur la critique des illusions attachées au désir.
Il n’y a pas de fusion avec le brahman, mais un détachement
vers le nirvana. De plus, l’âme n’est
pas permanente, donc, elle est mortelle. Quant au nirvana,
n’est rien, pas même un lieu: seulement l'état
de délivrance, de «non-désir». L'homme doit être délivré
du désir pour parvenir au néant, c'est-à-dire au
nirvana (car le désir, c’est la douleur).
1.4.
La théosophie
La
théosophie moderne a pour fondatrice Mme H. -P. Blavatsky
(1831-1891). D'un caractère difficile, elle a été, à
son époque, la plus célèbre des médiums. Son livre de
base Doctrine secrète (paru en 1888)
rassemble tout l'enseignement de la théosophie. La
doctrine de base de la théosophie peut se résumer ainsi:
—
Un principe éternel : l'Etre
—
Eternité de la matière
—
L’identité fondamentale entre l'âme (humaine) et la «sur-âme»
(universelle).
Pour
la théosophie, c’est l'âme - ou l'ego - qui se réincarne.
Aussi, la réincarnation fait partie intégrante de la
constitution humaine. Autrement dit, la réincarnation et
l'homme sont deux états inséparables.
Mme
Helena Blavatsky, puis Mmes Alice Bailey
(1847-1933) et Annie Besant (1880-1949) ont
popularisé la doctrine de la réincarnation, mais son
influence a été restreinte et limitée aux cercles
initiatiques, théosophiques ou rosicruciens.
La
Théosophie a modifié ou déformé la doctrine hindouiste
de la réincarnation. Pour l'hindouisme, le «salut» réside
dans la libération du cycle des réincarnations. Pour la
théosophie, le «salut» se trouve dans le cycle
ininterrompu des réincarnations. Ainsi, les doctrines
hindouistes et théosophiques, bien qu'elles emploient le
même vocabulaire, sont en fait contradictoires :
|
|
Hindouisme
|
Théosophie
|
|
Dieu
|
Brahman
|
Etre
impersonnel
|
|
Réincarnation
|
Libération
|
Cycle
quasi-perpétuel
|
|
Salut
|
Fusion,
délivrance
|
Etat
divin
|
|
Karman
|
Régression
ou progression
|
Evolution
|
L’enseignement
de la Théosophie a été repris grosso modo par Rudolf
Steiner (1861-1925). Steiner croit que ce n’est pas
l’âme individuelle qui se réincarne - mais l’Esprit
- qu’il appelle "force transcendante active".
Steiner ne parle pas de l’immortalité de l’âme, mais
de l’Esprit.
2.
Karma et Yogas
La
loi pour sortir du cycle infernal s'appelle karma.
Si l'homme fait du bien, il aura un bon karma.
Inversement, si l'homme fait du mal, il aura un mauvais karma.
Ainsi chaque vie est déterminée par la précédente.
Aujourd'hui, la doctrine du karma est acceptée par tous
les partisans de la réincarnation. C'est pourtant la
doctrine la plus inhumaine et la plus injuste que ce soit.
Cette doctrine justifie les inégalités sociales et
psychologiques et parfois un immense désespoir (que
penser de celui qui est devenu clochard, sidéen ou drogué?).
Le
karma a pour corollaire le yoga. Le karma sans le yoga ne
serait rien. Il y a différents types de yogas, bakthi-yoga,
karma-yoga, râja-yoga, jnâna-yoga, sahaja-yoga,
tantra-yoga, japa-yoga, mantra-yoga, hatha-yoga,
etc. On peut donc parler des yogas.
Les
yogas sont avec la méditation les plus sûrs moyens pour
parvenir à l’Absolu, brahman ou nirvana. En attendant,
le yogi hindou est convaincu que notre monde est maya,
c’est-à-dire illusion. Le yoga est avant tout une
technique respiratoire alliée à des postures. Le yogi
apprend à respirer, le plus lentement possible. Il ne
respire pas de l’oxygène, mais de l’énergie ou plutôt
du «souffle vital» appelé «prânâ».
Ainsi,
le yoga n'est pas une simple «gymnastique» mais la méthode
par excellence pour parvenir à «l'état de perfection»,
c’est-à-dire au brahman. Par le moyen du yoga, l'homme
échapperait pour toujours au samsara, au maja
et fusionnerait avec l'Absolu.
3.
Que dit la Bible ?
La
Bible, qu'on le veuille ou non, ne parle pas de réincarnation,
mais de résurrection. Cependant, les partisans de
la réincarnation prétendent justifier cette doctrine
dans le Nouveau Testament.
3.1.
Elie réincarné en Jean-Baptiste (cf. Matthieu 17, 10-12;
Luc 1, 17, etc.)
En
général, les évangélistes évitent toute
identification de Jean avec Elie. C'est plutôt Jésus
qu'ils comparent avec Elie. Cependant, le texte de Luc 1,
17 appelle quelques commentaires. Le judaïsme n’a
jamais cru à la réincarnation, mais à la résurrection.
Le texte de Luc 1, 17 est clair: Elie n'est pas présent
en Jean-Baptiste, mais l'esprit d'Elie, autrement dit la
même vocation, le même type d'appel, qui a été
adressé à Jean-Baptiste. Celui-ci est la continuation du
ministère d'Elie et il remplit sa fonction; il est aussi
porteur du même message. Jean-Baptiste n'a pas le même
ego qu'Elie, mais il a la même puissance. La
puissance et l'esprit sont des qualités conférées par
Dieu et non des énergies autonomes attachées à l'ego ou
à l'esprit humain.
3.2.
L'aveugle-né (Jean 9, 1- 9)
Relation
de cause à effet ? (cf. Max Heindel). Il y aurait deux
causes: héréditaires par les parents ou une
erreur de gestation. Mais les partisans de la réincarnation
voient encore plus loin. Ils présupposent une préexistence
de l’âme: l'enfant aurait péché dans une vie antérieure.
Cette faute pré-conceptionnelle serait la cause de son
infirmité. L'interprétation «réincarnationniste» est
aléatoire. Jésus ne donne pas une explication métaphysique
(d'où viennent le mal et l'infirmité), mais apporte
une réponse sotériologique. Jésus ne se préoccupe pas
du passé, mais pense à l’avenir. Pour lui, ce qui
importe, c'est le salut, c’est l'avenir, et non le passé.
3.3.
La nouvelle naissance
Les
«réincarnationnistes» basent leur théorie sur les
textes bibliques qui parlent de nouvelle naissance. Des
textes comme Jean 3 : 3: «A moins de naître d'en
haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu». Ou Jean 3, 5:
«Nul, s'il ne naît d'eau et d’esprit, ne peut entrer
dans le Royaume de Dieu» ; I Pierre 1, 3: «Dieu
nous a fait renaître pour une espérance vivante»,
etc. Ces textes sont considérés comme des passages
favorables à la thèse réincarnationniste.
Il
y a là, à notre avis, une grave confusion: il
faut distinguer réincarnation et re-naissance. La
renaissance n'est pas la transmigration. Il s'agit d'une naissance
spirituelle ayant lieu dans la vie présente et qui
est provoquée par la Parole de Dieu et l'Esprit de Dieu:
—
ce qui est né de la chair est chair = c'est la naissance
physique;
—
ce qui est né de l'Esprit = la nouvelle naissance ou conversion
chrétienne.
Précisons
que la nouvelle naissance a son signe visible : le
baptême.
4.
Réincarnation ou résurrection ?
Selon
une récente statistique, 23 % des Américains croient à
la réincarnation; les Français encore plus. Et,
pourtant, la majorité des occidentaux sont protestants ou
catholiques...
4.1.
Qui est le Christ?
On
ne peut pas contrer la doctrine de la réincarnation si on
ne présente pas d’emblée le Christ. Christ, l'égal de
Dieu, s’est fait volontairement homme pour donner aux
hommes la Rédemption. En proclamant le but de son
oeuvre, Christ dévoile son identité unique: il est Dieu
fait homme. Christ n'est pas un initié, mais le
Sauveur unique. Il n'est pas un Dieu impersonnel, mais le
Dieu révélé qui fait connaître à l'homme la volonté
divine. La volonté de Dieu, c'est que tous les hommes
soient sauvés et parviennent à la connaissance du salut.
Ainsi, Jésus apporte le message du salut, c'est-à-dire
de la Rédemption.
Le
Christ n'est pas un initié ayant atteint la «conscience
cosmique», mais il est le Seigneur et le Sauveur. Connaître
Jésus, c'est connaître Dieu. Christ ne prêchait pas
l'illumination intérieure, mais le salut. Il ne prêchait
pas le divin au-dedans de l’homme, mais le péché. Finalement,
Christ a prêché le salut par le pardon des péchés. Christ
n'est pas un exemple de «conscience christique», mais le
don de Dieu comme sacrifice pour le péché.
4.2.
Qui est l'homme?
L'homme,
selon les partisans de la réincarnation, serait le
produit de l'évolution. Selon les adeptes du
Nouvel Age, c'est la conscience de l'homme qui évolue.
L'homme devrait atteindre une nouvelle conscience ou, plus
exactement, «être conscient de sa propre conscience».
Nous,
chrétiens, nous croyons que l'homme a été créé par
Dieu: Genèse 1, 26; à l'image de Dieu: Genèse 1, 26-27.
Cette image, cette ressemblance, nous est décrite par
Paul: elle consiste en connaissance, justice et sainteté:
Ephésiens 4, 22-25; Colossiens 3, 9 -10. L'homme est
supérieur aux animaux et il est en étroite communion
avec Dieu.
La
différence entre l’homme, selon la Bible, et celui du
Nouvel Age est fondamentale. Ce tableau nous démontre le
fossé qui sépare les deux types de pensées :
|
L’homme
selon la Bible
|
L’homme
selon le Nouvel Age
|
|
Créé
par Dieu
|
Involue,
puis évolue
|
|
Tend
vers le parfait
|
Perfection
(humaine ou psycho-humaine)
|
|
Connaissance
spirituelle
|
Evolution
de la conscience
|
|
Une
seule vie, puis l’éternité
|
Vies
cycliques
|
4.3.
Où va l'homme?
La
Bible donne un enseignement concis et clair à ce sujet.
Elle rejette la réincarnation comme doctrine de salut. «Il
est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après
quoi vient le jugement» (Hébreux 9, 27). La Bible tout
entière proclame la victoire sur la mort et la vie éternelle.
Ezéchiel, Job, Osée - pour ne citer qu'eux - se réjouissent
de la résurrection. Paul, l’apôtre, est le théologien
de la résurrection. Son merveilleux chapitre 15 de la
première épître aux Corinthiens ne doit pas être
occulté. Paul nous dit un «mystère» (c'est-à-dire une
chose prête à être révélée): A la dernière
trompette, tous les élus, les morts et les vivants seront
changés en un corps incorruptible. Cela ne signifie pas
que le corps de l'homme passe d'une évolution à une
autre (du corruptible à l'immortalité), mais qu'il y a un
changement radical d'état: il a un corps nouveau, un
corps spirituel qui est totalement différent du
corps matériel. Il sera semblable à Christ
ressuscité. Pour être plus technique, le corps «animal»,
«psychique», deviendra un corps spirituel.
Ainsi
donc, «l'homme nouveau» n'est pas de ce monde. Mais il
faut aussi signaler que seuls ceux qui croient en Christ
auront droit à la vie éternelle. Celui qui croit a déjà
la vie éternelle.
L'état
intermédiaire. Pour beaucoup de catholiques, l'état
intermédiaire - le purgatoire - présente des analogies
avec le temps d'attente qui précède la réincarnation.
Cette doctrine n’est pas biblique, et doit être rejetée.
L'état
intermédiaire existe: il s'appelle schéol ou hadès,
mais aussi paradis ou sein d'Abraham (pour
les Juifs). C'est le séjour provisoire des hommes après
leur mort physique: il cessera lors du jugement dernier.
Soulignons avec force que tous sont conscients et
gardent leur personnalité. Ce que nous croyons, c’est
la communion des saints. C'est la communion
spirituelle (et non occulte ou spirite) qui unit tous les
croyants, ceux qui sont sur cette terre et ceux qui nous
ont précédés.
Conclusion:
Nous
rejetons la doctrine de la réincarnation car :
-
la justice
prime sur la grâce. La loi du karma est
impitoyable. Elle exclut la grâce, le pardon et
l'amour. Et, bien entendu, le Dieu personnel.
-
le salut éternel
n'existe pas . L'homme «survit» de réincarnation
en réincarnation.
«Seigneur,
à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.»
Paul
Ranc
Spécialiste
des sectes
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