Ci-dessous ce trouve l'histoire du début du
protestantisme. On aurait pu commencer par Jan Hus ou
par Jérôme Savonarole mais le plus connu fut Luther
qui fut suivi de Jean Calvin. Vous pouvez ainsi lire les
raisons qui l'ont conduit à ce qui aurait dû être la
Réforme au sein de l'Église Catholique Romaine mais
qui s'est terminée par le schisme connu sous le nom
"Protestantisme" du latin Pro testemi ou
Pro testare (pour le témoignage - pour l'évangile).
|

|

|
| Phillipp Melanchthon 1497-1560 |
Jean Calvin 1509-1564
|
MARTIN LUTHER
Le Grand Réformateur
1483-1546
Dans sa prison, après sa condamnation par le Pape à
être brûlé vif, Jan Hus déclara : " Ils peuvent
tuer l'oie (dans sa langue, hus signifie oie),
mais dans cent ans apparaîtra un cygne qu'ils ne
pourront brûler ".
Il neigeait et un vent glacé hurlait furieusement
autour de la maison, le jour où ce " cygne "
naquit à Eisleben en Allemagne. Le lendemain, le
nouveau-né fut baptisé dans l'église Saint Pierre et
Saint Paul, et comme c'était la Saint Martin, l'enfant
reçut le nom de Martin Luther.
Cent deux ans après que Jan Hus ait rendu l'âme sur
le bûcher, le " cygne " affichait à la porte
de l'église de Wittenberg ses quatre-vingt-quinze thèses
contre la vente des indulgences, acte qui fut à
l'origine de la Grande Réforme. Jan Hus s'était trompé
de deux années seulement dans sa prédiction.
Afin de donner toute sa valeur à l'oeuvre de Martin
Luther, il faut se rappeler l'obscurantisme et la
confusion qui régnaient à l'époque de sa naissance.
D'après les estimations, au moins un million
d'Albigeois étaient morts en France sur l'ordre du Pape
d'exterminer sans pitié ces "hérétiques"
(qui soutenaient la Parole de Dieu). Wycliffe, " l'étoile
de l'aube de la Réforme ", avait traduit la Bible
en langue anglaise. Jan Hus, disciple de Wycliffe, était
mort sur le bûcher en Bohème en suppliant le Seigneur
de pardonner à ses persécuteurs. Jérôme de Prague,
compagnon de Hus et érudit, avait subi le même
supplice, chantant des hymnes dans les flammes jusqu'à
ce qu'il rende son dernier soupir. Wesel, célèbre prédicateur
à Erfurt, avait été mis en prison pour avoir enseigné
que le salut s'obtenait par la grâce. Mis aux fers, il
mourut quatre ans avant la naissance de Luther. En
Italie, quinze ans après la naissance de Luther,
Savonarole, homme de Dieu et fidèle prédicateur de la
Parole, lut pendu et soit corps réduit en cendres, sur
ordre de l'Église.
C'est à cette époque que naquit Martin Luther.
Comme nombre d'hommes parmi les plus célèbres, il
appartenait à une famille pauvre. Il avait l'habitude
de dire : "Je suis fils de paysans, mon père, mon
grand-père et mon arrière grand-père étaient de
vrais paysans". Puis, il ajouta : "Nous avons
autant de raison de nous glorifier de notre ascendance
que le diable de s'enorgueillir de ce qu'il descend des
anges".
Les parents de Martin devaient travailler sans répit
et sans repos pour habiller, nourrir et éduquer leurs
sept enfants. Le père travaillait dans les mines de
cuivre et la mère, en plus de ses tâches domestiques,
transportait du bois pour le feu sur son dos.
Non seulement ses parents se préoccupaient de la
croissance physique et intellectuelle de leurs enfants,
mais ils se souciaient de leur développement spirituel.
Lorsque Martin eut l'âge de raison, soli père lui
apprit à se mettre à genoux à côté de son lit, le
soir avant de se coucher, et à prier Dieu afin que
l'enfant " se souvienne de soli Créateur "
(Ecclésiaste 12:1).
Sa mère était sincère et pieuse; ainsi, elle
apprit à ses enfants à considérer tous les moines
comme des hommes saints et toute transgression des règlements
de l'Église. comme une transgression des lois de Dieu.
Martin apprit les Dix Commandements et le Notre Père,
à respecter le Saint Siège dans la Rome lointaine et
sacrée et à regarder avec révérence tout ossement ou
morceau de vêtement ayant appartenu à un saint.
Cependant, sa religion reposait davantage sur un Dieu
juge vengeur plutôt qu'ami des petits enfants (Matthieu
19:13-15). Une fois adulte, Luther écrivit " Entendre
mentionner le nom du Christ me faisait trembler et pâlir,
car on m'avait appris à Le considérer comme un juge
coléreux. On nous avait appris que nous devions nous-mêmes
faire propitiation pour nos péchés; que nous ne
pouvions pas racheter suffisamment nos fautes et qu'il
était nécessaire de recourir aux saints du ciel et de
prier Marie pour qu'elle intercède en notre faveur afin
de détourner de nous la colère du Christ ".
Le père de Martin, très satisfait des résultats
scolaires de son fils dans la petite ville où ils
demeuraient, décida de l'envoyer, lorsqu'il eut treize
ans, à l'école franciscaine de la ville de Magdeburg.
Le jeune garçon se présentait souvent à la
confession où le prêtre lui imposait pénitence et
l'obligeait à faire de bonnes actions afin d'obtenir
l'absolution. Martin s'efforçait sans répit d'obtenir
la faveur de Dieu au moyen de la piété, et ce même désir
l'amena plus tard à la vie monastique.
Pour subvenir à ses besoins à Magdeburg, Martin
devait demander l'aumône dans les rues, chantant de
porte en porte. Ses parents, pensant que cela irait
mieux à Eisenach, l'envoyèrent étudier dans cette
ville où, en outre, habitaient des parents de sa mère.
Néanmoins, ces parents ne lui apportèrent aucune aide
et le jeune garçon dut continuer à demander l'aumône
pour pouvoir se nourrir.
Alors qu'il était sur le point d'abandonner ses études,
pour prendre un travail manuel, une dame aisée, Madame
Ursule Cota, impressionnée par ses prières à l'église
et émue par l'humilité avec laquelle il recevait les
restes de repas qu'on lui donnait à sa porte,
l'accueillit au sein de sa famille. Pour la première
fois, Luther découvrit ce qu'était l'abondance. Des
années plus tard, il parlait d'Eisenach comme de "
la ville bien-aimée ". Lorsque Luther fut devenu célèbre,
l'un des enfants de la famille Cota alla faire des études
à Wittenberg, où Luther l'accueillit chez lui.
Pendant son séjour chez madame Cota, sa tendre mère
adoptive, Martin fit des progrès très rapides et reçut
une solide instruction. Son maître, Jean Trebunius, était
un homme cultivé et soigné. Il ne maltraitait pas ses
élèves comme le faisaient les autres maîtres. On
raconte que lorsqu'il rencontrait les enfants de son école,
il les saluait en retirant son chapeau, car "
personne ne savait si parmi eux ne se trouvaient pas de
futurs docteurs, régents, chanceliers ou rois [...]
" Quant à Martin, l'ambiance de l'école et du
foyer lui permit de se forger un caractère fort et inébranlable,
si nécessaire pour affronter les ennemis redoutables de
Dieu.
Martin était plus sérieux et plus pieux que les
autres enfants de son âge. C'est en pensant à cela,
que Madame Cota, à l'heure de sa mort, dit que Dieu
avait béni son foyer à partir du jour où Luther y était
entré.
Pendant ce temps, la situation économique des
parents de Martin s'était quelque peu améliorée. Le père
avait acquis un four pour fondre le cuivre et il en
acheta ensuite deux autres. Il avait été élu
conseiller de sa ville et il commençait à faire des
projets pour l'instruction des ses enfants. Cependant,
Martin n'eut jamais honte de ses jours d'épreuves et de
misère; au contraire, il les considérait comme la main
de Dieu qui l'avait guidé, dirigé et préparé pour sa
grande oeuvre. Personne ne peut, une fois adulte,
affronter sérieusement et avec courage les vicissitudes
de la vie si l'expérience ne lui a rien appris dans sa
jeunesse.
A dix-huit ans, Martin désirait faire des études
universitaires. Son père, conscient des capacités de
son fils, l'envoya à Erfurt qui était alors le centre
intellectuel du pays, où plus de mille étudiants
suivaient des cours. Le jeune homme étudia avec tant
d'acharnement qu'à la fin du troisième trimestre, il
obtint le grade de bachelier en philosophie. A vingt et
un ans, il atteignit le deuxième grade académique,
celui de docteur en philosophie; les étudiants, les
professeurs et les autorités lui rendirent l'hommage
qu'il méritait.
Dans la ville d'Erfurt même, on comptait cent propriétés
appartenant à l'église, y compris huit couvents. Il y
avait également une importante bibliothèque qui dépendait
de l'université, où Luther passait tout son temps
libre. II priait toujours Dieu avec ferveur pour qu'il
lui accorde sa bénédiction dans ses études. II avait
coutume de dire : " Bien prier est la partie la
plus importante des études. " Un de ses camarades
écrivit à son sujet : " Chaque matin, il fait précéder
ses études d'une visite à l'église et d'une prière
à Dieu ".
Son père, qui désirait voir Martin devenir un célèbre
avocat, lui acheta le Corpus Juris, une grande oeuvre de
jurisprudence qui coûtait très cher.
Cependant l'âme de Martin désirait Dieu avec ardeur
et par-dessus toutes choses. Divers événements
influencèrent Luther, l'amenant à embrasser la vie
monastique, une décision qui emplit son père de
tristesse et horrifia ses compagnons de l'université.
Premièrement, dans la bibliothèque, il découvrit
le merveilleux livre des livres, la Bible complète, en
latin. Jusqu'alors Luther avait cru que les petits
extraits choisis par l'Église. pour être lus le
dimanche, constituaient la totalité de la Parole de
Dieu. Après avoir lu la Bible pendant un long moment,
il s'écria " Oh! Si la Providence pouvait me
donner un tel livre, pour moi tout seul! " À
mesure qu'il lisait les Écritures, son
cœur se mit à percevoir la lumière
que répandait la Parole de Dieu et son âme à
ressentir une soif de Dieu toujours plus grande.
A l'époque où il devint bachelier, ses longues
heures d'étude le rendirent malade et sa maladie
l'amena aux portes de la mort. Ainsi, sa faim de la
parole de Dieu s'enracina encore plus profondément dans
le cœur de Luther. Quelque temps après cette maladie,
alors qu'il se rendait en visite dans sa famille, il reçut
un coup d'épée et il faillit mourir deux fois avant
qu'un chirurgien ne réussisse à guérir la blessure.
Pour Luther, le salut de son âme primait tout autre désir.
Un jour, un de ses amis intimes d'université fut
assassiné. " Ah!, s'écria Luther, horrifié, que
serait-il advenu de moi si j'avais été appelé dans
l'autre vie si inopinément? "
Mais parmi tous ces événements, celui qui ébranla
le plus l'esprit de Luther, fut celui qu'il vécut
pendant un terrible orage alors qu'il revenait de chez
ses parents. Il ne pouvait se mettre à l'abri nulle
part. Le ciel était en feu, les éclairs déchiraient
les nuages sans arrêt. Soudain, un éclair frappa à côté
de lui. Luther, empli d'épouvante et se sentant déjà
près de l'enfer, se prosterna en criant : " Sainte
Anne, sauve-moi et je me ferai moine! " .
Plus tard, Luther appela cet incident : " Ma
voie royale vers Damas " et il tint la promesse
qu'il avait faite à Sainte Anne. Il invita alors ses
camarades à dîner avec lui. Après le repas, alors que
ses amis se divertissaient en discutant tout en écoutant
de la musique, il leur annonça soudain qu'à partir de
ce moment, ils pouvaient le considérer comme mort, car
il allait entrer au couvent. Ses amis essayèrent en
vain de le dissuader. Dans l'obscurité de cette même
nuit, le jeune homme, qui n'avait pas encore vingt-deux
ans, se rendit au couvent des Augustins, frappa, la
porte s'ouvrit et Luther entra. Le professeur admiré et
fêté, la gloire de l'université, celui qui avait passé
des jours et des nuits penché sur ses livres, n'était
plus maintenant qu'un simple frère augustin!
Le monastère des Augustins était le meilleur des
cloîtres d'Erfurt. Ses idoines étaient les prédicateurs
de la ville, très estimés pour leurs œuvres de charité
envers la classe pauvre et opprimée. Il n'y eut jamais
dans ce couvent un moine plus soumis, plus dévoué et
plus pieux que Martin Luther. Il effectuait les travaux
les plus humbles, comme portier, fossoyeur, balayeur de
l'église et des cellules des moines. Il ne refusait pas
de sortir mendier le pain
quotidien pour le couvent dans les rues d’Erfurt.
Pendant son année de noviciat, avant qu'il fasse ses
vœux, les amis de Luther firent tout en leur pouvoir
pour le dissuader de persévérer dans sa décision. Les
camarades qu'il avait invités à dîner pour leur
annoncer son intention de se faire moine, restèrent
deux jours près du portail du couvent, dans l'espoir
qu'il reviendrait vers eux. Le père de Luther faillit
devenir fou lorsqu'il comprit que ses prières étaient
inutiles et que tous les
projets qu'il avait faits pour l'avenir de son fils étaient
détruits.
Luther s'excusait en disant : " j'ai fait une
promesse à Sainte Anne, pour sauver mon âme. Je suis
entré au couvent et j'ai accepté cette condition
spirituelle uniquement pour servir Dieu et lui plaire
pour l'éternité. "? Cependant, Luther s'était
fait trop d'illusions. Après avoir essayé de crucifier
sa chair par des jeûnes prolongés, en s'imposant les
privations les plus sévères, en effectuant un nombre
incalculable de veilles, enfermé dans sa cellule, il
devait encore lutter contre les mauvaises pensées. Son
âme clamait : " Donne-moi la sainteté ou je meurs
pour toute l'éternité; emporte-moi vers le fleuve aux
eaux pures et non à ces sources d'eaux contaminées;
conduis-moi vers les eaux de vie qui jaillissent du trône
de Dieu ".
Un jour, Luther trouva dans la bibliothèque du
couvent une vieille bible en latin, attachée à la
table par une chaîne; pour lui, ce fut un trésor
infiniment plus précieux que tous les trésors littéraires
du couvent. II s'absorba si complètement dans sa
lecture
que pendant des semaines entières, il oublia de répéter
les prières du jour de l'ordre. Ensuite, réveillé par
la voix de sa conscience, Luther se repentit de sa négligence;
ses remords étaient tels qu'ils l'empêchaient de
dormir. II s'efforça donc de réparer son erreur et il
y mit tant d'acharnement qu'il en oubliait de se
nourrir.
Dans cet état, décharné par tant de jeûnes et de
veilles, il se sentit oppressé par la crainte au point
d'en perdre connaissance et de tomber sur le sol. C'est
ainsi que le trouvèrent les autres moines qui admirèrent
une fois de plus son exceptionnelle piété! Luther ne
reprit conscience que lorsqu'un groupe de frères du chœur
l'entourèrent en chantant. La douce harmonie arriva
jusqu'à son âme et réveilla son esprit. Cependant, même
encore il lui manquait la paix perpétuelle de l'âme,
il n'avait pas encore entendu le chœur céleste chanter
: " Gloire à Dieu et paix sur la terre aux hommes
de bonne volonté ".
A cette époque, le vicaire général de l'ordre des
Augustins, Staupitz, vint en visite au couvent. C'était
un homme de grand discernement et d'une piété
profonde; il comprit immédiatement le problème du
jeune moine et lui offrit une bible dans laquelle
celui-ci put lire : " Le juste vivra par la foi
". Depuis bien longtemps, Luther soupirait :
" Oh, que Dieu me donne un tel livre rien que pour
moi! " Maintenant il l'avait enfin!
II trouva un grand réconfort à la lecture de la
Bible, mais la tache ne pouvait être accomplie en un
jour. Il resta donc plus résolu que jamais à atteindre
la paix par la vie monastique, jeûnant et passant (les
nuits entières sans dormir. Gravement malade, il s'écria :
" mes péchés, mes péchés ! " Bien que
sa vie fut sans tache, comme il l'affirmait et comme
d'autres en témoignaient, il se sentait coupable devant
Dieu, jusqu'à ce qu'un vieux moine lui rappelle une
parole du Credo : " je crois dans le pardon des péchés
". Il vit alors que Dieu avait non seulement
pardonné les péchés de Daniel et de Simon Pierre,
mais également les siens.
Peu de temps après ces événements, Luther fut
ordonné prêtre. La première messe qu'il célébra fut
un grand événement. Son père, qui ne lui avait pas
pardonné depuis le jour où il avait abandonné ses études
de jurisprudence, y assista, après être venu à cheval
de Mansfield en compagnie de vingt-cinq amis et avec un
don important pour le couvent.
Lorsqu'il eut vingt-cinq ans, Luther fut nommé à la
chaire de philosophie de Wittenberg, où il alla vivre
dans le couvent de son ordre. Cependant, son âme avait
soif de la parole de Dieu et de la connaissance du
Christ. Outre les occupations que lui imposait sa chaire
de philosophie, il se consacra à l'étude des Écritures
et en cette première année il obtint le titre de
" bachelier ès Écritures ". Son âme
brûlait du feu du ciel; de toutes parts affluaient des
multitudes pour écouter ses sermons, jaillis
directement de son cœur, sur les merveilleuses vérités
que lui révélaient les Écritures. L'un des
professeurs les plus célèbres de Leipzig, connu comme
" la lumière du monde ", dit de lui : "
Ce moine fera honte à tous les docteurs; il annoncera
une doctrine nouvelle et réformera toute l'Église,
parce qu'il se base sur la Parole du Christ. La Parole
à laquelle personne au monde ne peut résister, que
personne ne peut réfuter, même lorsqu'on l'attaque
avec toutes les armes de la philosophie ".
L'un des moments cruciaux de la vie de Luther fut sa
visite à Rome. Une grave dispute avait surgi entre sept
couvents d'Augustins et il fut décidé de porter les
points de désaccord devant le Pape pour qu'il tranche.
Comme Luther était le plus habile et le plus éloquent
et qu'il était en outre très estimé et respecté par
fous ceux dus le connaissaient, il fut choisi pour représenter
son couvent à Rome.
Luther fit le voyage à pied en compagnie d'un autre
moine. En ce temps là, Luther était toujours fidèle
et entièrement dévoué à l'Église catholique Quand
ils arrivèrent enfin à un endroit sur la route d'où
l'on pouvait voir la ville célèbre, Luther tomba à
genoux et s'exclama : " Ville sainte, je te salue!
"
Les deux moines passèrent un mois à Rome où ils
visitèrent les divers sanctuaires et les lieux de pèlerinage.
Luther célébra la messe dix fois. Il regretta que ses
parents ne soient pas encore morts, parce qu'il aurait
pu les délivrer du purgatoire! Un jour, montant les
saintes marches à genoux, afin d'obtenir l'indulgence
que le chef de l'Église promettait en récompense de ce
sacrifice, les paroles de Dieu résonnèrent dans ses
oreilles avec un bruit de tonnerre : " Le juste
vivra par la foi ". Luther se leva et s'en alla,
tout honteux.
Après avoir vu la corruption qui régnait partout à
Rome, son âme se raccrocha encore davantage à la
Bible. De retour à son couvent, le vicaire général
insista pour qu'il suive les cours nécessaires pour
obtenir le titre de docteur, qui lui donnerait le droit
de prêcher. Néanmoins, conscient de l'énorme
responsabilité que ceci entraînerait devant Dieu et ne
voulant pas céder, Luther dit : " C'est une chose
d'une extrême importance pour un homme de parler à la
place de Dieu [...] Ah! Docteur, en me demandant cela,
vous m'ôtez la vie; je ne tiendrai pas plus de trois
mois ", Le vicaire général lui répondit : "
Cela n'a pas d'importance, qu'il en soit ainsi au nom de
Dieu, car Dieu à aussi besoin au ciel d'hommes consacrés
et intelligents. Élevé à la dignité de docteur en théologie,
Luther brûlait plus encore du désir d'approfondir ses
connaissances dans les Saines Écritures; il fut alors.
nommé prédicateur de la ville de Wittenberg. Les
livres qu'il étudia et leurs marges pleines
d'annotations en toutes petites lettres servent encore
d'exemple aux érudits d'aujourd'hui, pour le soin et la
méthode que Luther mit à ses études.
Celui-ci écrivit au sujet de la grande
transformation que subit sa vie à cette époque-là :
" avec le désir ardent de comprendre la parole de
Dieu, je me mis à étudier son épître aux Romains. Je
notai que dans le premier chapitre, il est établi que
la justice de Dieu se révèle dans l'Évangile (vv. 16,
I7). Je détestais l'expression : la justice de Dieu,
parce que selon ce que j'avais appris, je la considérais
comme un attribut du Dieu saint qui le poussait à châtier
les pécheurs. En dépit de ma vie irréprochable de
moine, ma conscience troublée me montrait que j'étais
un pécheur devant Dieu. Ainsi, je détestais un Dieu
juste qui châtiait les pécheurs " ... "
Ma conscience était inquiète et au plus profond de
moi, mon âme se révoltait. Cependant, je revenais sans
cesse au même verset, parce que je voulais connaître
ce qu'enseignait Paul. Finalement, après avoir médité
ce point pendant des jours et des nuits, Dieu, en sa grâce
infinie, me montra le verset : Le juste vivra par
la foi. Je vis alors que la justice de Dieu, dans ce
verset, est la justice que l'homme pieux reçoit de Dieu
par la foi, comme un présent ".
C'est ainsi que l'âme de Luther se libéra de son
esclavage. II écrivit : " Je me sentis alors renaître
et au paradis. Les Écritures tout entières avaient
maintenant pour moi une autre signification; je les étudiai
en détail afin d'y découvrir tout ce qu'elles
enseignaient sur la justice de Dieu. Avant, ces paroles
m'étaient odieuses; maintenant, je les recevais avec le
plus grand amour. Ce verset fut pour moi la porte d'entrée
au paradis ".
Après cette merveilleuse expérience, Luther prêcha
tous les jours; en certaines occasions, il lui arriva même
de faire jusqu'à trois prédications le même jour,
comme il le rapporta lui-même : " Ce qu'est le
pasteur pour le troupeau, la maison pour l'homme, le nid
pour l'oisillon, le rocher pour la chèvre sauvage, le
ruisseau pour le poisson, voilà ce qu'est la Bible
pour les âmes fidèles ". Enfin, la lumière de
l'Évangile j déchirait les ténèbres dans lesquels il
vivait, et l'âme de Luther brûlait de conduire ceux
qui l'écoutaient jusqu'à l'Agneau de Dieu, qui efface
tous les péchés.
Luther fit en sorte que le peuple considère la vraie
religion, non pas comme une simple profession de foi i
ou un système de doctrines, mais comme la vie même en
Dieu. La prière n'était plus un exercice dépourvu de
sens, mais une communion avec Dieu qui nous aime d'un
amour infini. Par le biais de ses sermons, Luther révéla
le cœur de Dieu à des milliers d'auditeurs, à travers
son propre cœur.
Lors d'une convention d'Augustins, Luther fut invité
à prêcher, mais au lieu de délivrer un message
doctrinal de sagesse humaine, comme on s'y attendait, il
prononça une homélie ardente contre la langue médisante
des moines. Les Augustins, impressionnés par ce
message, l'élirent directeur avec la charge de onze
couvents!
Luther ne se contentait pas de prêcher la vertu, il
la mettait en pratique et aimait vraiment son prochain.
A cette époque, la peste, venue d'Orient, frappa
Wittenberg. On calcule que le quart de la population de
l'Europe, la moitié de la population de l'Allemagne,
fut fauché far la leste. Lorsque les professeurs et les
étudiants fuirent la ville, ils insistèrent pour que
Luther les suive; mais celui-ci répondit : " Où
fuir? nia place est ici; le devoir ne me permet pas
d'abandonner mon poste, avant que Celui qui m'y a placé
ne m'appelle. Ce n'est pas que je ne craigne pas la
mort, j'espère simplement que le Seigneur me donnera du
courage ". C'est ainsi que Luther continua
d'exercer son ministère, prenant soin de l'âme et du
corps de ses semblables pendant un temps d'affliction et
d'angoisse universelles.
La réputation du jeune moine s'étendit très loin.
Pendant ce temps sans s'en rendre compte, tout en
travaillant infatigablement pour l'Église. il s'était
écarté de la voie libérale où s'était engagée l'Église.
dans sa doctrine et dans la pratique.
Au mois d'octobre 1517, Luther afficha à la porte de
l'église du château de Wittenberg ses 95 thèses...
Quelques
thèses affichées le 31 octobre 1517 à la porte de l'église
du château électoral de Wittenberg.
"6. Le pape ne peut pardonner les péchés qu'au
nom de Dieu.
27. C'est une invention humaine de prêcher que, sitôt
que l'argent résonne dans la caisse, l'âme s'envole du
purgatoire.
28. Assurément, sitôt que l'argent résonne dans la
caisse, le gain et la cupidité augmentent. Mais le
salut que peut accorder l'Église consiste dans la grâce
de Dieu.
32. Tous ceux qui pensent gagner le ciel moyennant les
lettres de pardon délivrées par les hommes s'en iront
en enfer avec ceux qui les endoctrinent ainsi.
43. On doit enseigner aux chrétiens que celui qui fait
du bien aux pauvres est à préférer à celui qui achète
des indulgences.
62. Le vrai trésor de l'Église, c'est le saint
Evangile de la gloire et de la grâce de Dieu.
83. Pourquoi le pape, dans sa très sainte charité, ne
vide-t-il pas le purgatoire, où tant d'âmes sont en
peine ? Ce serait là exercer plus dignement son pouvoir
que de délivrer les âmes à prix d'argent."
(cité de Luther d'après Luther , fragments
extraits de ses œuvres par G. A. Hoff, Lausanne, 1887,
pp. 67-69)
... dont la teneur était que Christ demandait que
l'on se repente et s'attriste pour le péché commis, et
non la pénitence. Luther afficha ses thèses ou
propositions en vue d'un débat public à la porte de l'église,
comme c'était alors la coutume. Mais celles-ci, rédigées
en latin, furent sur le champ traduites en allemand, en
hollandais et en espagnol. En moins d'un mois, à la
surprise de Luther, elles étaient parvenues en Italie
et faisaient trembler les bases du vieil édifice de
Rome. La conséquence de cet affichage des 95 thèses à
la porte de l'église de Wittenberg fut la naissance de
la Réforme, c'est-à-dire, que cet acte fut à
l'origine du grand mouvement des âmes qui, dans le
inonde entier, désiraient ardemment retrouver la source
pure, la Parole de Dieu. Cependant, Luther n'attaquait
pas l'Église. catholique; au contraire, il prenait la défense
du pape contre les vendeurs d'indulgence.
Au mois d'août 1518, Luther fut appelé il Rome pour
y répondre i1 l'accusation d'hérésie qu'on lui
intentait. Néanmoins, l'électeur Frédéric refusa de
le laisser sortir du pays et Luther reçut ordre de se
présenter à Augsbourg. " Ils vont te brûler vif
", lui dirent ses amis. Luther leur répondit alors
résolument " Si Dieu soutient la cause, la cause
l'emportera ". L'ordre que le nonce du pape donna
à Luther à Augsbourg fut clair : " Rétractez-vous
ou vous ne sortirez pas d'ici ". Mais, Luther réussit
à fuir par une petite porte dans le mur de la ville, en
profitant de l'obscurité de la nuit. A son retour à
Wittenberg, un an après l'affichage de ses thèses,
Luther était devenu le personnage le plus populaire de
toute l'Allemagne. Il n'y avait pas de journaux à l'époque,
mais Luther répondait à toutes les critiques et ces réponses
étaient ensuite publiées sous forme d'opuscules. Les
écrits de Luther publiés ainsi constituent aujourd'hui
une centaine de volumes.
Érasme, le célèbre humaniste et érudit
hollandais, écrivit à Luther : " Vos livres sont
en train de réveiller tout le pays [...] Les hommes les
plus éminents d'Angleterre apprécient vos écrits
[...] ".
Lorsque la bulle d'excommunication envoyée par le
pape arriva à Wittenberg, Luther répondit par un traité
adressé au pape Léon X, où il l'exhortait à se
repentir au nom du Seigneur. La bulle du pape fut brûlée
loin des murs de la ville de Wittenberg devant une
grande foule. A ce sujet, Luther écrivit au vicaire général:
" Au moment de brûler la bulle, je tremblais et je
priais, mais maintenant je suis satisfait d'avoir
accompli cet acte énergique ". Luther n'attendit
pas l'excommunication du pape, mais quitta immédiatement
l'Église. de Rome pour l'Église. du Dieu vivant.
Toutefois, l'empereur Charles Quint, qui allait
convoquer sa première Diète dans la ville de Worms, demanda
à Luther (le comparaître afin de répondre, en
personne aux charges de ses accusateurs. Les amis de
Luther lui déconseillèrent vivement d'y aller,
rappelant : " Jan Hus ne s'est-il pas rendu à Rome
pour y être brûlé, en dépit de la promesse de
l'Empereur qu'il aurait la vie sauve? " Mais en réponse
à tous leurs efforts pour le dissuader de comparaître
devant ses ennemis, Luther, fidèle à l'appel de Dieu,
leur dit : " Même s'il y a à Worms autant de démons
que de tuiles sur les toits, j'ai confiance en Dieu et
j'irai ". Après avoir donné des instructions au
sujet de son oeuvre, au cas où il ne reviendrait pas,
il partit.
Pendant son voyage vers Worms, la foule se pressait
en masse pour voir le grand homme qui avait eu le
courage de défier l'autorité du pape. A Mora, il prêcha
en plein air, parce que les Églises étaient trop
petites pour les énormes foules qui voulaient entendre
ses sermons. A la vue des clochers des églises de Worms
il se dressa dans la voiture dans laquelle il voyageait
et se mit à chanter son hymne, le plus célèbre de la
Réforme : Ein Feste Burg, c'est-à-dire " Notre
Dieu est une forteresse ". Lorsqu'il entra enfin
dans la ville, il était escorté d'une foule beaucoup
plus nombreuse que celle qui avait accueilli Charles
Quint. Le lendemain, il fut présenté devant
l'empereur, au côté duquel se tenaient le délégué
du pape, six électeurs de l'empire, vingt-cinq ducs,
huit margraves, trente cardinaux et évêques, sept
ambassadeurs, les députations de dix villes et un grand
nombre de princes, comtes et barons.
On pourrait facilement croire que le réformateur était
un homme de grand courage et de grande force physique
pour oser affronter tant de bêtes sauvages dont le seul
et ardent désir était de le mettre en pièces. Mais,
à la vérité, il avait passé une grande partie de sa
vie à l'écart des hommes et, surtout, le voyage
l'avait bien affaibli car il avait dû avoir recours aux
soins d'un médecin. Néanmoins, il ne perdit pas sa
fermeté et il se montra plein de courage, non pas du
sien propre, mais par la puissance de Dieu.
Conscient qu'il devait comparaître devant l'une des
assemblées d'autorités religieuses et civiles les plus
imposantes de tous les temps, Luther passa la nuit précédente
à veiller. Prosterné, le visage contre terre, il lutta
avec Dieu, pleurant et suppliant. Un de ses amis
l'entendit prier ainsi : " Oh Dieu Tout-Puissant!
La chair est faible, le diable est fort! Oh, Dieu, mon
Dieu! je te supplie de rester à mes côtés pour
affronter la raison et la sagesse du monde. Fais-le, car
toi seul le peux. Il ne s'agit pas de ma cause, mais de
la tienne. Qu'ai-je à voir avec les grands de ce monde?
C'est ta cause, Seigneur, ta cause juste et éternelle.
Sauve-moi, ô Dieu fidèle! je n'ai confiance qu'en toi,
ô Dieu, mon Dieu [...] je suis prêt à donner ma vie,
comme un agneau. Le monde ne réussira pas à réduire
ma conscience au silence, même s'il est plein de démons;
et si mon corps doit être détruit, mon âme
t'appartient et sera avec toi pour l'éternité [...]
"
On raconte que le lendemain, lorsque Luther passa le
seuil de la salle où il devait se présenter devant la
Diète, le général vétéran Freudsburg mit la main
sur l'épaule du Réformateur et lui dit : " Petit
moine, tu vas affronter une bataille différente, que ni
moi ni aucun capitaine n'avons jamais affrontée, même
lors de nos plus sanglantes conquêtes. Mais, si la
cause est juste, et tu es convaincu qu'elle l'est,
avance au nom de Dieu et ne crains rien car Dieu ne
t'abandonnera. pas ". Le grand général ne savait
pas que Martin Luther avait déjà gagné la bataille
par la prière et qu'il entrait uniquement pour informer
ses pires ennemis de cette victoire.
Lorsque le nonce du pape exigea que Luther se rétracte
devant l'auguste assemblée, celui-ci répondit "
Si vous ne m'avez pas convaincu d'erreur par le témoignage
des Écritures ou par vos arguments -, puisque je ne
crois ni dans le pape ni dans les conciles, car il est
évident qu'ils se sont souvent trompés et qu'ils se
contredisent entre eux - , ma conscience doit obéir à
la Parole de Dieu. Je ne peux pas me rétracter, je ne
peux rien retirer car il n'est ni juste ni sûr d'agir
contre sa conscience. Que Dieu me soit en aide, amen
".
De retour dans sa chambre, Luther leva les mains vers
le ciel, et le visage illuminé, s'exclama : " Que
tout soit consommé! Que tout soit consommé! Si j'avais
mille têtes, je me les ferais toutes couper avant de me
rétracter! " La ville de Worms se réjouit, en
apprenant la réponse hardie faite par Luther au nonce
du pape. Les paroles du Réformateur furent rapportées
et répandues dans la population qui lui rendit un
hommage bien mérité.
Bien que les papistes n'aient pas obtenu de
l'empereur, à cause de la grande influence du réformateur,
qu'il viole le sauf-conduit accordé et qu'il fasse brûler
le soi-disant hérétique sur le bûcher, Luther dut
toutefois affronter un autre grave problème. L'édit
d'excommunication entra immédiatement en vigueur;
Luther était donc considéré comme un criminel et, une
fois la durée de son sauf-conduit écoulée, il devrait
être livré à l'empereur; tous ses livres devaient être
confisqués et brûlés; lui venir en aide de quelque façon
que ce soit serait considéré comme un crime capital.
Mais il est facile à Dieu de prendre soin de ses
enfants. Sur le chemin de retour à Wittenberg, Luther
fut soudain entouré dans un bois par une bande de
cavaliers masqués, qui, après avoir renvoyé les
personnes qui l'accompagnaient, le conduisirent au
milieu de la nuit au château de Wartburg, près d'Eiscnach.
C'était un stratagème du prince de Saxe pour sauver
Luther de ses ennemis qui préméditaient de
l'assassiner avant qu'il n'arrive chez lui.
Au château, Luther passa de nombreux mois incognito;
il prit. le nom de Chevalier Georges et le monde extérieur
le crut mort. De fidèles serviteurs de Dieu priaient
jour et nuit. Les paroles du peintre Albert Dürer
expriment les sentiments du peuple : " O Dieu !
si Luther est mort, qui nous expliquera l'Évangile
maintenant? "
Toutefois, de sa retraite, à l'abri de ses ennemis,
Luther avait toute liberté pour écrire; le monde
comprit ensuite, au vu d'une telle quantité de littérature,
qu'il s'agissait de l'oeuvre de la plume même de Luther
et qu'en fait celui-ci était vivant. Le Réformateur
connaissait bien l'hébreu et le grec et, en trois mois,
il traduisit le Nouveau Testament en allemand. Quelques
mois plus tard, l'oeuvre, une fois imprimée, était
dans les mains du peuple. Il se vendit cent mille
exemplaires de cette oeuvre en quarante ans, en plus des
cinquante-deux éditions qui furent imprimées dans
d'autres villes. C'était pour l'époque un tirage
considérable, mais Luther n'accepta pas un sou de
droits d'auteur.
La plus grande oeuvre de sa vie fut sans doute de
donner la Bible dans sa propre langue au peuple
allemand, après son retour à Wittenberg. Certes il y
avait d'autres traductions, mais elles étaient écrites
dans un allemand latinisé que le peuple ne comprenait
pas. La langue allemande de l'époque était un ensemble
de dialectes, mais dans sa traduction de la Bible,
Luther employa un langage que tous comprenaient, celui-là
même que des hommes comme Goethe et Schiller utilisèrent
pour écrire leurs œuvres. Le succès de sa traduction
des Saintes Écritures à l'usage des plus humbles est
confirmé par le fait qu'après quatre siècles, on
considère encore sa traduction comme la principale.
Un autre facteur important qui contribua au succès
de cette traduction fut que Luther était un érudit en
hébreu et en grec, ce qui lui permit de traduire
directement à partir des langues d'origine. Néanmoins,
la valeur de son oeuvre ne se base pas uniquement sur
les indiscutables dons de linguiste de son auteur, mais
bien sur le fait que Luther connaissait la Bible mieux
que quiconque, puisqu'il avait ressenti l'angoisse éternelle
et qu'il avait trouvé dans les Écritures la seule véritable
consolation. Luther connaissait intimement et aimait
sincèrement l'auteur du Livre. En conséquence, son cœur
brûlait du feu et du pouvoir de l'Esprit Saint. C'est là
le secret qui lui permit de traduire cette oeuvre
immense en allemand en si peu de temps.
Comme on le sait, la force de Luther et de la Réforme
fut la Bible. De
Wartburg, Luther écrivit à son peuple de Wittenberg :
" damais nulle part dans le monde, on n'a écrit de
livre plus facile à comprendre que la Bible. Comparée
aux autres livres, elle est comme le soleil par rapport
à toutes les autres lumières. Ne vous laissez
convaincre par personne de l'abandonner sous aucun prétexte.
Si vous vous en écartez un instant, tout est perdu; on
pourra vous entraîner n'importe où. Si vous restez fidèle
aux Écritures, vous serez victorieux ".
Après avoir quitté son habit de moine, Luther décida
de quitter complètement la vie monastique; il épousa
Katharina von Bora, une religieuse cistercienne qui
avait également quitté le cloître après avoir
compris qu'une telle vie était contraire à la volonté
de Dieu. Le personnage de Luther, assis près de la
cheminée chez lui avec sa femme et ses six enfants
qu'il aimait tendrement, inspire les hommes davantage
que le grand héros qui se présenta devant le légat
pontifical à Augsbourg.
Lors des cultes domestiques, la famille se groupait
autour d'un harmonium pour louer Dieu tous ensemble. Le
Réformateur lisait le Livre qu'il avait traduit pour le
peuple, puis tous louaient Dieu et priaient jusqu'à ce
qu'ils ressentent la présence divine parmi eux.
Luther et son épouse s'aimaient profondément. C'est
lui qui a dit: " je suis riche, Dieu m'a donné ma
nonne et trois fils, les dettes ne me font pas peur :
c'est Katharina qui paie tout ". Katharina von Bora
était estimée de tous. En fait, certains en vinrent à
la critiquer parce qu'elle était trop économe; mais
que serait-il advenu de Martin Luther et de toute sa
famille, si elle avait agi comme lui? On raconte que,
profitant du fait que sa femme était malade, il donna
son propre repas à un étudiant qui avait faim. Il
n'acceptait rien de ses élèves et refusait de vendre
ses écrits, laissant tout le profit aux typographes.
Au cours de ses méditations sur les Écritures, il
oubliait souvent de manger. Alors qu'il écrivait son
commentaire du psaume 23, il resta trois jours enfermé
dans sa chambre, avec du pain et du sel pour toute
nourriture. Lorsque sa femme fit ouvrir la porte par un
serrurier, ils le trouvèrent en train d'écrire, plongé
dans ses pensées et complètement étranger à tout ce
qui se laissait autour de lui.
Il est difficile de se faire une idée exacte de tout
ce que nous devons aujourd'hui à Martin Luther. La façon
dont il a ouvert la voie pour que le peuple soit libre
de servir Dieu conformément à ses lois, dépasse notre
compréhension. C'était un grand musicien et il écrivit
quelques-uns des hymnes les plus spirituels que l'on
chante encore aujourd'hui. Il prépara le premier
recueil d'hymnes grâce à un grand travail de
compilation et il établit la coutume de faire chanter
ensemble les gens qui assistaient au culte. Il
insista pour que non seulement les garçons, mais aussi
les filles, reçoivent une instruction, se convertissant
ainsi en père des écoles publiques. Avant Luther, le
sermon avait peu d'importance dans les cultes, mais il
en fit la partie principale. Il donna l'exemple lui-même
pour contribuer à établir cette coutume; en effet c'était
un prédicateur d'une grande éloquence. Il n'avait pas
une très haute opinion de lui-même, mais ses messages
venaient du plus profond de son cœur, à tel point que
le peuple ressentait la présence de Dieu lorsqu'il prêchait.
A Zwickau, il prêcha devant vingt-cinq mille personnes
sur la place publique. On calcule qu'il écrivit cent
quatre-vingts volumes dans sa langue maternelle et
presque autant en latin. Malgré les diverses maladies
dont il souffrait, il n'en continuait pas moins ses
efforts, disant " si je mourais dans mon lit, ce
serait une honte pour le Pape " .
On attribue généralement le grand succès de Luther
à son intelligence extraordinaire et à ses dons
remarquables. En réalité, il avait coutume de prier
pendant des heures entières. Il disait que s'il ne
passait pas deux heures en prière le matin, il
s'exposait à ce que Satan gagne la victoire sur lui
dans la journée. Un biographe écrivit : " Le
temps qu'il passe à prier engendre le temps nécessaire
pour tout ce qu'il fait. Le temps qu'il passe à sonder
la Parole vivifiante, lui emplit le cœur qui ensuite déborde
dans ses sermons, dans sa correspondance et dans ses
enseignements ".
Sa femme disait que les prières de Luther "
ressemblaient parfois aux demandes insistantes de son
petit garçon Hanschen qui avait confiance en la
bonté de son père; parfois aussi, c'était comme la
lutte d'un géant dans les affres du combat ".
Dans L'Histoire de l’Église Chrétienne de
Souer, on peut lire : " Martin Luther prophétisait,
évangélisait, parlait en langues et les interprétait,
il manifestait tous les dons du Saint-Esprit ".
A soixante-deux ans, il fit son dernier sermon sur le
texte : " Cachez ces choses aux sages et aux
connaisseurs et révélez-les aux enfants ". Ce même
jour, il écrivit à Katharina, son épouse bien-aimée
: " Remets ton fardeau au Seigneur et il te
soutiendra. Amen ". Cette phrase est tirée de sa
dernière lettre. Toute sa vie il s'attendait à ce que
le pape parvienne à mettre à exécution sa menace répétée
de le faire brûler vif. Toutefois, ce n'était pas la
volonté de Dieu. Le Christ l'appela à lui lors d'une
crise cardiaque à Eisleben, sa ville natale.
Les dernières paroles de Luther furent : " Je
vais remettre mon esprit ". Puis il loua Dieu à
haute voix " O, mon Père céleste! mon Dieu, Père
de notre Seigneur Jésus-Christ, en qui je crois, que
j'ai prêché et à qui je me suis confessé, que j'ai
aimé et loué [...] ô, mon Seigneur bien-aimé Jésus-Christ,
je te recommande ma pauvre âme. Oh, mon Père céleste,
très bientôt, je devrai abandonner ce corps, mais je
sais que je resterai éternellement auprès de toi et
que rien ne pourra m'arracher de tes mains! " Puis,
après avoir récité trois fois jean 3:16, il répéta
: " Père, en tes mains je remets mon esprit, pour
que tu me délivres, Dieu fidèle ", puis il ferma
les yeux et s'endormit.
Un immense cortège de croyants qui l'aimaient sincèrement,
précédé de cinquante cavaliers, sortit d'Eisleben
pour se rendre à Wittenberg, passa la porte de la ville
où le Réformateur avait, des années plus tôt, brûlé
la bulle d'excommunication et entra par les portes de
cette même église où, il y avait vingt neuf ans,
Luther avait affiché les 95 thèses. Pendant le culte
funèbre, le pasteur Bugenhagen et Melanchthon, le
compagnon inséparable de Luther, prononcèrent chacun
un discours. Puis, on ouvrit la sépulture, placée
auparavant à côté de la chaire et on y déposa le
corps de Luther.
Quatorze ans plus tard, le corps de Melanchthon
trouva le repos de l'autre côté de la chaire dans
cette même église. Autour de ces deux sépultures,
reposent les dépouilles de plus de quatre-vingt-dix maîtres
de l'Université.
Les portes de l'église du château furent détruites
pat un incendie pendant le bombardement de Wittenberg en
1760, mais elles furent remplacées par des portes en
bronze en 1812, sur lesquelles on trouve gavées les 95
thèses. Mais ce grand homme, qui permettra dans la prière,
laissa gravée, non dans le métal qui finit par se
ronger, mais dans des centaines de millions d'âmes
immortelles, la Parole de Dieu qui portera ses fruits
pour l'éternité.
|