Syncrétisme
/ New Age: Pour sa tante, Raël "est un diable,
il a tous les
défauts"
! - rapporté par Nicolas>
L'annonce
du premier bébé cloné par la secte des raéliens a
secoué le
monde
entier, un deuxième aurait vu le jour vendredi. Pour
la première
fois,
la famille du gourou, en Auvergne, décide de dénoncer
Assis
dans leur maison, à Ambert, en pleine Auvergne,
Catherine et
François
Vorilhon hésitent. C'est lui qui, le premier, se décide
à
parler.
"Notre démarche est très difficile. De peur d'être
inquiétés par
la
secte, on prend des précautions, on a refusé les caméras.
Mais, cette
fois-ci,
il est allé trop loin. Avec cette histoire de
clonage, on ne
pouvait
plus garder le silence. On s'est tous téléphoné, je
peux vous
dire
que je parle au nom de toute la famille." Il,
c'est Claude
Vorilhon,
leur cousin issu de germains. Mais c'est aussi Raël,
gourou
illuminé,
génie médiatique et malin des raéliens, qui
viennent
d'annoncer,
de nouveau sans preuve, la naissance hier du deuxième
bébé
cloné
présumé, aux Pays-Bas. "Si nous nous sommes décidés
à intervenir
publiquement
aujourd'hui, c'est que l'on tient à se désolidariser
totalement
de Raël. On a trop souffert de porter le même nom
que lui.
Nous
tiendrons bientôt une réunion de famille pour décider
d'un
communiqué."
"Au
début, ça nous faisait rigoler"
Raël,
enfant d'Ambert, bourgade catholique perdue dans les
sombres
vallons
d'Auvergne. Raël, enfant illégitime aussi, fruit
d'une relation
adultère
entre un réfugié juif alsacien et sa mère, Colette.
C'est dans
cette
petite ville que cet enfant unique a passé ses premières
années,
peu après
la guerre, élevé par sa mère, sa tante et sa
grand-mère, avant
de
rejoindre Paris, la chanson, le sport automobile,
puis... les
extraterrestres,
qui en ont fait un gourou. "On l'a revu tout au début,
il était
déjà Raël, se souvient François. Il commençait à
raconter son
histoire
de révélations, ça nous faisait tous rigoler. La
famille
regardait
cela en coin." Elle enchaîne. "Lors d'une réunion,
en 1984,
j'en ai
profité pour lui poser quelques questions. Il m'a
juste demandé
si je
n'avais pas lu ses livres... J'ai eu le sentiment
qu'il ne voulait
pas me
raconter le même bazar qu'aux autres, bref, qu'il
voulait que
je...
comprenne. C'en est resté là." Mais les ennuis,
eux, ne font que
commencer
pour les Vorilhon, une ancienne famille d'Auvergne qui
compte
encore
une grosse centaine de membres en France, dont
plusieurs de
profession
libérale. Railleries, amalgame, téléphones, les
Vorilhon se
mettent
à comprendre ce que signifie avoir un gourou parmi
eux, un
gourou
lointain, certes, mais terriblement présent. Des
virements
bancaires
à l'adresse de Raël leur parviennent, on se gausse
des enfants
à l'école,
bref, comme le dit Catherine, leur "nom est
sali". "Avant
l'annonce
du clonage, j'ai déjà beaucoup souffert. Ce qui m'a
le plus
touchée,
ce sont les problèmes de moeurs dont on a parlé,
confie-t-elle.
Ça m'a
fait vomir, c'était une douleur insupportable. De la
spiritualité,
il a fait de la boue."
"Nous
sommes saturés"
Aujourd'hui,
pour la première fois, "par devoir", ils
ont donc eu envie
de dire
leur colère publiquement, leur ras-le-bol, leur peine
aussi
devant
cet opprobre tombé du ciel sur la famille. D'autres
cousins,
atteints
par téléphone, parlent d'"horreur, de
souffrance et de
révolte",
et de la perte, pour certaines professions libérales,
de
clients.
"Nous sommes tous saturés, s'écrie cette femme.
Cet homme est
un
diable, il a tous les défauts! Pas un instant il ne
croit ce qu'il
dit!
Pour lui, seul le business compte... Je suis sidérée
par la bêtise
des
gens." "Je l'ai vu une fois à une réunion
de famille, il était
habillé
de noir, explique un autre. Il n'est pas resté, il a
senti que
personne
ne répondait à ses crétineries... Là, il a passé
les limites du
supportable."
Pour le
couple d'Ambert, il s'agit de dire mais aussi d'agir.
Pas seul,
bien
sûr:
seul un Etat, une société pourrait venir à bout de
cette secte,
mettre
fin, aussi, à leur douleur. Mais, surtout, il faut
agir vite,
car,
comme le glisse François dans un demi-sourire,
"un Raël, c'est déjà
terrible,
imaginez qu'on en compte mille demain..."
Sa mère,
sa tante et leur "petit poussin"
Du curé
au journaliste, la bourgade d'Ambert tente d'ignorer,
dans un
rictus
rieur, l'existence d'un fils hélas devenu gourou
cloneur. On
sait,
on regrette, on parle de bluff, de "grosse bêtise",
mais après
tout,
comme le dit un habitant, Raël est un enfant du pays,
et "on en
dit pas
trop de mal" tant qu'il n'y a pas d'esclandre.
Il y a
quelques années, pourtant, Raël, l'enfant bâtard, a
voulu revenir
célébrer
son anniversaire à Ambert avec ses adeptes emplumés.
Visionnaire
et pragmatique, le maire d'alors a dit non, les commerçants
aussi.
Raël a piqué une colère de gourou en regrettant que
cette
décision
ne les "fasse tous passer à côté de la
fortune"... Depuis,
Ambert
s'y est fait et coule une vie tranquille et pieuse de
province,
avec
son clocher en réfection, ses hôtels fermés, ses
commerces et ses
fameux
fromages.
"Ma
fenêtre était souvent ouverte"
Une
rue, pourtant, retient l'attention: la rue
Saint-Joseph, là où a
vécu
dans sa prime jeunesse le petit Claude, comme
l'appelle encore sa
mère
Colette. Elle habite toujours là, elle a élevé son
fameux fils avec
sa
soeur et sa mère, mais ses volets sont restés clos.
Avant de les
fermer,
elle avait tout de même eu le temps d'évoquer Raël
par
téléphone,
Raël qui a toujours prétendu avoir des origines...
extraterrestres.
"Et son père biologique, alors?"
"Comment voulez-vous
que je
sache? Pour moi, son père, mort aujourd'hui, n'était
pas un
extraterrestre,
mais il y a des jours où j'ai dormi seule, se
défend-elle
sans rire. Ma fenêtre était souvent ouverte, peut-être
que
j'étais
endormie, comme lorsque l'ange Gabriel est apparu à
Marie... Je
ne sais
pas ce qui s'est passé durant la nuit...."
"Et Raël, vous le
voyez
encore aujourd'hui?" "Cela fait dix ans que
je ne l'ai pas vu. Il
est
heureux au Canada, on lui fiche la paix."
Plus
loin dans la rue, à quelques maisons, la tante de
Claude a ouvert
sa
porte. Sur la table de la chambre à manger trônaient
deux numéros
d'Apocalypse,
le journal édité par son neveu, qu'elle appelle
aujourd'hui
encore "mon poussin". Thérèse l'entend régulièrement
au
téléphone,
mais comme sa soeur, n'a pas le temps d'évoquer ses
histoires
de
clonage et se concentre sur la vie de famille.
"Il m'a dit que
c'était
grâce à moi qu'il était devenu ce qu'il était,
parce que je lui
racontais
des histoires. Aujourd'hui, c'est lui qui les raconte!
Hélas,
les
Français le boudent..." Inévitable, la question
des origines
extraterrestres
de celui qui prétend être le demi-frère de Jésus.
"Claude
avait un père officiel. Les extraterrestres, ça,
c'est le
livre...
non, je ne crois pas que ce soit eux! Je ne crois pas
tout ce
qu'on
dit, même s'il s'appelle Raël. Il sait bien ce que
je pense. Quand
on veut
faire parler de soi, il faut bien dire quelque chose.
Vous
savez,
il a été plus ou moins heureux dans sa vie d'enfant.
Les
histoires
l'ont réconforté."
A l'évidence,
plus que toute allusion aux affaires de moeurs ou
problèmes
fiscaux concernant son gourou de neveu, la dame âgée
a préféré
se
souvenir de l'adorable petit garçon qui se débrouillait
seul en
montant
à Paris, à l'âge de 15 ans. "Devant la télévision,
je me
souviens
qu'il disait qu'il serait là-dessus une année plus
tard! Il est
parti
en stop... Un beau jour, il a vu des extraterrestres.
Il était
tellement
heureux de lancer ses livres. Jamais je n'aurais pensé
que ça
marcherait
comme ça..." La suite? On la connaît. (Le
Matin/ Familia +)
ajouté
le 6-1-2003